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Le fondateur de l'entreprise de cryptomonnaie Ledger, David Ballant, et sa femme ont été enlevés à Vierzon cette semaine. Le GIGN a mené des opérations complexes pour les libérer, avec les arrestations de dix suspects.

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00:00C'est un film cette histoire qui est survenue cette semaine et dont l'épilogue est intervenu hier et pour nous raconter ce film on est ravi
00:06d'accueillir le général Ghislain Reti, chef du GIGN. Merci d'être avec nous ce matin aux côtés de Frédéric Simotel et de Dominique Rizet pour évoquer
00:13donc cet enlèvement, ce double enlèvement même, et cette séquestration du fondateur de cette entreprise de crypto-monnaie Ledger, David Balland,
00:21l'enlèvement de sa femme, ça s'est passé mardi à Vierzon dans le Cher et l'histoire a connu son épilogue hier avec deux assauts menés par le GIGN.
00:30Vous voulez bien nous raconter comment vous êtes arrivé jusqu'à ces dix suspects hier qui ont donc été arrêtés avec deux assauts du GIGN ?
00:38Je ne pourrais pas rentrer dans le détail puisque l'affaire n'est pas complètement terminée. Donc certes il y a la libération des deux otages qui est
00:46pour nous un grand soulagement, mais l'opération est encore en cours. Il y a encore des personnes peut-être à interpeller. L'enquête est en cours.
00:55Alors en tous les cas, les opérations menées par le GIGN n'étaient pas si faciles parce que ça se déroulait à deux endroits différents, puisque lui était
01:02détenu du côté de Vierzon et elle dans l'Essonne. Et donc il a fallu sans doute coordonner ces deux opérations.
01:11Alors lui était détenu, ce n'était pas Vierzon, c'est là où il était enlevé. Il était détenu ensuite dans une autre commune. On a eu des rebondissements qui nous ont
01:19amenés encore à d'autres communes. Tout ça, c'est le fruit d'un travail conjoint avec les enquêteurs, avec l'unité nationale cyber, avec le GIGN qui apporte toutes
01:27ses capacités de négociation, mais aussi des capacités techniques dans le domaine du cyber, dans le domaine du renseignement, dans le domaine de l'intervention
01:34et dans le domaine de la négociation. Donc c'est un coup complet un petit peu de la gendarmerie qui permet au fur et à mesure de progresser dans l'enquête, de d'abord
01:43déterminer un point de chute potentiel pour l'une des deux victimes et au fur et à mesure de trouver le deuxième point de chute pour interpeller la deuxième victime.
01:52– Il y a eu négociation dans un premier temps ?
01:54– Oui, il y a eu négociation tout le long, il y a eu négociation.
01:57– Avant qu'une opération soit déclenchée pour lui ?
02:02– Les opérations sont conjointes avec la négociation. La négociation est un outil tactique en fait, qui nous permet de recueillir du renseignement,
02:10qui nous permet d'avoir des preuves de vie, qui nous permet aussi éventuellement de définir le montant de la rançon pour avoir des garanties aussi de récupérer
02:18ensuite la rançon, pour la tracer éventuellement. C'est vraiment un outil tactique qui est intégré à l'opération.
02:23– Les deux opérations sont déclenchées simultanément ?
02:26– Les deux opérations sont décalées.
02:28– Sont décalées ?
02:28– Oui, c'est-à-dire que lui a été retrouvé mercredi, David Balland, et sa femme le lendemain, hier.
02:34– Les opérations ont effectivement été décalées de quasiment 24 heures.
02:37– C'est une opération qui a été difficile, violente, il y a eu des échanges de tirs ?
02:42– Violente, non, malheureusement, sauf pour les victimes, évidemment.
02:46Mais en tout cas, les personnes qui ont été interpellées, la dizaine de personnes qui ont été interpellées,
02:52l'ont été faite, entre guillemets, en souplesse, puisqu'il n'y a eu aucun blessé de la part des forces de l'ordre.
02:58Et aucun blessé parmi, non plus, les individus interpellés.
03:01– Le fait de l'avoir retrouvé et libéré, lui, en premier, le mercredi,
03:05ça a mis une pression supplémentaire par rapport au fait que sa femme était, dans le même temps, séquestrée ailleurs ?
03:09– C'est toute la contrainte aussi, la complexité, déjà il faut localiser les prises d'otages,
03:15c'est toute la difficulté des enlèvements, c'est un mélange de prises d'otages dont on ne connaît pas le lieu,
03:20donc ensuite il y a une phase de « traque », entre guillemets, pour localiser cette prise d'otages,
03:24et après on met tous les moyens pour interpeller les auteurs.
03:27– Lorsque vous le retrouvez, lui, il est dans quel état, David Balland ?
03:30– Bien évidemment, il est extrêmement choqué, mais là non plus, je ne rentrerai pas dans le détail.
03:34– On rappelle qu'il était blessé, puisque les ravisseurs ont sectionné l'un de ses doigts, Dominique Rizet,
03:40et ce doigt a été envoyé aux associés de David Balland ?
03:43– Absolument, aux associés de David Balland, pour montrer,
03:45parce que les ravisseurs voulaient montrer leur détermination,
03:48et cette affaire, quand on parlait tout à l'heure de scénario de faite entrée,
03:51elle nous rappelle, c'est l'affaire du baron Empin,
03:53c'est exactement version 2.0, avec une rançon en crypto-monnaie,
03:57et juste, clin d'œil de l'histoire, vous verrez qu'il y a parfois des similitudes,
04:01tenez-vous bien tous, le baron Empin a été enlevé un 23 janvier 1978.
04:07Le 23 janvier, c'était hier jeudi, c'est le jour où vous libérez Amandine Balland.
04:12– Incroyable. – Exactement 47 ans après.
04:14– Alors Amandine Balland, puisqu'on en parle, ligotée dans le coffre d'une voiture,
04:17du côté des Tempes, et d'ailleurs les arrestations se déroulent
04:21à la fois dans l'Essonne et à la fois du côté de Châteauroux, on est d'accord.
04:24– Et sur d'autres communes, c'est vraiment une opération sur plusieurs départements.
04:27– On ne peut pas rentrer dans l'enquête avec vous,
04:28mais peut-être que Dominique a des informations.
04:30Quel est le profil de ces 10 suspects ?
04:33– Alors ce sont des jeunes, des gens qui ont entre 20 et 40 ans,
04:36mais plutôt plus jeunes pour une catégorie,
04:40qui sont déjà connus des services de la gendarmerie et de la police,
04:45qui ont des profils de banlieusards,
04:48qui habitent essentiellement dans le 93 et dans le 91,
04:52donc je vous l'ai dit, ils ont des casiers, ils sont connus,
04:55on attend un peu pour en savoir plus parce que comme l'a dit…
04:57– C'est une opération structurée ?
04:58– Oui, alors ce qu'il se passe c'est que c'est la gendarmerie de bout en bout,
05:02donc le parquet de Bourges prend l'affaire au début,
05:05ouverture d'une information judiciaire,
05:07et puis c'est la GIRS, la juridiction interrégionale spécialisée de Paris
05:11qui va reprendre le dossier évidemment en fonction de la personnalité
05:15des deux personnes qui ont été enlevées,
05:19et la gendarmerie va garder l'affaire de bout en bout,
05:21donc pour ce qui est judiciaire ce seront deux sections de recherche,
05:26celle de Bourges et celle de Paris,
05:28pour ce qui est recherche il y a une cyber-gendarmerie,
05:31alors c'est intéressant parce que quand elle a été créée la cyber-gendarmerie
05:33ça faisait rigoler tout le monde,
05:34vous voyez maintenant ça ne fait plus rire personne
05:36parce que la cyber-gendarmerie elle a fait un super job dans cette affaire,
05:40et au moment des interpellations il y a le GIGN
05:42qui n'a pas forcément à connaître ou à savoir
05:45de ce que font les sections de recherche,
05:47de qui va être interpellé, de qui reste à interpeller,
05:50sauf au moment où il va falloir partir,
05:52et puis il y a ce que vous ne pouvez évidemment pas dire encore pour l'instant.
05:55Frédéric Simotel, David Ballon vous le connaissez bien,
05:57vous pouvez nous parler de lui parce que
05:59le grand public ne connaît pas ce patron de l'icône,
06:02puisque c'est son entreprise, c'est une licorne.
06:04Une licorne c'est une entreprise plutôt jeune qui est valorisée 1 milliard d'euros,
06:09on estime que si elle entrait en bourse elle pourrait lever 1 milliard d'euros,
06:12ce qui est quand même assez conséquent,
06:14quand vous voyez certains groupes du CAC 40
06:16qui sont à peine valorisés 10, 12, 15 milliards d'euros.
06:19Donc ce garçon c'est un millionnaire ?
06:20C'est un millionnaire, oui oui c'est un millionnaire,
06:22c'est un millionnaire souvent en virtuel,
06:24parce que son argent c'est de la valorisation de son entreprise,
06:27par contre il est dans un domaine, les crypto-actifs qui font rêver.
06:30Imaginez en 2014 quand il lance Ledger avec Eric Larchevêque,
06:34ils sont 4 co-fondateurs,
06:37le bitcoin vaut entre 100 et 300 euros,
06:40aujourd'hui le bitcoin ça dépasse les 100 000 euros,
06:43donc imaginez vous en avez acheté 1000,
06:45vous voyez la fortune dont vous êtes en possession.
06:49Et c'est un garçon qui vivait très discrètement,
06:51aviaison dans le share, il n'y avait pas beaucoup de signes extérieurs de richesse ?
06:55Non, comme beaucoup de patrons français de la tech,
06:59on ne les voit pas, on les entend parfois,
07:01ils ne sont pas bling bling,
07:03on les entend parfois dans certaines actions humanitaires,
07:07alors là Ledger c'était un peu sous les feux des projecteurs,
07:10parce qu'Eric Larchevêque qui est l'un des co-fondateurs de Ledger,
07:13qui depuis a quitté l'entreprise,
07:14lui il était apparu dans une émission d'M6 en tant que j'ai réussi,
07:19et j'entraîne des jeunes, j'entraîne des entrepreneurs,
07:22donc il y avait une visibilité en tout cas de cette entreprise.
07:24Mais pardon Frédéric, le commando là demande une rançon en crypto-monnaie,
07:27une partie d'ailleurs a été versée,
07:29mais pour chacun d'entre nous ça se matérialise comment,
07:31le versement d'une rançon en crypto-monnaie ?
07:33Les crypto-monnaies ce n'est que du numérique.
07:36Donc c'est un transfert de quoi ?
07:37C'est un transfert d'un ordinateur à un autre, tout simplement.
07:41Quand vous êtes possesseur de crypto-monnaie,
07:43soit vous les avez sur une plateforme comme une banque mais virtuelle,
07:47dans laquelle vous avez ces monnaies,
07:48ou comme Ledger.
07:49Ledger, leur particularité et ils détiennent aujourd'hui,
07:52ils sécurisent 30% des crypto-monnaies dans le monde,
07:55c'est qu'on peut avoir soit une clé USB,
07:57soit une sorte de carte bancaire sur laquelle il y a les codes,
08:00il y a toute la chaîne numérique,
08:02qui justifie le montant de crypto-monnaie.
08:04Mais au GIGN, quand vos négociateurs,
08:07on leur demande une rançon en crypto-monnaie,
08:09donc il y a une partie de la rançon qui a été versée ?
08:11Je ne répondais pas sur la deuxième partie,
08:13en tout cas ce sont des modes opératoires,
08:14nous sommes bien rompus.
08:15Nous intervenons régulièrement sur les ransomwares,
08:18justement en lien aussi avec l'unité nationale cyber,
08:21ce qui nous permet d'avoir les mêmes modes opératoires.
08:24Un ransomware c'est une prise d'otage de données,
08:26et ensuite souvent ça se paye en bitcoin
08:29ou en autres modules de crypto-monnaie.
08:30C'est une nouvelle forme de criminalité qui se développe ça, Dominique Rizet ?
08:34Bien sûr, bien sûr, qui se développe,
08:36et puis des gens aussi qui étaient vraiment préparés,
08:39qui ont fait du repérage,
08:40qui sont allés chercher le couple ballant à la campagne,
08:43puisqu'ils habitent près de Vierzon, on l'a dit,
08:44dans une très jolie maison, une propriété.
08:47Et je vous rappelle que le 3 janvier,
08:49on a vécu quasiment la même chose.
08:51D'un mot, ça peut être crime-commandité ?
08:54Bien sûr, évidemment, repérage, crime-commandité.
08:57Oui, parce que ceux-là, ceux qui ont été interpellés,
09:00le général ne pourra pas nous confirmer ça,
09:01mais ceux qui ont été interpellés sont des exécutants,
09:04et il y a forcément au-dessus des commanditaires.
09:06Et d'un mot, on sait si la partie de rançon qui a été versée va être récupérée ?
09:10A priori, oui, la partie de rançon qui a été versée a été bloquée
09:14et devrait être récupérée.
09:16Merci beaucoup.
09:17Merci général d'être venu nous voir ce matin.
09:18Et coup de chapeau aux hommes du GIGN.
09:20Absolument, et à toute la chaîne d'ailleurs de la gendarmerie,
09:22parce que de la section de recherche jusqu'à la section cyber,
09:25en passant par le GIGN, bravo.
09:27Et juste un mot là-dessus,
09:28on voit de plus en plus d'arrestations de cyber-pirates,
09:30même dans le cadre des ransomwares,
09:31parce que les services de cyber-gendarmerie, de cyber-police,
09:35collaborent de mieux en mieux et travaillent de mieux en mieux.
09:38Et on voit beaucoup d'arrestations de pirates,
09:39ce qu'on ne voyait pas beaucoup.
09:40On parlait beaucoup des cyber-attaques,
09:41et aujourd'hui, on parle aussi davantage d'arrestations.
09:43Récemment, il y a un jeune de 17 ans qui s'est fait arrêter
09:45pour les pirater des données chez Free.
09:48Merci d'avoir été avec nous ce matin.

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