Maxime Tessier, avocat de Joël Le Scouarnec, cet ancien médecin accusé de viols et d'agressions sexuelles sur 299 personnes, presque exclusivement mineures au moment des faits, s'est exprimé à l'issue du premier jour d'audience. Il a souligné "l'esprit de coopération" dont fait preuve, selon lui, Joël Le Scouarnec.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Écoutez, Joël Le Squarnec a montré qu'il était dans un esprit de coopération à l'égard de la justice,
00:04à l'image d'ailleurs du volontarisme qui a été le sien au cours de ces interrogatoires
00:09pendant près de cinq mois chez le juge d'instruction.
00:11Nous n'avons pas un accusé qui est mutique, désinvolte, extrêmement agressif dans son propos,
00:15mais quelqu'un qui, au contraire, se plie complètement au procès,
00:20quelqu'un qui, comme cela lui a été demandé,
00:23souhaite s'exprimer à l'égard de chacune des victimes dans cette affaire
00:28et qui va le faire sur les quatre mois à venir.
00:31Il a admis tous les faits ?
00:32Pardon ?
00:33Il a admis tous les faits ? Non.
00:34Non, mais il en a admis une très grande majorité, si vous voulez.
00:37Donc ces faits-là feront l'objet bien sûr d'un débat au cours du procès,
00:42mais nous retenons quand même, je tiens à le rappeler,
00:45on avait dit que celui-ci prétendrait que ce seraient exclusivement des fantasmes,
00:49prétendrait qu'il n'aurait pas de souvenirs.
00:50En réalité, pour la très grande majorité des faits, il les a reconnus,
00:54et alors même qu'il y avait très peu d'éléments matériels pour certains,
00:58c'est la preuve d'ailleurs qu'il ne s'est pas fondé seulement
01:00sur la suffisance des éléments matériels qu'il y avait au dossier.
01:03C'est aussi ça que je veux dire quand je parle de coopération.
01:05Vous avez dit, Maître, que vous aviez beaucoup entendu,
01:09attention quand même aux perches, merci,
01:11vous avez dit que vous aviez beaucoup entendu et sans doute plus,
01:13que c'était un procès hors normes, vous ne voulez pas d'un procès hors normes.
01:16Vous pouvez nous dire ce que vous vouliez dire par là ?
01:18Le procès hors normes, c'est une qualification du ministère de la Justice,
01:21c'est une bonne chose dans le sens où ça donne des moyens
01:23pour que l'ensemble des personnes qui sont concernées par l'affaire,
01:26c'est-à-dire les partis civils, leurs proches et mon client,
01:29puissent être écoutés et entendus,
01:30que la Justice soit là pour rendre son œuvre à leur égard.
01:34Néanmoins, un procès hors normes,
01:35ça ne peut pas être un procès en dehors des normes.
01:38C'est pour ça que pour les faits qu'il conteste,
01:39il demeure présumé innocent, qu'il a un avocat,
01:42qu'il y a une accusation, qu'il y a des débats.
01:44Il faut que les choses se passent, pas pour minimiser,
01:47mais que du sang soit donné pour qu'on examine une à une les affaires,
01:51comme s'il n'y avait qu'un seul dossier,
01:53sans nier le caractère, si vous voulez, lié au nombre des personnes.
01:58Mais il faut que dans ce dossier-là, comme dans tous les autres,
02:01et c'est les garanties que la Cour criminelle veut apporter ici,
02:04Justice soit rendue dans des conditions normales.
02:07Comment a-t-il réagi à la longue énumération des noms
02:14et des prénoms de ces victimes qui a résonné dans cette audience ?
02:17On l'a vu en tout cas devenir plus rouge.
02:21Vraiment, sa carnation a changé.
02:24Il a pris la parole ensuite.
02:26Les avocats de partie civile doutent de la sincérité de ces déclarations.
02:30Vous, comment vous l'avez ressenti ?
02:31Il a été très affecté, très abattu, très digne aussi,
02:34en tout cas à la hauteur des enjeux.
02:36Il n'y a pas du tout un souhait de se défausser, de minimiser,
02:40de se retrancher derrière son petit doigt.
02:44Vous l'avez vu ce soir.
02:45Il y a eu des descriptions qui ont été faites dans les médias.
02:47Il y a les craintes exprimées par certaines parties civiles.
02:50Là, vous avez l'homme que nous défendons,
02:52l'homme qui assume sa responsabilité
02:55et qui se montre en effet très affecté par les actes que lui-même a commis
02:59et pour lesquels il dit souvent « le responsable, c'est moi ».
03:02C'est un homme qui a changé par rapport au procès de sainte ?
03:04Vous pensez qu'il a évolué depuis ces dernières années ?
03:06Incontestablement.
03:07Comment peut-on imaginer quelqu'un qui passe huit ans en détention,
03:11qui s'investit dans un travail psychologique qui n'est pas obligatoire,
03:14je le rappelle, qui en justifie devant la cour criminelle
03:19et que tout cela fasse que cet homme soit totalement le même ?
03:23C'est nier ici l'œuvre de justice.
03:27Nous, ce que nous souhaitons, c'est montrer
03:30que la situation de chacune des personnes et ce dossier dans la globalité
03:34a été plus que pris au sérieux par l'accusé.
03:36Il s'est investi dans ce travail psychologique
03:38qui n'efface pas du tout ce qu'il a fait.
03:40Il ne le fait pas pour minimiser et dire
03:41« voilà, j'ai fait un travail psychologique, c'est terminé ».
03:43Pas du tout.
03:44Mais en réalité, ça montre que l'accusé est à la hauteur des enjeux.
03:48Il y a des gens qui parlent aussi d'une responsabilité
03:50de collège de l'ordre de médecins.
03:52Qu'est-ce que vous en pensez ?
03:53Vous pensez qu'il n'est pas le seul responsable de ces faits ?
03:57Qu'il est le seul par rapport à tout son parcours ?
04:00Parce qu'il a continué en travaillant.
04:02Vous avez constaté qu'il y a eu un débat là-dessus cet après-midi.
04:05Ce que je rappelle, c'est qu'une enquête est toujours en cours.
04:07Elle a été annoncée par le procureur de la République de l'Orient,
04:09qui est avocat général dans ce procès.
04:11Qu'en dit la défense de Monsieur Le Squarnac
04:13dans ce dossier dans lequel nous ne sommes plus ?
04:16D'abord, que celui-ci a toujours dit, le responsable, c'est moi.
04:21Il n'a jamais cherché à se défausser
04:23derrière une insuffisance supposée des ordres.
04:26Ceux-ci auront à s'en expliquer,
04:27des ordres des institutions administratives,
04:30des membres de tout ce qu'on peut appeler la profession médicale.
04:33Jamais il ne s'est défaussé derrière eux.
04:35Il ne dit pas, on aurait pu l'entendre,
04:37ça existe dans certaines autres affaires,
04:40si on m'avait arrêté, je n'aurais pas continué.
04:42Tel n'est pas le discours de Monsieur Le Squarnac,
04:44qui, encore une fois, assume pleinement sa responsabilité,
04:47assume, comme il l'a dit, la dévastation qu'il a causée,
04:50la reconnaît et souhaite donc coopérer pleinement à ce procès
04:54comme il le fait depuis le début de l'instruction.