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Révélation du film "L'Histoire de Souleymane'" et grand favori pour les César, Abou Sangaré revient sur son film et l'impact de son récit.

Avec Pierre Niney, figure emblématique du cinéma français, choisi comme parrain pour les César, il revient sur son film, sur la complicité qui les unit et la solidarité entre acteurs dans le milieu du cinéma.

Transcription
00:00Alors pour commencer Sangaré, comment as-tu choisi ton parrain et pourquoi Pierre Ninet ?
00:17Alors dans un premier temps moi et Pierre Ninet il m'a remis un prix, prix Evoque collecte
00:22qui m'a remis comme meilleur acteur, c'est là-bas qu'on s'est rencontré pour la première
00:27fois, c'est là-bas même qu'on a profité vraiment de lui demander pour qu'il soit
00:31mon parrain, puisqu'on a trouvé que c'est lui, qu'il était mieux placé pour être
00:36mon parrain dans ce genre d'événements plus, bon les autres je ne les connais pas,
00:40mais vous savez...
00:41Vous ne les connaissez même pas les autres, c'est bon pour vous ?
00:43Vous savez, alors moi quand je regarde une personne dans un premier temps, la seule chose
00:49que je cherche d'abord c'est est-ce qu'il est humain, et la première fois que j'ai
00:53vu Pierre Ninet à sa place, et d'autres personnes, ils n'allaient même pas me regarder
00:59droit dans les yeux, mais la première fois que je l'ai croisé, ça m'a montré que
01:03lui ce n'est pas son travail qui l'intéresse mais plutôt la l'humanité, et moi je suis
01:07là-dedans, raison pour laquelle je l'ai choisi comme mon parrain.
01:11J'étais hyper flatté et puis merci de tes mots, vraiment à bout ça me touche profondément,
01:17d'autant que moi ça a été des trucs importants bien sûr, les parrains, je ne sais pas d'ailleurs
01:20si on fait ça dans d'autres pays, je ne suis pas sûr qu'aux Etats-Unis ils fassent
01:23ces trucs, mais en tout cas je trouve ça super qu'on ait ça en France, cette espèce
01:26de solidarité qui se met en place entre les acteurs, et moi j'avais eu la chance d'avoir
01:32Jean Dujardin puis Michel Gondry, ils étaient non seulement adorables mais en plus ils m'ont
01:36porté champ je dirais, donc c'est important pour moi, et là c'est une fierté parce que
01:39ce film c'est un grand film, c'est un film coup de poing, c'est un film capable de faire
01:44bouger les lignes, en tout cas le point de vue qu'on peut avoir sur des choses de notre
01:46quotidien, de ce qui est devenu notre quotidien, moi j'ai été marqué par ce film mais comme
01:50beaucoup de gens et j'ai été marqué par ta performance, je te l'ai déjà dit, j'ai
01:53eu même ce grand bonheur effectivement de te remettre un prix de meilleur acteur, plus
01:58que mérité, donc je suis hyper heureux qu'on continue à faire ce petit bout de chemin
02:02ensemble tous les deux.
02:03Toi en tant que parrain Pierre, tu vas l'aider comment ? Qu'est-ce que tu lui conseillerais
02:06? Non, non, tu vois le film, moi je ne peux
02:07pas donner de conseils, à bout, zéro conseil, non zéro conseil, après t'as 23 ans, bon
02:14maintenant moi j'ai plus de 10 ans de métier en plus, donc si un jour il a des questions
02:19précises sur des trucs précis, peut-être que j'aurai des réponses, mais honnêtement
02:24je trouve ça difficile déjà, moi à chaque fois qu'il y a des jeunes gens qui viennent
02:26me voir en me disant qu'est-ce que tu me dis, qu'est-ce que tu me conseilles, c'est
02:28très difficile d'orienter les gens, j'ai trop peur de me planter ou de dire de la merde
02:32et en plus je suis tellement là juste spectateur et admiratif de ce qu'il a à proposer dans
02:36un élan comme ça de naturel et de spontanéité incroyable et c'est ça qui est magique au
02:41cinéma quoi, c'est que t'as des révélations totales de nature et là, c'est un film hyper
02:46immersif en plus, on est complètement avec toi, on épouse complètement ton point de
02:49vue de personnage et aussi voilà forcément avec ton parcours, la part d'humanité qu'on
02:54sait qu'il apporte, franchement je n'ai pas de conseils à lui donner, non.
02:57Sangaré, tu nous disais quand le film sortait que tu avais mal vécu la présentation à
03:00Cannes.
03:01Quand je suis arrivé à Cannes, c'est là que j'ai compris qu'il y avait un autre
03:06monde ici dont je n'avais pas découvert, et là je l'ai découvert, pour moi c'était
03:11un peu stressant, c'était angoissant, vous savez il s'est passé pas mal de choses
03:16depuis là, j'ai rencontré Pierre Nené, j'ai rencontré pas mal de personnes, ce
03:22qui fait que vous savez quand on vient de commencer, il souffre quelque chose, au début
03:26c'est difficile, mais du moment où tu dures là-dedans, après ça devient un peu naturel.
03:31Là, face à une caméra comme ça, je ne pouvais pas commencer comme ça sans pleurer,
03:37mais là j'ai compris que ce n'est pas une bonne solution en fait, il faut parler
03:41aux gens, il faut surtout quand t'es avec les grandes personnes, surtout il faut poser
03:44des questions, surtout honnêtement, moi je vais poser la question à Pierre Nené,
03:50moi je veux que tu me dises juste, Sangaré, essaye de revoir ta langue française, la
03:55seule chose qui me manque c'est ça, moi aussi je veux obtenir un conseil aujourd'hui,
03:59c'est ça en fait.
04:00Sangaré, est-ce que tu réalises ce qu'il se passe autour du film et de ta performance ?
04:03Moi, la surprise dans tout ça, c'est que les grandes personnalités m'acceptent
04:09dans leur vie, pour moi c'est incroyable en fait, surtout Pierre Nené, c'est ce
04:16que je viens de dire, à la place de quelqu'un d'autre, il allait dire, surtout la jalousie,
04:22il allait venir tout de suite pour dire non, je ne peux pas représenter cet homme comme
04:24ça, mais voilà, le jour où on s'est croisés, écoute, si Abou souhaite que je sois son
04:30parrain, je l'accepte, et ce n'est pas tout le monde qui est comme ça, et moi honnêtement
04:35je suis très très heureux surtout de partager ces événements-là avec Pierre Nené, avec
04:40surtout mon équipe L'Histoire de Suleymane, avec surtout mon réalisateur qui est présent
04:45ici aujourd'hui, et je suis très très content surtout de faire ce voyage avec eux.
04:50C'est aussi en grande partie pour ça qu'on fait du cinéma quand même, c'est pour se
04:53prendre des claques comme ce film qui vraiment, je trouve, remet beaucoup de choses en question,
04:58t'offre un nouveau regard, il y a un avant et un après ce film, je trouve, sur nous
05:02qui sommes en plus citadins, qui utilisons ces applications notamment de livraison et
05:05tout à domicile, c'est quand même devenu une ubérisation de la société qui rend
05:09un truc très impersonnel, et l'art vient remettre, réinjecter l'humanité qui faisait
05:14défaut, elle vient réinjecter cette humanité pour te dire, attends le gars, re-réfléchis,
05:19re-considère l'humanité là-dedans, et vous portez ça avec le réalisateur de manière
05:24magnifique, donc c'est, enfin moi pour moi, je fais de l'art pour ce genre de film quoi,
05:29et ce genre de performances.

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