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Conclusions par Ghislain BRUNEL, directeur des publics des Archives
nationales.

Les Archives nationales proposent, depuis 2015, Retour aux sources, un cycle de conférences où des lecteurs qui ont fréquenté nos salles de lecture présentent au public leurs réflexions et travaux issus de l’exploitation de fonds d’archives. La séance du mardi 26 mars 2024 qui s'est tenue dans les salons de l’hôtel de Soubise était consacrée « Aux sources du symbole au Moyen Âge. Le règne animal et végétal ».

Catégorie

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Éducation
Transcription
00:00 Bonjour à toutes et à tous.
00:17 Je vais conclure rapidement cet après-midi puisque les orateurs
00:22 ont été plus que éblouissants pour en tirer les leçons principales
00:29 et puis revenir sur des images complémentaires qui sont toujours
00:33 plaisantes à voir, à savoir les charts ornés des 13e et 14e siècle.
00:39 Je voudrais d'abord remercier les trois intervenants au nom de nous
00:43 tous, bien sûr, Pierre Bureau, Anaïs Blaisbois et Michel Pastoureau,
00:47 de cette séance où ils ont partagé leur expertise, mais aussi
00:52 exposé avec une grande pédagogie, ce qui n'est pas si simple,
00:55 la méthodologie de leur enquête sur de nouveaux objets d'études,
00:59 sur des matrices en ivoire de morse ou sur des objets d'études déjà
01:04 soi-disant bien connus, comme les jardins et les vergers et surtout
01:07 le bestiaire héraldique.
01:08 Et donc, ils nous ont initiés, nous ont réactivé en tout cas,
01:13 notre goût pour une histoire symbolique un peu oubliée.
01:15 Alors, tout d'abord, les sceaux en ivoire de morse qu'a étudié
01:20 Pierre Bureau présentent plusieurs intérêts pour l'histoire de la
01:23 symbolique médiévale.
01:24 On imagine d'abord que ces morses sont des monstres marins,
01:28 donc ils vivent au fond de la mer, dans les abysses qui font peur,
01:31 qui terrifient les hommes.
01:32 On le voit aussi sur la carte marine d'Oleus Magnus de 1539.
01:37 Et ce sous la mer, c'est une image de l'enfer.
01:42 Donc, c'est normalement une peur pour l'homme.
01:44 Il est difficile de l'apprivoiser, cette mer, cette profondeur.
01:48 Et pourtant, on se sert de l'ivoire de morse comme une appropriation
01:54 finalement de ce mal dont on a peur.
01:57 Est ce que l'ivoire de morse n'est pas un truchement de la
01:59 domestication des monstres et du mal qu'on s'accapare et qu'on va
02:03 déposer dans les trésors ?
02:05 Car les faits sont têtu et la peur de l'enfer n'a pas finalement
02:08 freiné l'usage intensif du matériau ivoire de morse.
02:11 On a vu que le commerce de l'ivoire de morse remonte à l'époque
02:15 carolingienne, qu'il s'intensifie au cours du Moyen Âge central,
02:19 du fait de la réaction des arrivages d'ivoire d'éléphant.
02:22 Et donc, ces pouvoirs qu'on s'attribue,
02:26 on a du mal quand même à se l'expliquer véritablement puisque
02:30 la base, c'est la matrice métallique qui circule quand même
02:33 beaucoup à partir du 11e siècle.
02:35 Donc, comment cet objet fragile s'est frayé un chemin jusqu'à la
02:38 cire et jusqu'à la validation des chartes ?
02:40 Peut être qu'il faut étudier davantage le sujet de ces chartes
02:44 scellées avec cet ivoire de prestige, cet ivoire presque
02:49 magique ou un événement concomitant de ce scellement qui
02:54 justifierait l'emploi de cet objet précieux.
02:57 En tout cas, grâce à Pierre Bureau, un objet de prestige et un
03:03 objet d'artisanat précieux, car il est très difficile de
03:07 travailler l'ivoire, a servi à la fois pour sceller et a servi
03:12 à grandir les trésors des églises pour l'éternité.
03:17 Avec Anaïs Blébois, le versant végétal de la symbolique médiévale
03:22 qui a été explorée de manière très neuve.
03:24 Moi, j'étais très admiratif de votre attention à la terminologie,
03:28 terminologie occitane, terminologie française, car c'est vrai
03:33 qu'au-delà de leur usage agricole, de leur importance comme ressource
03:36 économique, les vergers et les jardins ont une portée symbolique
03:39 très diverse et leur libellé, leur terminologie, nous disent
03:43 quelque chose sur leur usage.
03:45 Donc, la recherche que vous nous avez présentée a mis en exergue
03:49 le vocabulaire différencié du jardin et du verger en relation
03:54 possible avec la littérature vernaculaire diffusée par la
03:58 cour Plantagenet.
03:58 D'un côté, on joue "mentourène poitou", pour dire les choses
04:02 grossièrement, et puis la cour de Champagne.
04:04 Cette influence de l'imaginaire sur le réel pose toujours question,
04:08 puisque les nécessités économiques, la réalité, le concret,
04:13 conduisent souvent les hommes.
04:15 Mais pourquoi pas ?
04:18 L'enquête très poussée que vous avez menée aussi sur l'Ortus
04:21 conclusus, ce jardin d'herbes fermé, illustré par la jeune
04:25 vierge au printemps, s'oppose au verger qui abrite les amours
04:29 coupables, mais qui aussi représente la retraite.
04:32 C'est un lieu finalement ambigu, un lieu à double emploi,
04:36 un espace de réflexion et de repos des hommes.
04:39 Réflexion, quand ils dorment, voilà.
04:41 Mais un lieu actif des femmes.
04:43 C'est vraiment un lieu de toutes les ambiguïtés, ce verger.
04:46 Et j'avais aussi pensé au songe du verger de Charles V, dédié à
04:50 Charles V, rédigé par un juriste de très grand talent, Évrard de
04:54 Tremogon.
04:55 Le verger est là un espace de dialogue des concepts, dans un
04:59 espace pacifié.
04:59 Et donc, c'est le moment, le lieu pour glorifier le roi et dire
05:05 ce qu'il incarne.
05:06 Sur le verger, il ne faut pas oublier l'utilisation très
05:12 concrète de ces vergers comme des espaces de rencontres et de
05:14 rassemblements des réunions.
05:16 Vous avez sans doute abordé cette question.
05:17 Et lorsqu'on voit les prêcheurs du roi prêcher devant la cour royale
05:23 dans le verger du roi, on se dit que ce lieu a vraiment un usage
05:28 très polyvalent.
05:29 Et enfin, Michel Pastoureau nous a permis de prolonger notre regard
05:33 sur la symbolique animale avec cette étude du bestiaire fondée
05:38 sur les empreintes de cire et les recueils d'armoiries.
05:40 Et donc, un archiviste des archives nationales depuis plusieurs
05:45 décennies est heureux de voir que ces ressources dont nous
05:49 regorgons, les empreintes de sceaux, plusieurs dizaines de
05:52 milliers et les armoriaux, surtout de l'époque moderne,
05:55 mais médiévaux, nous en avons quelques uns, ont servi à cette
05:59 étude panoramique européenne et statistique.
06:04 On voit que l'animal est partout dans les chronographies heraldiques
06:07 du Moyen-Âge central, même si 25% représente une énorme
06:12 quantité, qu'il s'agisse de personnes physiques, de fonctions
06:15 incarnées par des personnes ou d'institutions.
06:17 Et la cartographie de ces éléments animaux des armoiries est très
06:23 impressionnante puisqu'elle nous dit beaucoup sur les phénomènes
06:26 lexicaux, linguistiques et de civilisation.
06:29 L'aigle et le lion, deux aires différentes.
06:33 À partir de là, la puissance symbolique de ce bestiaire a une
06:37 destinée très longue et extraordinaire.
06:40 Et donc, pour simplement compléter le propos, je voulais rappeler
06:44 que dans la matière, l'histoire du bestiaire royal nous donne
06:47 un contrepoint intéressant, car le fait est mal connu en réalité.
06:52 Le dauphin est l'un des animaux les plus connus dont l'image se
06:57 répand seulement sous Charles V, donc en 1364, une vingtaine
07:01 d'années après la réunion du Dauphiné au royaume sous
07:04 Philippe VI de Valois.
07:05 Mais bien avant cette date très avancée dans le Moyen-Âge,
07:09 les animaux ont intégré l'iconographie royale sans relever
07:13 d'un répertoire héraldique.
07:14 Et je ne citerai ici le dauphin qui est représenté sous toutes
07:19 ses formes à partir du moment où le Dauphiné de Viennois est
07:22 intégré au royaume.
07:23 Et bien sûr, ça devient un emblème majeur plus qu'un symbole.
07:27 C'est un emblème qui dit l'étendue du royaume des Valois.
07:33 Mais bien avant, à l'époque du fils de Saint Louis, sous Philippe III
07:38 de Lehardy, les initiales des charpes de ce roi vont développer
07:43 une formule iconographique spécifique à partir de 1281.
07:46 Un sanglier est représenté au sommet des initiales, supporté
07:52 par une plateforme émergeant du nom du roi comme un plat de festin.
07:56 Le sanglier symbolise la passion de la chasse du souverain et son
08:00 pouvoir immense sur les forêts.
08:01 Il s'impose comme une marque personnelle créée par ce roi qui
08:06 a du mal à se trouver une place après un père aussi omniprésent.
08:10 Et donc, il crée vraiment une série qui se développe sur ces
08:15 chartes les plus solennelles, ces chartes de prestige, les chartes
08:18 qu'il envoie à ses fidèles, qu'il envoie à l'abbaye de Saint-Denis,
08:21 qu'il envoie à un conseiller.
08:23 Et donc, le sanglier incarne la marque royale à X reprises.
08:28 Je vous ai donné une sélection entre 1281 et 1285.
08:32 Puis, cette formule qui était intimement liée au roi.
08:36 Et donc, c'est vrai que la symbolique, elle est liée aussi à des
08:39 personnages.
08:40 Elle n'est pas toujours uniforme au cours du temps.
08:44 Philippe le Bel, son fils, ne l'utilise plus du tout après sa prise
08:47 de pouvoir en fin 85.
08:51 C'était simplement pour dire que l'histoire symbolique du pouvoir
08:55 royal peut aussi s'appuyer sur les écrits de la chancellerie pour
08:58 dégager les traits marquants de l'image royale, mais aussi de sa
09:02 symbolique intrinsèque.
09:06 Pour faire bref, rappelons que Philippe VI de Valois initie une
09:10 symbolique du dragon, assez inexistante dans l'héraldique
09:14 française, qui est en fait un mini décor du sceau de Charles de
09:20 Valois, le frère de Philippe le Bel, qui va prendre de l'amplitude
09:25 à partir de Philippe VI, mais surtout à partir de Charles V
09:29 de Valois, qui va faire du dragon l'incarnation du pouvoir royal,
09:34 son portrait au vrai, le seul dont on dispose sur une charte,
09:38 un micro, une micro-peinture sur une charte de grande taille.
09:42 Sa figure s'incarne à l'intérieur, s'insère à l'intérieur d'un
09:47 dragon qu'on croit à la tête de lion.
09:50 Et donc, à partir de ce moment-là, les Valois créent une symbolique
09:56 très forte qui unit à la fois l'aigle, le lion et le dragon,
10:00 parce que ces dragons ont une tête d'oiseau qui ressemble à celle
10:04 d'un aigle, une tête de lion.
10:06 Et donc, il fait un syncrétisme comme ça de ces trois animaux dont
10:10 ils accaparent la force et les caractères.
10:13 Et vous voyez que le lion réapparaît dans la symbolique royale
10:19 assez tardivement, en tout cas dans ce qui incarne le roi, sous
10:23 Jean le Bon, qui installe des aigles sur les avant-corps de son
10:28 dragon, mais qui, dans ses initiales, fait émerger la tête de lion
10:33 comme une caractéristique du pouvoir royal.
10:36 Et Charles V utilisera également ce lion sous forme d'animal
10:41 domestiqué.
10:42 Donc, ça a moins de sens pour caractériser le pouvoir royal.
10:46 Et puis, les rois suivants auront leurs animaux et leurs symboles
10:52 fétiches.
10:53 Charles VII, le cerf-ailet, qui symbolise la perpétuité du royaume
10:56 et son éternité.
10:57 Mais Louis XI aura tout simplement un cerf, un grand chasseur.
11:00 Louis XI utilisera un cerf dans ses initiales pour dire aussi
11:04 cette passion de la chasse qui anime les rois de France depuis
11:09 Philippe Auguste.
11:10 Et vous voyez que ce dont parlait Michel Pastoureau tout à l'heure
11:15 se transmet dans les chartes du 15e siècle lorsque les emblèmes,
11:20 ici le loup pour Louis d'Orléans et puis l'ours, qui réapparaît
11:26 dans l'emblématique princière des Valois au 15e siècle avec Jean
11:29 de Berry, s'incarne dans les chartes et sont des personnages
11:33 à part entière.
11:34 Pour terminer, je voulais aussi rappeler que le végétal est un
11:39 support très important aussi de la royauté et que le roi, le roi
11:43 de France, est d'abord un roi du végétal parce qu'il va devenir
11:46 le roi d'hélice.
11:47 Mais au départ, c'est un roi qui tient un rameau de feuillage.
11:53 Ce n'est pas un roi qui tient l'hélice.
11:54 Il faut attendre le 12e siècle.
11:55 Donc, dans les représentations vers 1075 de Philippe Ier, fondant
12:00 le priory clunisien de Saint-Martin-des-Champs, il est
12:02 représenté non pas avec un sceptre ou une verge, il est représenté
12:06 avec un rameau fleuri qui symbolise son pouvoir nourricier,
12:10 son pouvoir sur son peuple, le pouvoir bienveillant du roi sur
12:15 son peuple.
12:16 Et vous voyez que dans les premiers sceaux des rois capétiens du
12:20 11e siècle, on n'a pas du tout la fleur de lys.
12:23 Il faut attendre le 12e siècle pour voir apparaître sous Louis VII
12:27 puis sous Philippe Auguste, la fleur de lys, mais plutôt ces fleurons
12:30 qu'on voit représentés dans les miniatures qui se développent
12:33 sur ces sceaux, qui sont copiés de monarque en monarque.
12:37 Voilà Philippe Ier représenté, en fait, un petit peu comme sur
12:41 la miniature, mais la miniature, le miniaturiste a développé et
12:44 extrapolé ce qu'il tenait dans la main pour convaincre davantage
12:47 le lecteur du manuscrit.
12:49 Et donc, il faut attendre le règne de Louis VII et celui de Philippe
12:53 Auguste pour voir apparaître le lys sur les sceaux.
12:55 Le lys étant devenu dans la deuxième moitié, dans la seconde moitié
12:58 du 12e siècle, l'emblème du pouvoir capétien et un symbole très fort
13:03 du royaume.
13:05 Je vous remercie.
13:07 [Applaudissements]
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13:11 [...]
13:12 [...]
13:13 [...]
13:14 Merci à tous !
13:16 Merci à tous !

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