• il y a 17 heures
Les chroniqueurs du Cercle débattent autour d'un film sortant en salles ou en diffusion sur CANAL+
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Transcription
00:00Dans l'attachement de Karine Tardieu, Valéria Bruni-Tedeschi est une quinquagénaire farouchement
00:05indépendante qui doit aider son voisin de famille, Pio Marmaille, devenu veuf, et ses
00:09deux enfants.
00:10Malgré ses réticences, elle va s'attacher à eux, Marie.
00:13Alors je vois bien sur le papier, les gens sont déjà en train de se dire, c'est l'horreur,
00:18c'est le mélo familial, la grande réconciliation autour des enfants, quel cauchemar, etc.
00:24Et bien oui, c'est merveilleux.
00:25C'est un très beau mélo familial qui démarre dans le drame et qui petit à petit va prendre
00:33sur deux ans, de la naissance d'un enfant à ses deux ans, on va suivre toute une petite
00:39communauté de personnages, en premier lieu des voisins, avec Valéria Bruni-Tedeschi,
00:48qui est une femme libraire, hyper indépendante, qui ne s'encombre de rien dans sa vie, et
00:54qui tout à coup se retrouve avec un petit gars, il avait 5 ans et demi sur le tournage,
00:59au début du tournage, le petit César, il a fêté ses 6 ans sur le tournage, elle se
01:03retrouve avec un petit gars qui force sa porte.
01:05Alors moi je vous ai choisi un petit extrait pour vous montrer ça, parce que c'est une
01:08femme qui ne connait rien aux enfants, enfin ça n'empêche pas de leur apprendre des trucs.
01:12Il poise les oreilles, il les amène dans son terrier, et il tire d'un coup, sec, archi
01:18sec.
01:19Alors on est avec cette caméra douce, qui est toujours à l'exacte bonne distance par
01:25rapport à ses personnages, on est chez Sandra, et tout à coup, un plan plus large va révéler
01:31l'exiguïté du logement, et tout ce qui va se jouer sur ce palier.
01:35Lui, c'est le beau-père d'Eliott, le petit garçon, et donc pour l'instant, on est dans
01:44des portes, dans des embrasures, on est sur un palier, c'est comme ça que vont se faire
01:48les échanges avec ce petit garçon, et c'est presque l'histoire d'une petite prise d'otage.
01:53Elle va se retrouver seule, avec son reflet, dans le miroir, et puis tout à coup ça retoque
02:01à la porte.
02:02Et j'ai choisi l'extrait, vous allez voir pour quel plan, l'attachement, ça ne peut
02:08pas être plus littéral, pour ce plan-là, elle qui relève les yeux vers le beau-père
02:13du gamin, et les yeux qui disent, au secours, qu'est-ce que je peux faire ? Et ce qu'elle
02:17peut faire, ça va se raconter dans ce chavirement des sentiments, et ce que j'ai trouvé très
02:25beau, c'est qu'en fait, elle a complètement métamorphosé Valéria Bruni-Tedeschi, qui
02:30tient là un de ses meilleurs rôles, moi c'est une actrice que j'adore, mais c'est comme
02:33si elle avait pris une gomme, elle lui avait dit, tu gommes tout ce qui dépasse, et on
02:36va tout comprendre autrement de l'intérieur.
02:39Carine Tardieu, pour les grands portraits de femmes, c'est son cinquième film, Philippe,
02:45quel est le fil qu'elle tire entre tous ces films-là ?
02:47Vous l'avez dit, les portraits de femmes, et puis je dirais mettre des personnages dans
02:50des situations émotionnelles extrêmement fortes, dès le départ, sur le papier, une
02:56espèce d'équation complètement dingue, mais émotionnelle, c'est-à-dire que ce
02:59n'est pas des trucs James Bond, c'est comment le quotidien va dérailler, et alors comment
03:05on va résoudre ça avec beaucoup de cœur, d'élégance, il y a toujours, chez tous
03:12les personnages, il y a une certaine élégance, mais qui va avec les limites de ce cinéma,
03:18parce que moi j'aime beaucoup le personnage de Valéria Bruni-Tedeschi dans le film, j'aime
03:22un peu moins les autres, le problème c'est qu'on est dans un cinéma où rien ne doit
03:31dépasser.
03:32Oui, c'est très précautionneux comme cinéma, et ce personnage-là, dont le livre n'a pas
03:38une place aussi centrale, parce que c'est un roman choral au départ, et puis elle disparaît
03:42un petit peu dans la narration, là, ce qui a un beau parti pris, elle choisit de la garder
03:47au centre et en même temps de la laisser à côté, parce qu'en fait elle reste la
03:51voisine.
03:52Sauf que ce personnage est intéressant, à mon avis, il se retourne un peu vite au début
03:57du film, c'est-à-dire que très vite, l'attachement est déjà là avec ce petit garçon, alors
04:01qu'au début c'est quasi Tati Daniel, donc on ne comprend pas exactement pourquoi d'un
04:05coup ça se retourne, et après c'est un peu statique.
04:07Et ce qui est statique, malheureusement, je trouve, ce sont tous les autres personnages
04:11qui sont tous dans leur couloir de nage, et qui sont exactement les emplois que leurs
04:16acteurs sont.
04:17C'est-à-dire Vimalapons, elle joue la rigolote farfelue, Raphaël Kenard, bon de toute façon
04:22il ne fait que du Raphaël Kenard.
04:23Mais pas du tout, Vimalapons, elle te brise le cœur dans un aéroport, Kenard, il ne ressemble
04:26pas du tout au Kenard habituel.
04:28C'est la même personne.
04:30C'est vraiment un mélo qui arrive à faire exister, moi je trouve, au contraire, tous
04:34ces personnages, de leur donner tous une personnalité, même l'enfant, qui sont souvent
04:37des personnages qui sont sous-traités au cinéma, il a une personnalité.
04:40Pour moi, ça m'a rappelé, pour le meilleur et pour le pire, de James Heldbrook, dans
04:45cette capacité à faire exister sur un même palier, plein de personnages ensemble, avec
04:49Valéria Boniute Deschi dans le rôle de Jack Nicholson.
04:51Je préfère le film que tu es en train de décrire, parce qu'il y a les deux, l'axe
04:59au paradis, les autres en enfer.
05:00Mais on ne peut pas le rappeler, ça ne peut pas évoquer ça, parce que la caméra n'est
05:04pas douce, elle est ch'mol, cette petite caméra traînante dont on a l'impression qu'elle
05:08est toujours sur un coussin d'air, parce qu'il ne faudrait surtout pas se brusquer.
05:12Et la tendresse, ça devient pug !
05:13Mais on ne veut pas du tout !
05:14Ça ne peut pas être que de la tendresse, c'est une situation très forte.
05:16Oh là là, qu'est-ce qui m'énerve !
05:17Je sais !
05:18Il y a quand même un petit peu quelque chose d'étrange dans ce personnage féminin, qui
05:21est donc tenancière d'une librairie féministe, qui est censée…
05:24Tenancière !
05:25Voilà, je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça !
05:26Qui est censée donc livrer quand même un discours sur la maternité, le bouquin c'est
05:32beaucoup ça, c'est sur la maternité, comment on porte ou pas en enfance…
05:35Mais elle est très libre !
05:36Oui, oui, mais je t'entends bien, mais là du coup, son discours, elle a quand même
05:39gardé l'histoire de cette femme qui est tenancière de une librairie féministe.
05:44Et ça, je trouve que c'est très très mal exploité, parce que moi, ce personnage,
05:48il ne me dit rien de son engagement par exemple, je ne la trouve pas du tout engagée par rapport
05:53à la…
05:54Ecoute, c'est un film sur les sentiments, il y a quand même un truc merveilleux…
05:56C'est de faire un film sur des sentiments sans étiquettes, c'est-à-dire, tu ne sais
05:59jamais finalement, l'amitié, l'amour, les familles choisies, les familles électives,
06:04les recompositions au sein du groupe, sans drame, sans heurts, c'est une façon de
06:11célébrer la liberté des sentiments des gens, la fluidité, la non-normativité des familles…
06:16Mais ça c'est l'ambition, mais de fait, c'est super raide !
06:19Mais ça marche un peu, moi j'étais bouleversée, vous êtes des vieux cœurs secs et décrépits !

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