Ce week-end, Bruno Retailleau s'était dit prêt samedi à entrer dans un "rapport de force avec l'Algérie". En cause, le refus d'Alger de reprendre l'un de ses ressortissants sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français, avant qu'il ne tue un homme et en blesse sept autres dans une attaque au couteau samedi à Mulhouse.
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00:00Christophe, on en vient à votre choix, faut-il durcir le ton face à Alger ?
00:05C'est le drame de Trou, le drame de Toulouse, de Mulhouse, avec un agresseur qui était frappé d'OQTF,
00:11obligation de quitter le territoire français,
00:1310 demandes de laisser passer consulaire avaient été formulées par le ministère de l'Intérieur auprès de l'Algérie,
00:1810 refus, et voilà le drame qui est arrivé.
00:21Évidemment, on hausse le ton, demain il y a un SISI,
00:24un SISI c'est un comité interministériel de contrôle de l'immigration à Matignon,
00:29il était prévu déjà de longue date, et évidemment l'Algérie va être au cœur de ce comité, de ce conseil.
00:35Bruno Retailleau passe à l'offensive, le ministre de l'Intérieur, pour plusieurs raisons,
00:38d'abord parce que c'est sa marque politique, il veut montrer qu'être au gouvernement c'est utile,
00:42mais aussi parce qu'il a pris à bras-le-corps le dossier Alger depuis plusieurs semaines, plusieurs mois,
00:46avec le problème des OQTF, avec aussi l'affaire de Boalem Sansal, l'écrivain retenu arbitrairement en Algérie,
00:53et puis avec l'influenceur Doualem qu'il n'a pas pu, Bruno Retailleau, expulser.
00:58Samedi soir il a donc haussé le ton Bruno Retailleau en disant qu'il fallait changer de braquette,
01:02il veut désormais un rapport de force, et il ajoute cette phrase sibylline,
01:07on a été gentils, on a tendu la main à l'Algérie, qu'avons-nous eu en retour ?
01:12C'est qui ce « on » ? C'est pas la France, ce « on » rime avec Macron.
01:17Bruno Retailleau accuse Macron d'avoir choisi une voie stratégique qui s'est révélée stérile.
01:22Emmanuel Macron qui par exemple en 2022 avait, avec son homologue algérien,
01:26installé une commission mixte franco-algérienne d'historiens pour réfléchir sur la décolonisation
01:33et sur les 130 ans de colonisation pour purger le passé.
01:36Ce que la droite Retailleau ne pardonne pas à Emmanuel Macron, cette droite d'origine fillonniste,
01:42c'est en fait ce qu'il avait dit lors de la campagne présidentielle 2017,
01:46on s'en souvient, à la mi-février, il était allé en Algérie, Emmanuel Macron,
01:49dire ceci, la colonisation oui, c'est un crime contre l'humanité, c'est une vraie barbarie,
01:56et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant nos excuses.
02:01Et le hiatus idéologique, il est né là, entre la droite et Emmanuel Macron.
02:05Comme la politique en effet de la main tendue à l'Algérie n'a pas fonctionné,
02:09la droite a beau jeu aujourd'hui de dire qu'il faut changer.
02:12Alors est-ce qu'on change ? Oui, on change.
02:14Emmanuel Macron lui-même a dit que l'Algérie se déshonorait en ne libérant pas Boilem Sansal.
02:19François Bayrou pourtant modéré a haussé le ton ce week-end.
02:22Jean-Noël Barrault est venu tout à l'heure sur le plateau de BFM expliquer
02:26que déjà des mesures avaient été prises, peut-être faisaient-ils allusion à des refoulements de dignitaires algériens
02:32qui eux profitent d'un passeport où il n'y a pas besoin de visa, et c'est cela qui est contesté.
02:38On sait que Gérald Darmanin avait déjà proposé de durcir cette faveur faite à la nomenclatura,
02:44comme il dit, algérienne. Donc on voit que ça durcit.
02:47D'autres proposent d'aller plus loin sur l'aide au développement limitée ou supprimée,
02:52sur les droits de douane dans les exportations-importations, là aussi tenir un bras de fer.
02:57Et puis bien sûr le fameux accord du 27 décembre 68 du RN jusqu'à Édouard Philippe,
03:02en passant par les Républicains et par Gabriel Attal, tous réclament l'abrogation de cet accord
03:08qui a déjà été révisé trois fois depuis 68 et qui propose quoi ?
03:12Eh bien, en supprimant cet accord de 68, on arrêterait de donner aux Algériens
03:16des facilités de circulation, moins de formalité, moins d'obligation de visa,
03:21et puis des facilités aussi pour faire du regroupement familial.
03:24Attention, il y a quand même quelques difficultés qui se posent.
03:27D'abord, si on abroge l'accord de 68, on revient à ce qu'il y avait avant juridiquement.
03:32Et avant c'était 62, c'était le même pays, la circulation était libre.
03:36Donc vous voyez, ça serait une mauvaise solution.
03:37Mais on peut aussi abroger l'accord pour en négocier un autre.
03:41Sauf que négocier un accord de ce type, ça regarde le quai d'Orsay et ça regarde l'Elysée.
03:45Or, on n'a pas le même son de cloche.
03:47Même si Jean-Noël Barrault participe de la montée en puissance dans le ton vis-à-vis de l'Algérie,
03:52il rappelle, Jean-Noël Barrault, le ministre des Affaires étrangères,
03:55que ce qui l'intéresse lui, c'est la sécurité des Français,
03:57pas le rapport de force pour le rapport de force.
04:00À bon entendeur, salut, s'avise Bruno Retailleau.
04:03Et il ajoute que quand on agit de manière unilatérale, ça ne fonctionne pas.
04:08Notamment si on arrête brutalement les visas.
04:10Il veut une négociation avec l'Algérie.
04:13Et il explique que quand on a négocié, quand on a discuté,
04:16on a eu en 2022 des facilités à renvoyer plus d'irréguliers, de clandestins en Algérie.
04:21Alors regardons les chiffres.
04:22Est-ce qu'il a raison ?
04:24Oui, en 2024, les expulsions vers l'Algérie ont augmenté de 17%.
04:29Mais elles ont augmenté de 50% vers le Maroc.
04:32Le Maroc avec lequel on a entamé une politique de rapprochement.
04:35Et puis ce plus 17% vers l'Algérie, ça ne nous mène même pas à 3 000 expulsions.
04:40Ça veut dire que chaque fois qu'il y a un laissé-passer consulaire accordé par l'Algérie,
04:44la France, elle, a accordé 85 visas à des Algériens qui veulent rentrer.
04:48Visiblement, c'est déséquilibré.
04:50Alors on va voir si on arrive à continuer dans cette voie
04:53ou si le bras de fer se continue.
04:56Les OQTF n'ont exécuté, surtout quand il y a des tragédies à la clé.
04:59L'opinion ne le supporte plus.
05:01Pour finir, en filigrane historique,
05:03je voudrais vous faire entendre quelques secondes du général de Gaulle,
05:06en septembre 59, où il parle du drame algérien.
05:10Et il esquisse une méthode qu'on devrait écouter aujourd'hui.
05:14Pourtant, devant la France,
05:19un problème difficile et sanglant reste posé.
05:25Celui de l'Algérie.
05:27Il faut le résoudre.
05:31Nous ne le ferons certainement pas
05:34en nous lançant les uns les autres à la face.
05:38Les stériles et simplistes slogans
05:43de ceux-ci ou de ceux-là comme nubiles en sens opposé.
05:48Leurs intérêts, leurs passions, leurs chimères,
05:51nous le ferons comme une grande nation.
05:55Un problème difficile et sanglant.
05:57Certains veulent le résoudre par des slogans.
05:59Tout a changé dans la relation entre la France et l'Algérie.
06:01Sauf ça.