Elias a été mortellement poignardé vendredi 24 janvier à Paris. L'adolescent avait refusé de remettre son téléphone portable à deux mineurs de 16 et 17 ans, qui ont été placés en garde à vue.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Les deux jeunes soupçonnés d'avoir poignardier Elias vont être déférés parce que leur garde à vue a pris fin hier soir, Alexandra.
00:06Oui, tout à fait. Déférés, ça veut dire que leur garde à vue s'arrête et qu'ils sont présentés à un juge, en l'occurrence un juge des mineurs,
00:13qui va décider des suites judiciaires les concernant. Vu la gravité des faits dont on parle, il est fort probable que ces deux adolescents,
00:23malgré leur jeune âge, et bien que la détention présoire soit une exception, il est possible que les concernant soient incarcérés le temps des suites de l'enquête.
00:32Parce qu'ils étaient déjà connus des services de police.
00:34Oui. Par ailleurs, ils avaient déjà un passé judiciaire, puisqu'ils avaient été mis en cause dans des affaires de violence.
00:41Ils avaient eu une première audience en octobre dernier sur la culpabilité.
00:48Et là, ils attendaient une audience sur la peine qui devait intervenir en juin.
00:53En l'occurrence, il s'agissait donc des faits de vol à ex-violence.
00:57Mais donc, ce sont des adolescents qui étaient connus qui, normalement, ne devaient pas entrer en contact entre eux.
01:04En l'occurrence, il se trouve qu'ils étaient ensemble le soir des faits.
01:08Justement, on va pouvoir en parler avec l'avocat de l'un d'entre eux.
01:11Bonjour, Maître Babacar Niang. Merci d'être en direct avec nous.
01:14Votre client a 16 ans seulement.
01:16Oui, bonsoir.
01:17Il a reconnu les faits ?
01:21Oui, mon client, il a reconnu sa responsabilité pénale.
01:25Et il a voulu dire ce qui s'est passé, assumer sa responsabilité.
01:29C'est le minimum qu'il doit à la famille et à la société entière.
01:33Donc, il assume pleinement sa responsabilité.
01:35Donc, qu'est-ce qu'il a fait ?
01:39En vérité, ce qu'il a fait, bien entendu, les causes de son intervention ont été dramatiques.
01:47Et donc, du coup, le secret du dossier m'oblige de ne pas entrer en détail dans les affaires.
01:53Mais ce que je peux simplement vous dire, c'est qu'en l'état, il reconnaît sa responsabilité.
01:58Il a assumé totalement ses actes.
02:01Il n'avait pas le droit d'être avec cet autre jeune. Il ne devait pas se voir ?
02:07Oui, effectivement. Mais comme vous le savez, ils habitent presque ensemble.
02:12Ils habitent dans le même immeuble.
02:14Et c'est difficile de dire à deux jeunes qui ont pratiquement les mêmes intérêts de ne pas se fréquenter
02:20et qui, en soi, sont amenés à se voir dans les endroits communs
02:24ou, bien entendu, à se voir dans des endroits où ils ont l'habitude de se rendre ensemble.
02:29Mais, bien entendu, cela ne justifie aucunement la violation de l'obligation qu'ils avaient.
02:35Mais c'est la force des choses, la circonstance en vérité.
02:39C'est-à-dire le fait qu'ils habitent ensemble qui justifie en soi qu'ils n'aient pas pu respecter cette mesure.
02:45Je le disais, il y a de nombreuses réactions politiques après cette affaire.
02:48Un symbole de l'ultra-violence des jeunes.
02:50Il se rend compte, votre client, de ce qu'il a fait ?
02:55Absolument. Aujourd'hui, il est attristé. Il sait très bien ce qui s'est passé.
03:00Il n'avait pas mesuré la gravité des faits.
03:04Mais, par la suite, il sait aujourd'hui ce qui s'est passé.
03:06Il est vraiment très, très, très triste par rapport à tout ce qui s'est passé.
03:11Il sait que les choses vont changer pour lui.
03:14Les choses vont changer pour une famille, la famille de la victime.
03:17Et que, bien entendu, tout cela le rend triste.
03:19Et il sait que ce drame n'aurait jamais dû exister.
03:23Maître, pourquoi, ce soir-là, reconnaît-il avoir asséné un coup de couteau ?
03:29Est-ce qu'il était en pleine possession de ses moyens ?
03:33Est-ce que son discernement était altéré ?
03:38C'est un mineur.
03:40Et, bien entendu, sur ce point-là, il reconnaît sa responsabilité.
03:46C'est ce que j'étais en train de vous dire.
03:48C'est un mineur qui assume pleinement ce qu'il a fait.
03:51Il ne se cache pas derrière quelque chose.
03:53Mais, en vérité, bien entendu, il regrette.
03:55Ça n'aurait jamais dû arriver.
03:57Et il le regrette pleinement.
03:59Je ne peux pas vous dire plus.
04:01Puisque, en fait, c'est également des éléments qui entrent dans le secret de mon dossier
04:05que je ne peux pas étendre devant la télé.
04:07Maître, il risque jusqu'à la perpétuité ?
04:13Bien entendu, c'est un mineur.
04:16La minorité pénale sera prise en compte.
04:19Mais la peine, et encore l'instruction va dire s'il y aura une requalification ou pas.
04:25Bien entendu, tout cela reste entier.
04:27Aujourd'hui, il n'est pas jugé.
04:29Il est simplement déféré pour être mis en examen.
04:33C'est-à-dire qu'il y aura une ouverture d'une information judiciaire.
04:36C'est-à-dire que l'enquête se poursuit.
04:38Et c'est l'enquête qui permettra de dire, par la suite,
04:41de mettre sa responsabilité.
04:44Et ensuite, avant le jugement, le juge décidera de la peine.
04:48Mais à ce jour, on ne peut pas dire exactement ce qu'il a encore.
04:51Merci beaucoup, maître, d'avoir été en direct avec nous.
04:55Gérald Darmanin va recevoir tout à l'heure les procureurs.
04:57Sauf qu'en fait, les procureurs, on entend des François Mollins,
04:59ils font leur travail.
05:00C'est un problème de moyens, de délais surtout.
05:02Oui, oui, moi je suis tout à fait d'accord avec monsieur Mollins.
05:05C'est-à-dire que le cadre institutionnel existe déjà.
05:09Prenons cet exemple de crime horrible au couteau.
05:13On a 30 ans de réclusion criminelle encourue de toute façon
05:18entre 16 et 18 ans.
05:21Même si on écarte l'excuse atténuante de minorité.
05:2430 ans de réclusion criminelle au lieu d'une réclusion criminelle à perpétuité,
05:28c'est quand même déjà une peine très importante.
05:30On voit bien que la dissuasion, malheureusement,
05:33chez les mineurs encore plus que chez les adultes,
05:35ça ne fonctionne pas tellement chez les délinquants.
05:38Ils ne pensent pas qu'ils vont être condamnés
05:40quand ils commettent un crime ou un délit.
05:42C'est comme ça.
05:43En ce qui concerne les procureurs,
05:45moi je suis un peu surprise que monsieur Darmanin
05:48convoque les procureurs et les procureurs généraux,
05:50les chefs de cour d'appel.
05:51Pourquoi ?
05:52Parce qu'évidemment que les procureurs réagissent
05:55dès qu'il y a des violences,
05:56surtout des violences gravissimes comme ça,
05:58mais même moins graves.
05:59C'est-à-dire que tout de suite,
06:01ils demandent un déferlement du mineur.
06:03C'est-à-dire qu'on le présente au parquet.
06:05La loi actuelle a été modifiée en 2021,
06:08le Code de justice pénale des mineurs.
06:10Et ce qui se passe dans un cas comme ça,
06:12mais même dans des cas beaucoup moins graves,
06:14de violences où ce sont des coups, etc.
06:16Le mineur est déféré au parquet,
06:18présenté au procureur.
06:20À ce moment-là, il y a une éventuelle détention provisoire,
06:22si les faits sont graves,
06:24et qui est tout à fait possible de toute façon.
06:27Et il sera jugé,
06:29si les faits sont beaucoup moins graves,
06:31si ce sont des coups beaucoup moins graves.
06:33À ce moment-là, il sera jugé entre 10 jours et 1 mois.
06:37Donc il y a un processus de jugement immédiat
06:40avec la détention provisoire en attendant le jugement.
06:44Et si les faits sont moins graves,
06:48à ce moment-là, le mineur sera sous contrôle judiciaire,
06:52et on fera une enquête de personnalité, etc.
06:56Et on le jugera de toute façon.
06:58Et pour des crimes, c'est évident que les procureurs,
07:02eux, ce qui les intéresse,
07:05s'ils ont dit dans les discours de rentrée à Aix,
07:08à Paris, dans pas mal d'endroits, à Versailles,
07:12ils ont dit deux choses dans les discours de rentrée.
07:14SOS judiciaire, le mot a été employé
07:17par le procureur d'Aix.
07:19SOS judiciaire, il y a 4000 dossiers criminels
07:22qui sont finis au niveau de l'enquête,
07:24qui attendent d'être jugés.
07:26Les gens sont en détention provisoire.
07:28Il faut les juger.
07:29Et il n'y a pas de place dans les audiences.
07:32Ils ont dit ça en premier.
07:34Qu'est-ce qui va se passer ?
07:35On va devoir mettre des criminels en liberté,
07:37comme ça s'est passé à Versailles il y a une semaine.
07:40Oui, il y a un violeur qui est sorti
07:42parce qu'il n'avait pas eu de date d'appel.
07:43Parce qu'il n'y avait pas de place à l'audience.
07:45Et deuxième chose, ce qu'il dit,
07:47notamment le procureur général de Versailles,
07:49qui dit, mais monsieur Darmanin,
07:51comme ministre de l'Intérieur,
07:53vous avez démantelé la police judiciaire.
07:55Il l'a dit dans son discours de rentrée,
07:57on a besoin de police judiciaire.
07:59Et il faut absolument reconstituer
08:02une police judiciaire digne de ce nom en France.
08:05Donc il y a deux problèmes qu'ont soulevés les procureurs
08:07en disant embolie, asphyxie de la justice, etc.
08:11Et là, on les réunit pour une mission
08:13qu'ils ont déjà et qu'ils exécutent.
08:15Évidemment que dans des cas comme ça,
08:17les procureurs s'occupent de l'affaire,
08:19il n'y a pas besoin d'une circulaire.
08:21Hasard du calendrier, Néla, à l'Assemblée
08:23arrive tout à l'heure une proposition de loi
08:24qui a été vidé de sa substance
08:25mais qui risque d'être peut-être de nouveau durcie
08:27après cette affaire.
08:29Oui, une proposition de loi qui est portée
08:31par Gabriel Attal, l'ancien Premier ministre,
08:33et un certain nombre de députés de son groupe.
08:37Vous vous souvenez, il avait,
08:39on a l'impression que c'était il y a longtemps,
08:40c'était en janvier de l'an dernier,
08:43il s'était installé à Matignon
08:45sur le thème de l'autorité Gabriel Attal
08:47en disant que, précisément,
08:48il fallait d'un côté identifier les mineurs
08:50qui pouvaient sombrer dans la délinquance
08:52et par ailleurs réprimer plus sévèrement
08:55ceux qui ont sombré dans la délinquance,
08:57voire dans le crime.
08:59Et de fait, cet objet-là a été fauché
09:01en quelque sorte par la dissolution
09:03puisque le texte Eric Dupond-Moretti
09:05travaillait dessus, l'ancien garde des Sceaux,
09:08soutenu par Gabriel Attal.
09:10Une fois revenu à l'Assemblée nationale,
09:11il a déposé effectivement ce texte
09:13qui reprend l'essentiel des mesures
09:15qu'il souhaitait voir mises en œuvre
09:17comme, par exemple,
09:19la création d'une obligation de déferrer
09:21aux convocations du juge des enfants.
09:23Ça, c'était pour faire en sorte
09:25que les parents viennent.
09:27C'était après les émeutes liées
09:29à la mort de Naël.
09:31Il avait été constaté qu'un certain nombre de parents
09:33ne feront pas...
09:34Le rôle des parents, l'autorité des parents.
09:35Ça fait partie des articles qui figurent dans cette loi.
09:37L'instauration d'une responsabilité civile solidaire
09:39des parents pour les dommages causés par leurs enfants.
09:41Et les articles les plus attendus.
09:44La comparution immédiate pour les mineurs
09:46de moins de 16 ans
09:47et la facilitation des dérogations
09:49aux règles de ce qu'on appelle l'excuse de minorité
09:51pour reprendre le bandeau.
09:52Sauf qu'effectivement, le texte,
09:53il a suivi la procédure normale.
09:55Commission des lois,
09:56il arrive en séance tout à l'heure.
09:57En commission des lois,
09:58les articles dont je viens de vous parler
10:00ont été tout simplement supprimés.
10:02Donc le sujet, c'est est-ce qu'il y aura une majorité
10:03pour voter ce texte ?
10:04Est-ce qu'il y aura des amendements ou pas ?
10:05On suivra ça cet après-midi.
10:06On va tout de suite aller retrouver
10:07Angèle Ouatta devant le collège d'Elias.
10:09C'est dans le 6e arrondissement à Paris.
10:10Avec une cellule psychologique
10:11qui a été mise en place, Angèle.
10:15Oui, avec infirmière, assistante sociale,
10:18médecin scolaire également présents ici
10:21pour écouter, bien évidemment,
10:22les adolescents qui ont repris le chemin
10:24de l'école ce lundi matin
10:26à la faveur des réseaux sociaux.
10:27Évidemment, ils étaient tous au courant
10:29de cette affaire,
10:30de ce qui est arrivé à leur camarade Elias.
10:32Écoutez, Camille, on l'a rencontrée tout à l'heure
10:34avec William Guay.
10:35C'est un élève ici
10:36qui connaissait en partie Elias et sa famille.
10:40Il était bienveillant avec tout le monde.
10:41Il était très gentil.
10:42Et tout le monde l'aimait beaucoup.
10:44Et il n'a jamais manqué de respect à quelqu'un.
10:47Il était toujours super attentionné.
10:49Tout le monde l'aimait bien dans le collège
10:51et même à l'extérieur.
10:53Du coup, tout le monde est triste de ce départ.
10:56C'est quelque chose d'inadmissible.
10:58Il faut que ce soit puni, etc.
11:01Parce que ce n'est pas possible.
11:02Et ça ne devrait pas arriver,
11:04surtout en France.
11:06Les classes de troisième,
11:07la génération d'Elias,
11:08est en stage de découverte cette semaine.
11:11Ils ne sont pas présents ici sur site.
11:13Mais il leur a été expliqué que s'ils le souhaitaient,
11:15s'ils en ressentaient le besoin,
11:17ils pouvaient également venir ici
11:19pour pouvoir se confier à cette cellule d'écoute.