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Lundi 17 mars 2025, SOUS LA ROBE reçoit Pascal-Pierre Garbarini (Associé dirigeant et fondateur, Cabinet Garbarini)

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00:00Bonjour Pascal Garbarini, je suis très heureuse de vous recevoir dans l'émission Sous la robe.
00:20Est-ce que vous pouvez rapidement vous présenter ?
00:23Alors déjà bonjour, c'est moi qui suis ravi déjà d'être devant vous pour cette émission.
00:31Je m'appelle Pascal-Pierre Garbarini, je suis avocat au barreau de Paris depuis le 9 janvier 1991
00:38où j'ai prêté serment devant la première chambre de la cour d'appel de Paris.
00:46J'avais préalablement fait toutes mes études à Paris 1, Panthéon-Sorbonne à Paris.
00:56Ensuite j'ai été dans plusieurs cabinets d'avocats avant de m'installer.
01:02Donc j'étais dans un cabinet d'abord de droit des affaires.
01:06Vous avez commencé par le droit des affaires ?
01:08J'ai commencé par le droit des affaires et fiscalité.
01:13Vous voyez je ne recule devant aucun sacrifice.
01:17Et ça c'était chez Kobe Buchmann Spalter.
01:21D'accord.
01:22Ensuite je suis allé chez Henri Leclerc.
01:27D'accord.
01:29Donc tout de suite vous vous êtes dit en fait le pénal j'ai envie d'y aller ?
01:32Alors j'ai toujours voulu faire du pénal mais j'avais un ami qui était un grand pénaliste
01:42qui s'appelait Robaglia dont le père a formé Francis Spiner, Jean-Yves Leborgne.
01:52De très grands avocats.
01:55Et il était incapable de sortir de son périmètre du pénal.
02:02Et moi j'ai toujours considéré qu'il fallait quand même avoir un socle général.
02:08Donc c'est pour ça qu'au départ je m'étais concentré en disant le premier cabinet d'avocats qui veut bien de moi
02:17j'irai parce que de toute façon ça ne sera pas du temps perdu.
02:21Donc c'est pour ça que j'ai commencé par le droit des affaires et mes premiers dossiers c'était des apports partiels d'actifs.
02:27D'accord.
02:28Donc vous voyez ça faisait presque 180 degrés.
02:30Donc du conseil.
02:31Du conseil.
02:32Oui.
02:33Presque du 180 degrés.
02:34Ensuite donc je suis allé chez Henri Leclerc parce que bien évidemment finalement.
02:38Quand même vous avez cette envie.
02:40En fait j'ai eu une opportunité, c'est un ami qui est un avocat spécialisé en procédures collectives
02:48qui était un jeune avocat comme moi et qui m'appelle et qui me dit Pascal, Pascal est-ce que tu veux aller chez Leclerc ?
02:54Je crois qu'il cherche quelqu'un.
02:56J'ai dit ah bon.
02:57Donc tout de suite j'ai candidaté comme on dit, j'ai été reçu et j'ai été pris.
03:02Et comme j'avais les meilleures relations avec le cabinet et avec O.B.B. Spalter, ils m'ont laissé partir sans préavis.
03:08Donc c'est un peu le petit coup de fil qui a changé votre carrière ?
03:14Qui a contribué à l'affaire on va dire plutôt.
03:18Donc là je suis resté chez Henri Leclerc.
03:21Alors je travaillais avec Henri Leclerc mais je travaillais également avec Frédéric Beaulieu, également une grande avocate.
03:28Yves Lachaud, également un avocat brillant.
03:33Et puis surtout je me suis fait un réseau d'amis qui à ce jour, c'est à dire 34 ans plus tard,
03:40sont restés des amis très proches.
03:43Marie-Laure Barré, Nathalie Sénic, Bruno Hillouz, Marc Borthen.
03:48On était tous des jeunes avocats, des bébés avocats comme je dis souvent.
03:52On courait comme des fous partout.
03:55C'était très intense vos débuts ?
03:57Ah très.
03:58Mais le cabinet d'affaires était très dur.
04:01Je dois rendre justice parce qu'il y a une formation dans les cabinets d'affaires qui est très rigoureuse.
04:10Très exigeante.
04:11Très exigeante.
04:12A la fois en termes de temps mais également bien évidemment en termes de rédaction.
04:19Et ça m'a toujours servi.
04:22Je le dis parce que souvent on pense que c'est le pénal.
04:29Mais moi j'ai toujours considéré qu'il fallait que j'applique les règles très rigoureuses de la formation du droit des affaires au droit pénal.
04:40Et en revanche quand je suis arrivé chez Henri Leclerc, c'était la fameuse SCP Ornano.
04:46Boulevard Ornano.
04:48Boulevard Ornano, c'est à dire un avocat pour tous.
04:50C'était un peu le choc des cultures.
04:52Je passais des apports partiels d'actifs si vous voulez au problème de titre de séjour.
04:57Donc c'était assez rock'n'roll.
04:59Un autre univers.
05:00Un autre univers mais avec que des avocats passionnés.
05:04Donc quand on était jeune, évidemment on allait tout manger.
05:07On était les plus forts.
05:09Vous pensez qu'il faut un ego important pour arriver à affronter cette profession qui n'est pas la plus simple ?
05:17Je ne dirais pas un ego.
05:19Je dirais il faut absolument une force mentale.
05:23Une force mentale.
05:24Oui, très forte.
05:25Parce qu'on oublie mais un avocat, on est très heureux quand on a une victoire, entre guillemets quand je dis victoire.
05:33C'est à dire quand on a un succès judiciaire dans un dossier auquel on croit.
05:38Mais on a souvent à gérer des décisions qui nous sont défavorables.
05:44Ou en tous les cas qui ne vont pas dans le sens auquel nous aspirions.
05:49Donc réellement il faut vraiment avoir une force de caractère très très forte.
05:54Alors elle peut passer parfois par ce qu'on peut appeler un ego.
05:58En effet.
05:59Mais moi j'ai fait beaucoup de sport dans ma vie.
06:02Que ce soit du sport collectif au football mais également beaucoup de boxe.
06:06Et ça vous apprend l'humilité.
06:09C'est à dire qu'il ne faut pas non plus que l'ego supprime l'empathie qui doit exister vis-à-vis à la fois du client et du dossier que vous défendez.
06:21Vous parlez de la boxe.
06:23Alessandro Baricchio qui est un auteur a dit pour apprendre à boxer il suffit d'une nuit.
06:31Il faut une nuit entière pour apprendre à combattre.
06:34Une vie entière pour apprendre à combattre.
06:36Oui c'est exactement ça.
06:38Est-ce que ça vous parle ?
06:40Est-ce que vous trouvez que ça a un sens aussi pour le métier d'avocat ?
06:44Oui ça a un sens pour le métier d'avocat parce que moi j'ai toujours considéré qu'on commençait à comprendre le métier d'avocat et à être avocat après dix ans de barre.
06:59Avant on essaye, on tâtonne, on est content, on pleure.
07:07Vous avez beaucoup pleuré dans ce métier ?
07:10Je ne suis pas quelqu'un qui pleure mais j'ai souvent eu la rage.
07:17Vous êtes plutôt connu du grand public pour avoir été l'avocat d'Ivan Colonna.
07:24Est-ce que vous pouvez nous raconter ce client et l'affaire que vous avez eu pour lui à représenter dans votre carrière et peut-être votre vie ?
07:35Écoutez, l'affaire Ivan Colonna qui a été accusé d'avoir assassiné le préfet Rignac le 6 février 1998.
07:49Moi j'ai été nié par Ivan Colonna le 4 juillet 2003, c'est-à-dire le jour de son arrestation dans la fameuse bergerie dans le Haut de Propriano.
08:04C'est un dossier qui ne se refuse pas.
08:13Ce sont des dossiers qui sont à la fois du pénal, c'est également du politique.
08:20C'est des dossiers qui concernent l'État, plus exactement la République puisque c'est un préfet de la République qui a été assassiné.
08:29Donc ça a été en plus un séisme à la fois en Corse, bien évidemment, mais également sur l'ensemble du continent.
08:39L'État voulait absolument bien évidemment, j'emploie le mot entre guillemets,
08:48mais à dessein aussi se venger de l'affront qui avait été fait par un groupe à un serviteur de l'État, un de ses serviteurs.
09:01Donc c'est un dossier très très très dur.
09:05Vous avez dit que c'est un dossier qui ne se refuse pas. Est-ce que vous y avez pensé quand même ?
09:11Est-ce que vous vous êtes posé la question et est-ce que vous avez douté au début ou pas du tout ?
09:15Alors, votre question est très pertinente parce qu'en effet, moi, à titre personnel, j'ai toujours condamné l'assassinat du préfet.
09:26C'est-à-dire que je considérais, c'est ma position de citoyen, qu'il était pour moi impossible de plaider dans une affaire
09:38où l'accusé ou le mis en examen avant d'être accusé revendiquerait l'assassinat du préfet.
09:45Et à ce moment-là, j'avais dit je n'interviendrai pas dans cette procédure parce que je ne peux pas plaider.
09:52Ça c'était votre limite ?
09:53C'était ma limite parce que je ne pouvais pas, si vous voulez, plaider un acte auquel je ne croyais pas,
10:00sachant qu'on est dans un acte politique.
10:02Bien sûr.
10:03Que les choses soient claires.
10:04Donc dans ces conditions, la question s'est en effet posée.
10:08Mais à partir du moment où j'ai appris qu'Ivan Colonna contestait fermement les faits qui lui étaient reprochés,
10:17à ce moment-là, j'étais dans une situation d'avocat, on va dire, normal, dans une défense tout à fait courante
10:25d'un avocat qui défend une personne qui est accusée d'un crime ou d'un assassinat qu'il n'a pas commis.
10:30Est-ce qu'inversement, vous avez perçu ce qui avait pu convaincre Ivan Colonna de vous prendre comme avocat, à ce moment-là ?
10:44Je ne sais pas. Je pense qu'il souhaitait un avocat parisien, du barreau de Paris, puisque la procédure était à Paris,
10:57puisqu'on est en matière de terrorisme, bien que l'assassinat ait eu lieu à Ajaccio.
11:01Ça, c'est le premier point.
11:03Je pense que le second point, c'est qu'il voulait quand même un pénaliste reconnu.
11:06Je le dis en toute modestie, mais je pense que c'est le cas.
11:11Et le troisième point, c'est qu'un avocat qui a déjà défendu la cause corse,
11:19puisque moi, j'ai été pendant longtemps l'avocat précédemment de personnes qui étaient soupçonnées de faire partie du FLNC,
11:27c'est-à-dire du FNC, et que donc à ce titre, je connaissais bien la cause corse.
11:35Alors, je précise, je ne souhaitais pas, dans ce dossier, en faire un dossier politique.
11:46Bien évidemment que non.
11:48Presque au contraire, j'imagine, pour la défense.
11:50Surtout le contraire, bien évidemment.
11:52C'est un dossier judiciaire. Est-ce qu'il y a des charges suffisantes ou il n'y en a pas ?
11:56Mais en même temps, on ne peut pas écarter le contexte.
12:01Et la contextualisation de ce dossier, de ces faits, était très importante,
12:06pour notamment montrer comment des hommes, même si ce n'était pas Yvan Colonna,
12:11avaient pris la décision, alors que rien ne les prédestinait à mettre une cagoule, entre guillemets,
12:16à tuer un représentant de l'État.
12:20Ce n'est pas un acte fou.
12:23Il y avait pour eux, et en tous les cas certainement, des raisons politiques qui les ont conduits à.
12:28C'est-à-dire que ce contexte-là, il fallait quand même avoir une certaine culture de l'histoire corse,
12:37de l'histoire corse judiciaire, de la politique menée par l'État en Corse,
12:42pour pouvoir aborder ce dossier.
12:44Je pense que ce sont les trois facteurs.
12:46Qu'est-ce que, pour vous, la défense représente ?
12:50C'est quoi une bonne défense ?
12:57En enfonçant une porte ouverte, c'est une défense convaincante, bien évidemment.
13:02Mais je crois qu'une bonne défense, c'est une défense crédible.
13:07Vous ne pouvez pas plaider n'importe quoi.
13:11Je le dis.
13:16Vous savez, je cite souvent cette citation que m'avait faite un président de tribunal correctionnel,
13:26qui a été un magistrat qui a fait une très grande carrière,
13:30qui disait toujours à l'audience, monsieur, vous avez le droit de chanter une chanson,
13:33mais il ne faut pas faire de fausses notes.
13:35Je dirais que ça s'applique aussi à l'avocat.
13:38J'imagine que dans votre carrière, vous avez eu souvent l'occasion de préparer vos clients à des audiences, à des auditions.
13:47Quel est le premier conseil que vous leur donnez ?
13:52Qu'est-ce qu'il faut absolument avoir en tête ?
13:55Parce qu'on a, je vous dis ça, c'est un peu la caricature,
13:58on a tous en tête des films, des séries américaines ou françaises d'ailleurs,
14:03et on voit des avocats dire à leurs clients de surtout se taire.
14:09Mais est-ce qu'il y a fondamentalement un conseil pour préparer quelqu'un à une audition ?
14:15Le premier conseil, c'est d'écouter la question.
14:20Vous voyez, c'est basique.
14:23Parce qu'en fait, vous savez, ce sont des personnes qui ont sur le cœur tellement de choses à dire
14:31si elles ne sont pas coupables, si elles considèrent qu'elles ne sont pas coupables.
14:36Donc, c'est comme si on faisait un clap, si vous voulez, et la personne se lâche.
14:41Et moi, je dis toujours, on se calme, vous allez écouter la question,
14:46vous prenez du temps pour la comprendre et ensuite pour y répondre.
14:51Et y répondre précisément, et ne pas commencer à avoir votre flux d'arguments
14:56qui sont peut-être ou vraisemblablement des arguments sérieux,
15:01mais si vous les livrez d'une manière comme ça, désordonnée, sans construction, etc., c'est inaudible.
15:07Donc, la première réponse, c'est vous écoutez les questions qui vous sont posées
15:13et vous essayez d'en comprendre le sens, ce qui est également quelque chose qui n'est pas aisé.
15:19Parce que quand vous avez un client intelligent, ce qui parfois peut se retourner contre lui,
15:25mais on ne va pas aller plus loin, lorsque vous avez un client intelligent
15:30qui comprend la question du magistrat, il sait très bien où le magistrat va en venir.
15:36Oui, donc d'une certaine manière, c'est de la précision et du sang-froid.
15:40Exactement. Ce qui est très dur, ce qui est très dur, parce qu'il y a beaucoup d'émotions.
15:45Il y a du stress, il y a de l'émotion. Vous savez, c'est normal.
15:51Les personnes qui arrivent... Moi, j'ai toujours dit qu'il y avait une inégalité
15:57par rapport aux personnes qui avaient affaire à la justice.
16:00Est-ce qu'on défend d'ailleurs de la même manière Yvan Colonna, un dirigeant d'entreprise,
16:05quelqu'un accusé d'un trafic de drogue ou de délits moins graves ?
16:14Est-ce qu'il y a une façon de faire différente ?
16:18Là encore, votre question est très pertinente. Le principe, c'est oui.
16:23Oui, peu importe la qualité de la personne, dans la mesure où on doit répondre à des faits,
16:32et donc le principe de la défense reste le même.
16:36Mais bien évidemment, il faut la préciser, l'adapter au regard de la personnalité.
16:46Une personne, j'en ai défendu beaucoup, qui fait partie du crime organisé,
16:51et un dirigeant d'entreprise, ce n'est pas la même défense, ce n'est pas le même coaching,
16:59si vous me permettez, ce bon français. Pourquoi ?
17:02Parce que le dirigeant d'entreprise, il va avoir bien évidemment une volonté de s'exprimer très forte, d'une part,
17:12mais également il va avoir une telle anxiété et une telle humiliation de se retrouver devant un juge,
17:22ce qui abîme son égo, ce qui le brise beaucoup en tant qu'homme, en tant que citoyen, par rapport à sa famille, etc.
17:32La personne qui est dans le crime organisé, elle va avoir une approche différente,
17:36parce que, pardonnez-moi de dire ça, mais ne pas le dire, c'est botter en douche, c'est leur profession.
17:46Donc si vous voulez, ils ont une intelligence et une habilité dans le ring judiciaire avec le magistrat,
17:56qui est assez étonnante, et qui à chaque fois me rend quand même assez, non pas admiratif, parce que ce n'est pas le mot,
18:06mais je dis, ils sont quand même…
18:08Il y a une forme de savoir-faire.
18:10Oui, énormément.
18:12Vous avez vous-même été confronté à la justice, en tout cas vous avez été mis en examen à un moment de votre carrière.
18:20Est-ce que vous pouvez rapidement nous expliquer pourquoi, sachant que depuis la mise en examen a été annulée,
18:26et nous raconter si ça a changé votre regard sur la justice, le fait de vous retrouver d'une certaine manière un peu de l'autre côté ?
18:36Oui, j'ai été mis en examen dans un dossier où on m'a accusé de blanchiment.
18:46Ma mise en examen n'a duré que 4 mois, puisque 4 mois après, la chambre de l'instruction a annulé ma mise en examen,
18:59c'est-à-dire que je suis devenu témoin assisté, donc très rapidement, et en plus avec des réquisitions du parquet général,
19:06c'est-à-dire du procureur général d'Aix-en-Provence, qui voulait également que ma mise en examen soit annulée.
19:15Donc c'est pour vous dire la solidité du dossier qui m'était opposé.
19:21Mais ce n'est pas rien pour un avocat quand même de se retrouver dans cette situation.
19:25Non seulement ce n'est pas rien, mais moi je l'ai très mal vécu, non pas que je me sois effondré du tout,
19:34mais je l'ai très mal vécu parce que pour moi c'est une humiliation.
19:38On a sali ma robe.
19:40Elle est ici, la robe.
19:43Et si vous voulez, vous savez, je défends des femmes et des hommes depuis 34 ans dans des dossiers qui ont été très très durs.
19:54Il y en a plein d'autres, avocats, je ne suis pas une exception.
19:58Mais je sais ce que c'est la dureté des défenses.
20:01Quand vous défendez des gens qui font partie du FLNC, quand vous défendez Yvan Colonna,
20:06quand vous défendez le crime organisé, quand vous défendez certains politiques ou des dirigeants d'automobiles.
20:11Est-ce que vous avez eu peur dans votre profession ?
20:13Je n'ai pas peur.
20:15D'accord.
20:17Pour en revenir à la robe, petite question, est-ce que c'est votre première robe d'avocat ?
20:23C'est ma troisième.
20:25C'est votre troisième. Qu'est-ce que ça représente pour vous ?
20:27Il faut que je fasse attention parce qu'il paraît qu'il y a un mauvais dicton qui dit que c'est la dernière.
20:34Donc il faut que je fasse attention.
20:36Je vais peut-être la jeter comme ça je vais en prendre directement une quatrième.
20:40Non, ça représente, j'ai écrit un livre qui s'appelait Ma robe pour armure.
20:45Donc le titre dit tout.
20:47Je dis d'ailleurs à mes collaborateurs, vous ne pouvez pas aller voir les magistrats sans robe.
20:58La robe, moi j'en ai besoin de la robe.
21:01Vous voyez, lorsque je vois les séries américaines où on voit des avocats, d'ailleurs brillants, qui plaident en costume sans robe, je ne pourrais pas le faire.
21:11Parce que pour moi, c'est une sorte de dédoublement de ma personnalité.
21:16Moi je suis Pascal Pierre Garbarini et j'ai mes idées, j'ai mes convictions, j'ai mes valeurs, etc.
21:23Mais tout ça s'efface quelque part quand je mets ma robe.
21:27Je suis un autre homme.
21:28Et je ne dis pas ça, encore une fois, par orgueil.
21:31C'est pas ça.
21:32C'est que j'en ai besoin parce qu'elle me protège.
21:35Et également, comme je le dis, puisque vous le savez, je suis passionné de cinéma, pour moi c'est le clap.
21:41Voilà.
21:42Moteur.
21:43C'est moteur.
21:44Voilà.
21:45Et moteur, le terme est d'autant plus juste que tous les sens du mot moteur s'appliquent.
21:52On entend parfois, notamment de la part d'une partie de la classe politique,
21:59mais d'une partie importante de la population qui peut le penser, que la justice est laxiste.
22:06Qu'est-ce que vous répondez à ça ? Est-ce que c'est votre vision aussi des choses ?
22:12Et s'il y a un problème, où est-ce que vous le situez, vous ?
22:17J'entends les situations, les prises de position, souvent politiques bien évidemment,
22:26selon que l'on soit d'un certain côté de l'échiquier,
22:29qui font que certains vont considérer que c'est trop laxiste et d'autres vont considérer que c'est trop sévère.
22:35Moi je n'ai pas le sentiment, en tant qu'avocat j'entends, que la justice est laxiste.
22:41Moi je serais plutôt d'avoir dans une vision où, par rapport au dossier que je traite,
22:49on a des peines qui sont sévères.
22:53Lorsque vous avez une relax, bien évidemment vous êtes content,
22:56mais lorsqu'il y a des condamnations par rapport à des faits...
23:00On ne se rend peut-être pas compte, je ne sais pas si vous avez un chiffre,
23:03mais est-ce que ça vous arrive souvent d'avoir une relax ?
23:07Parce que vous disiez au début qu'un avocat ça ne fait pas que gagner.
23:12Est-ce que vous perdez beaucoup plus souvent que vous ne gagnez ?
23:18Moi je n'ai jamais compté.
23:22Je ne sais pas combien j'ai eu de relax, je ne sais pas combien j'ai eu d'acquittement.
23:26J'en ai eu, bien évidemment, et je suis content de les avoir eus.
23:31Pour autant, je me consacre au dossier.
23:37En revanche, un avocat qui a de l'expérience,
23:43je sais quand je prends un dossier, les dossiers qui sont perdants,
23:47les dossiers qui sont gagnants,
23:50et ceux où c'est l'avocat qui va faire basculer.
23:54Vous avez la capacité d'analyse ?
23:57Tout de suite.
24:00Celui-là, on va essayer d'obtenir le meilleur, mais ce n'est pas gagné.
24:06Parce que le dossier est assez mauvais, et encore une fois les faits sont têtus.
24:12Vous diriez que les relations avocat-magistrat sont bonnes ?
24:17Quelle question ? Vous voulez me torturer ?
24:23Alors, il est vrai que la relation entre avocat et magistrat est abîmée.
24:33Vraiment, par rapport, en tous les cas, à ma période d'entrée dans la profession.
24:41On va dire que depuis dix ans, le relationnel n'est plus là.
24:49Vous l'expliquez comment ?
24:51Je l'ai toujours expliqué par deux choses.
24:56D'abord, je dis qu'il y a certains avocats aussi qui doivent balayer devant leur porte.
25:01Parce que je sais qu'il y a des magistrats qui ont vécu des agressions de confrères
25:10qui n'ont pas leur place lorsqu'on a une robe.
25:13Ça je le sais.
25:14Donc il faut aussi se mettre à leur place.
25:18Où ils subissent n'importe quoi.
25:20De confrères qui ne se rendent pas compte que tout le monde ne peut pas se permettre,
25:26au prétexte qu'il a une robe, de s'essuyer les pieds sur la robe d'un magistrat.
25:31On a eu avec le dossier l'affaire Pélico beaucoup de débats et de discussions
25:37sur justement la façon de défendre, la bonne façon de défendre,
25:41ce qu'on peut dire, ce qu'on ne peut pas dire.
25:43Qu'est-ce que cette affaire a évoqué pour vous ?
25:48En tout cas, est-ce que ce débat-là vous pose question, vous interroge ?
25:53Est-ce que vous étiez d'accord, plutôt d'accord ?
25:55Je rebondis par rapport à ce que j'ai dit sur votre première question.
26:00Une défense, pour qu'elle soit valable, il faut qu'elle soit crédible.
26:03Moi, j'ai entendu certains propos de confrères.
26:05Pardon, quoi.
26:08Moi, je ne connais pas bien le dossier.
26:10Je ne le connais qu'à travers tout ce que j'ai lu.
26:13L'audience est orale. Je n'étais pas présent.
26:17Donc, il y a certaines choses qui m'ont certainement échappé.
26:21Donc, je ne peux pas porter un jugement qui serait trop parfirmatif.
26:25Mais par rapport à des prises de position que j'ai entendues à l'issue des audiences,
26:29je l'ai déjà dit, tout le monde n'est pas capable de s'adapter
26:37et d'être conforme à une pression médiatique.
26:44Oui, ça, je pense que ça fait partie des choses qui sont éventuellement très difficiles dans votre métier.
26:50Question courte, réponse courte.
26:52Vous êtes plutôt Éric Dupond-Moretti ou Gérald Darmanin ?
26:57Éric Dupond-Moretti.
27:00Quel est le dernier film que vous avez vu ?
27:04Conclave, avec Ralph Finesse. Excellent film.
27:09Le dernier livre que vous avez lu ?
27:12Une biographie de M. Roussel sur Georges Pompidou.
27:17Vous êtes plutôt pour le silence ou pour la parole ?
27:22Alors, je suis corse, je suis un peu pour le silence.
27:26Et qu'est-ce que je peux vous souhaiter ?
27:28Surtout, est-ce que vous avez un message à donner à un confrère ?
27:31Alors oui, j'ai un message qui est à Patrick Maisonneuve,
27:35qui est un avocat pénaliste, qui est comme mon grand frère.
27:39Et je lui dois tellement que, voilà, je voulais lui dire que c'est une de mes plus belles rencontres que j'ai faites dans ma vie.
27:49Pascal Gherbagni, merci beaucoup pour cet entretien.
27:52Et je vous dis à bientôt sur un nouvel épisode de Sous la Robe.
27:56C'est moi qui vous remercie et je suis content d'avoir été Sous la Robe.
28:01Merci.

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