• il y a 2 heures
Depuis 10 ans il truste les podiums et enchaine les titres de champions du monde BMX Freestyle. Longtemps relégué à la marge, avec lui la pratique du Bicycle Motocross a gagné en visibilité et est devenu depuis 2008 un sport olympique à part entière. Comment ce natif de l'Essonne a-t-il réussi à se hisser aux sommets de son sport¿? Comment a-t-il réussi à garder la tête froide alors qu'il remportait ses premiers titres dès 18 ans¿? Comment a-t-il professionnalisé une pratique sportive sans jamais renier l'esprit de liberté qui y est attaché¿? Cette semaine Mattias Dandois est l'invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard. Année de Production :

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Transcription
00:00Ride, flat, street, freestyle, il est possible que notre invité parle une langue qui vous
00:29soit un peu étrangère.
00:30Il est un champion, que dis-je, une icône du BMX.
00:34B-M-X.
00:35Trois lettres pour un sport spectaculaire.
00:38Un vélo avec lequel on fait des acrobaties, des figures extrêmement techniques, en essayant
00:42de ne pas poser le pied au sol.
00:44Je résume cela de façon un peu simple, voire simpliste, mais notre invité en a fait un
00:49art.
00:50Un art qui a obtenu ses lettres de noblesse dans le monde du sport de haut niveau.
00:53Quand il a commencé, on le prenait pour un délinquant qui abîmait le mobilier urbain.
00:57On le chassait de la ville.
00:59Aujourd'hui, il est un ambassadeur du sport français, porteur de la flamme olympique
01:03aux JO de Paris 2024, multiples médaillés d'or, d'argent, de bronze.
01:08Ses 20 années de carrière, il les raconte dans un livre à son image.
01:12Énergique, positif, optimiste et constructif.
01:15Figure du bitume parue chez Flammarion.
01:18Comment voit-il l'avenir maintenant qu'il a arrêté les compétitions officielles ?
01:22Quelles sont ses ambitions pour les sports urbains ? Ce sport lui a-t-il laissé des
01:27bleus ?
01:28Posons-lui toutes ces questions.
01:29Bienvenue dans Un Monde, Un Regard.
01:30Bienvenue Mathias Dandoye.
01:31Merci d'avoir accepté notre invitation ici au Sénat.
01:34Vous finissez sur un dixième sacre au championnat du monde de BMX.
01:39Bravo d'abord.
01:40Comment vous vous sentez ? Est-ce que c'est une page qui se tourne ? Comment vous appréhendez
01:43cette nouvelle phase de votre vie ?
01:45C'est vrai que c'est une chance extraordinaire d'avoir pu finir sur une telle victoire,
01:52un dixième titre de champion du monde.
01:53Ça faisait depuis 2021 que je voulais en gagner un dixième, après avoir gagné mon
01:59neuvième à Montpellier.
02:00En 2022, je me suis cassé la cheville, donc je n'ai pas pu y participer.
02:03En 2023, je fais troisième à Glasgow et là, c'était ma dernière chance.
02:07Je me suis dit, il faut se mettre à une date butoir parce qu'on ne va pas faire jusqu'à
02:12la fin des temps.
02:13Et avec la concurrence japonaise, je sais que ça allait être super compliqué.
02:17Mais ce jour-là à Abu Dhabi, les étoiles se sont alignées et j'ai gagné.
02:23J'avais vraiment l'impression que j'allais me réveiller pendant la cérémonie avec
02:28la Marseillaise.
02:29J'ai dit, c'est sûr, je vais me réveiller dans mon lit, je vais être deg.
02:31Mais non, c'est vrai, j'ai gagné ce dixième titre.
02:34Et du coup, la transition s'est faite super naturellement et facilement parce que j'ai
02:39réalisé cet objectif qui était super important pour moi.
02:42Et puis surtout, j'avais préparé la suite.
02:46Ça faisait depuis deux ans que je me préparais vraiment à la fin de cette carrière.
02:50Je savais dès 2023 qu'après l'année olympique, après ces dernières championnats du monde,
02:55j'allais m'arrêter.
02:56Vous saviez que c'était un moment difficile pour un athlète de haut niveau, ce moment
03:00où on arrête tout.
03:01C'est vertigineux, même, j'imagine, d'arrêter les compétitions officielles.
03:03Oui, exactement.
03:04C'est vrai que c'est la phase la moins facile, je pense, d'un sportif de haut niveau,
03:11de s'arrêter.
03:12Quand s'arrêter, en fait ? Parce que si on est toujours performant, c'est un petit
03:15peu frustrant de se dire, bah, j'arrête.
03:19Alors que je suis encore bon.
03:21C'est Martin Fourcade, un super copain, qui m'a vraiment inspiré là-dessus, c'est
03:25que lui, il s'est dit, bah, j'arrête, alors qu'il pouvait encore faire peut-être
03:29deux Olympiades et aller chercher d'autres titres olympiques et encore plus rentrer dans
03:32la légende.
03:33Mais il s'est dit, bah non, c'est trop classe d'arrêter au top.
03:36Et c'est vrai que dans le sport, les gens, ils ont la mémoire courte et on se souvient
03:40souvent des dernières performances plutôt que de la totalité de la carrière.
03:45Et je me suis dit, bah oui, c'est ça, il faut que je finisse encore au top.
03:49Encore au top.
03:50Et puis avec l'arrivée de mon petit garçon il y a deux ans, j'avais envie de passer
03:53du temps avec lui.
03:54Et puis ma femme est retombée enceinte l'année dernière, donc on a accueilli notre petite
04:00fille il y a quelques jours.
04:01Et du coup, en fait, ça renforce encore plus cette décision, j'ai envie de passer du
04:07temps avec eux et surtout d'avoir fini au top, c'est génial.
04:10Et maintenant, quelle place avez-vous envie de prendre dans le sport de haut niveau ? Est-ce
04:14que vous avez envie d'être un conseiller pour les jeunes, un messager ? Qu'est-ce
04:17que vous avez envie de faire pour ce sport ? Peut-être rien ?
04:20Non, non.
04:21Bien sûr, déjà, je continue presque tous les jours à faire du BMX, à faire du sport
04:28parce que, on en parlait juste avant hors plateau, mais c'est super important physiologiquement
04:35de continuer à être actif, de toujours sécréter ces hormones que le sport procure pour ne
04:40pas partir en dépression.
04:42C'est un vrai sujet.
04:43Il y a plein de sportifs de haut niveau qui, à la fin de leur carrière, sont partis un
04:46peu d'arc parce qu'ils s'arrêtent tout d'un coup, parce qu'ils sont dégoûtés
04:50de leur sport, donc ils n'en font plus du tout.
04:52Le risque est réel, le risque des dépressions est réel à ce moment-là.
04:55Le risque, déjà physiquement, de changer et moralement, c'est très compliqué si
05:02on s'arrête.
05:03Donc non, moi, je continue à faire du sport tous les jours, je viens de la salle de sport
05:06là.
05:07Et non, bien sûr que j'ai envie de continuer d'être un acteur du sport français, j'ai
05:13créé une académie de sport en Champagne qui s'appelle La Farme.
05:17J'ai une archive à vous proposer, Mathias Dandoye, je vais la mettre entre vos mains
05:20et je vais la décrire pour les gens qui nous écoutent.
05:22Il s'agit d'une photo pas si vieille que ça, elle date du 20 février 2012, c'est
05:25le jour de l'inauguration de la piste de BMX de Bigou Glia, j'espère que je le dis
05:29bien, c'est en Haute-Corse, c'était avec David Douillet qui à l'époque était ministre
05:34des sports.
05:35Pour que votre sport, le BMX, se démocratise, est-ce qu'il faut que les politiques s'investissent
05:40et investissent d'ailleurs ?
05:41Bien sûr, c'est la base de tout et c'est vrai que j'ai été choqué de voir que les
05:48investissements du sport en France s'étaient diminués de plus de 30% après les Jeux.
05:53On nous a beaucoup parlé d'héritage pendant ces Jeux qui étaient une réussite extraordinaire,
05:59tout le monde est unanime là-dessus, ces Jeux Olympiques étaient incroyables, tant
06:02au niveau des résultats des athlètes français, des retombées, je crois qu'on est les premiers
06:07des Jeux à avoir fait du bénéfice, ce qui est remarquable, je crois plus de 50 millions
06:12il me semble de bénéfices, et derrière on nous dit on coupe les budgets du sport,
06:16je trouve ça super hypocrite en fait, et du coup bien sûr il faut que les politiques
06:21aident les athlètes de haut niveau, c'est hyper ingrat d'être athlète de haut niveau
06:25en France, on est loin d'être un pays de sport et il faut continuer à se battre et
06:31que la France investisse dans des infrastructures, dans le futur, et c'est génial qu'il y
06:37a des nouvelles pistes de BMX qui ouvrent, et bien sûr ça va aider au développement,
06:43après le triplé français en BMX, pour moi c'est l'image des Jeux, quand Joris se retourne
06:49pour regarder ses collègues derrière, il y a eu énormément de gamins qui ont voulu
06:54se mettre au BMX race, et il n'y avait pas assez d'infrastructures dans les clubs pour
06:58pouvoir accueillir une telle marée humaine, et c'est dommage en fait parce que tous ces
07:04gamins du coup ils sont allés s'inscrire dans d'autres sports, donc c'est pour ça
07:07qu'il faut continuer.
07:08Il y a de la demande.
07:09Mais est-ce qu'il y a encore beaucoup de travail pour faire accepter un sport comme le vôtre
07:11qui était, je le disais, considéré un peu comme un sport de rue, vous étiez considéré
07:15comme un délinquant, je vous dis ça parce que vous n'avez pas toujours été beaucoup
07:18aidé par la Fédération Française de Cyclisme, vous avez même poussé un coup de gueule
07:22avant votre dernière compétition officielle à Abu Dhabi, refusant même de porter le
07:26maillot de la France.
07:27Oui, oui.
07:28Oui.
07:29Non mais c'est vrai que c'est...
07:30Vous n'êtes pas aidé ?
07:31C'est un sport, moi toute ma carrière je n'ai pas été aidé par la Fédé parce que
07:34de toute façon le BMX est rentré au JO pour les Jeux de Tokyo en 2021, donc depuis 2018
07:41on est rentré à la Fédération Française de Cyclisme, moi j'ai commencé ma carrière
07:44en 2008, donc de 2008 à 2018 déjà il n'y avait pas d'aide à part des sponsors privés
07:50et c'est vrai qu'en 2018 quand la Fédé est arrivée on s'est dit que ça allait être
07:54bénéfique pour nous et en fait, pas vraiment.
07:58Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe ? C'est du snobisme ? Vous ne faites pas partie de
08:01les mêmes univers ?
08:02Non, non.
08:03La Fédé de cyclisme elle pousse vraiment pour le vélo de route et la piste et en fait
08:09on n'est pas arrivé comme un cheveu sur la soupe mais presque en fait et je pense qu'ils
08:12n'ont pas réussi à avoir le potentiel communication cool que le BMX pouvait donner à la Fédé
08:20et c'est intéressant qu'on parle de ça là parce que je les ai vus il y a 4 jours
08:25à 50 ans en Yvelines, on a fait un super rendez-vous avec le président et pour pouvoir
08:29construire la suite en fait.
08:30Donc je pense qu'ils vont mettre un petit push sur le BMX et pour répondre à votre
08:34question je pense que c'est de mieux en mieux aujourd'hui que le BMX est accepté surtout
08:39ses 4 médailles aux Jeux Olympiques, 3 en race et une en freestyle avec Anthony Jean-Jean
08:45qui ont fait beaucoup de bien à la discipline et qui ont permis de crédibiliser encore plus
08:49notre sport en tant que sport de haut niveau donc on avance.
08:52C'est une question stupide de vous demander si vous aimez le vélo classique ou même
08:55si vous regardez le Tour de France ?
08:56Non, ce n'est pas stupide du tout.
08:58Vous le regardez ?
08:59Je regarde le Tour de France, la fin des étapes.
09:01D'accord.
09:02Ce ne sont quand même pas tout à fait les mêmes mondes.
09:05Non, c'est remarquable ce qu'ils font au niveau performance mais après c'est 2 choses
09:11complètement différentes, je respecte.
09:13Après moi j'aime énormément de sports différents, j'adore le tennis par exemple mais le vélo
09:19de route ce n'est pas un truc où je vais me dire ah génial, il y a le Tour de France.
09:23Ce n'est pas tout à fait la même discipline.
09:25Ce n'est pas la même discipline.
09:26Le BMX, vous tombez dedans à l'âge de 12 ans, vous vivez alors à Épinay-sur-Orge
09:31dans l'Essonne, vous vous ennuyez un peu, vous regardez l'émission d'Evelyne Thomas
09:34qui faisait un carton à l'époque, c'est l'émission C'est mon choix, l'émission donne
09:38alors la parole à des passionnés de BMX et pour vous c'est une révélation, un coup
09:42de cœur absolu pour l'objet même, pour la pratique.
09:45Evelyne Thomas ne le sait pas je crois, vous ne l'avez toujours pas rencontrée, vous
09:48ne l'avez toujours pas remerciée pour ça ?
09:50Alors je crois qu'Evelyne Thomas le sait parce qu'on a eu un entretien téléphonique
09:56qui était super sympa avec elle, franchement elle était trop sympa, elle était ravie
10:02d'avoir pu m'inspirer parce que c'est vrai que c'est un peu le point de bascule
10:06de ma vie cette émission, aussi candide que ça peut paraître, donc oui je faisais beaucoup
10:13de foot à l'époque et l'entraîneur n'était pas très pédagogue et avec les
10:19copains on en avait marre en fait de se faire crier dessus à tous les matchs, tous les
10:22entraînements, on avait 12 ans un peu dans la rébellion de l'adolescence et on regardait
10:27Jackass un peu sur MTV et quand il y a cette émission qui débarque, en fait je m'aperçois
10:32que c'est possible de faire du BMX et d'en vivre et je me dis mais c'est génial ça,
10:39c'est la liberté, j'ai tout de suite pensé à ce sentiment de liberté.
10:42Vous avez une vraie soif de liberté, ça c'est flagrant, quand on lit votre livre
10:45et qu'on regarde votre parcours, c'est ça dont vous avez besoin.
10:47Oui exactement, je me suis dit lui il n'a pas de coach, il a l'air de faire ce qu'il
10:52veut, absolument ce qu'il veut avec ses copains et à l'époque on passait tous les jours
10:55devant un van en allant au collège et on se disait avec les copains un jour on prendra
11:00ce van et on ira parcourir le monde et faire du BMX et du skate et ce qui est génial c'est
11:06que ça a été ma vie en fait après ça, donc j'ai vraiment réussi à réaliser mon
11:10rêve et c'est grâce à ce mec qui est passé à la télé.
11:13Alors vous étiez un peu tête brûlée et même assez hyperactif, je vous cite, enfant
11:17je ne tenais pas en place dites-vous et d'ailleurs c'est peut-être lié puisque vous étiez
11:21effectivement un grand fan de Jackass, Jackass je le dis pour les gens qui ne le sauraient
11:24pas c'était un groupe de jeunes hommes déjantés qui filmaient leur folie, leur cascade parfois
11:31dangereuse et vous écrivez à propos d'eux, dans nos cerveaux de mômes de 12 ans qui
11:35avions l'impression de se faire sans cesse pourrir par les profs, il y avait une dimension
11:39cathartique à voir ces trentenaires réaliser tout ce qui leur passait par la tête sans
11:43règles ni sanctions et maintenant que vous êtes vous-même un trentenaire, père de
11:47famille, vous les voyez d'un autre d'un autre oeil ? Vous laisseriez vos enfants
11:52regarder Jackass, imiter Jackass ? Bien sûr, il faut que jeunesse se fasse, je pense que
12:00j'en suis le meilleur exemple, j'ai fait toutes les bêtises du monde dans ma vingtaine
12:07et ça me permet d'être super équilibré aujourd'hui en fait et je sais pas j'ai deux enfants, une super
12:14femme, une super relation avec elle et je pense que c'est passé aussi par le fait d'avoir fait
12:20toutes ces bêtises dans ma vingtaine où j'ai plus envie de les faire maintenant, franchement ça
12:26va paraître abusé mais laisser vos enfants faire des petites bêtises, ça sert plus tard.
12:31Oui ça fait partie des messages que vous pouvez passer, vous avez raison et à l'allure de celui
12:35que vous êtes aujourd'hui, quel conseil donneriez-vous au petit garçon que vous étiez ? Qu'est-ce que
12:39vous lui diriez avant qu'il ne se lance dans la vie ? Prendre du plaisir en fait, c'est le plus
12:44important, surtout en sport de haut niveau aujourd'hui, j'essayais de me rappeler tout le
12:51temps en compétition, essayer de prendre du plaisir et je pense qu'il y a plein d'athlètes de haut
12:56niveau aujourd'hui qui oublient cette notion de plaisir. Pourquoi ? Parce qu'il y a la compétition qui
13:00prend le dessus ? Oui, les entraînements c'est trop intense, il y a trop de pression, maintenant avec
13:06les réseaux sociaux il y a des feedbacks très rapides sur notre performance, avec ce
13:13truc de Paris, il y a plein de sportifs qui se font pourrir à chaque fois et du coup qui
13:18perdent ce truc de plaisir et en fait c'est la fondation du sport, c'est le plaisir et donc
13:24je lui dirais à ce moment, surtout n'oublie pas le plaisir, je n'ai pas l'impression de l'avoir trop
13:29oublié parfois dans ma carrière, je l'oubliais dans la défaite où c'était super dur pour moi de
13:35perdre. Et donc de relativiser. Exactement, j'en parle pas mal dans le bouquin et j'ai vu des gens
13:43qui m'ont aidé à travailler là-dessus, à pas trop ressasser les défaites parce qu'à un moment dans
13:49ma carrière, le bonheur que me procurait une victoire durait beaucoup moins longtemps
13:54que le malheur et la dépression qu'une deuxième, troisième, quatrième place me procurait et je me
14:00suis dit c'est à ce moment-là qu'il faut que je fasse gaffe parce que si c'est que de la
14:07dépression la compétition c'est pas bon donc je lui dirais de prendre plaisir. C'est marrant parce que
14:11vous paraissez là quand vous parlez extrêmement mûr, vous dites des choses extrêmement sensées,
14:15posées, très raisonnables. Quand votre carrière décolle et elle décolle à une vitesse vertigineuse,
14:20première compétition pro à l'âge de 16 ans, commence une espèce d'énorme tourbillon. Dans ce
14:25livre, vos mots sont très forts. Vous parlez de fuite en avant, d'enchevêtrement, d'euphorie et
14:30d'immaturité, envie folle de tout dévorer, refus de prendre l'avenir au sérieux. On a l'impression
14:36que pour se lancer dans un tel sport, il faut ce grain de folie et quand vous parlez, vous n'avez
14:41pas du tout l'air fou. Ce que je vous disais c'est que j'ai vécu toutes ces expériences où j'ai
14:49gagné très tôt. J'ai gagné mon premier titre de champion du monde en 2008 à 18 ans et j'ai eu des
14:55gros sponsors très rapidement. J'ai plutôt bien gagné ma vie assez rapidement aussi et du coup,
15:00en faisant tous ces voyages avec les copains, en étant le centre de l'attention très rapidement
15:06dans un tout petit sport, c'est très facile de s'y perdre. Vous avez senti que vous auriez pu
15:13basculer ? Quand on vous dit de se perdre, c'est quoi ? Prendre la grosse tête ? Oui, prendre la
15:16grosse tête et faire la fête plus que de raison et il y a tout qui est accessible très rapidement.
15:22Quoi ? Qu'est-ce qui est accessible très rapidement ? Justement, la fête. Des conforts ? Oui, le confort
15:31d'être une super star dans un tout petit milieu. Encore, je le répète, ce qui était super dangereux,
15:38c'est que j'étais un gros poisson dans une petite mare en fait, où à l'époque, le BMX était encore
15:44moins médiatique qu'aujourd'hui et du coup, j'étais en fait le boss à 18 ans d'un tout petit
15:52truc et si on reste dans sa petite mare, on peut complètement exploser en fait. On est en constante
15:58présence de gens qui vous encensent, les groupies, la fête, l'argent un peu facile avec les compétitions
16:07et du coup, à 18 ans, on peut complètement perdre pied. Ce qui vous ramène à la réalité, est-ce que
16:11ce n'est pas cette blessure dont vous parlez dans votre livre ? Une blessure très grave, une blessure
16:16qui m'a fait l'effet d'un déclic. S'il n'y avait pas eu cette blessure en 2014, je n'aurais jamais eu
16:19cette carrière aussi longue. Ça veut dire vivre les accidents aussi pour tout d'un coup mûrir peut-être,
16:24prendre du recul par rapport à ses choix de vie ? Oui, bien sûr. La blessure, elle est super importante
16:30dans ma carrière parce qu'elle arrive à un moment où, encore une fois, je faisais beaucoup la fête
16:35et elle arrive le lendemain de soirée d'ailleurs, cette blessure et en fait, ça fait un électrochoc
16:41parce que c'était juste avant l'été, j'avais énormément de choses de prévues et tout d'un coup, je me retrouve
16:46au fond de mon lit chez mes parents parce que je venais de me séparer de ma copine à l'époque.
16:52Et c'était quoi cette blessure ? Je me suis cassé la cheville en vraiment pas bon et le docteur me disait
17:00que je ne pouvais probablement pas refaire du vélo à haut niveau et là, ça a été un électrochoc.
17:05Je me suis dit, là, ce n'est pas possible et c'est à ce moment-là que je me suis vraiment repris en main
17:10et que j'ai commencé ma deuxième vie, finalement, de vrai sportif de vélo.
17:15Et les autres le disent, cette blessure a fait de vous presque un homme nouveau.
17:19Aude Cassagne, qui est double championne du monde de BMX, flat, c'est bien ça, elle dit de vous
17:24« C'est le premier à avoir eu une démarche d'athlète, à pousser l'entraînement dans le détail.
17:28Avant, il y avait un côté à l'arrache. Tout le monde se mettait des cartouches avant la finale.
17:33C'est vraiment le premier qui s'est autant dédié au vélo en termes d'entraînement, de médias, de visibilité. »
17:38Alors, c'est fou parce que vous avez presque codifié ce sport, vous en avez fait quelque chose de sérieux,
17:42mais est-ce qu'au passage, vous n'avez pas finalement sacrifié l'esprit rider ?
17:46Oui, c'est une super question et c'était le débat quand le BMX est devenu olympique, en fait,
17:53en disant « Est-ce qu'on ne vend pas notre âme au diable ? »
17:56Nous, en fait, tous les sports d'action viennent du surf, en fait, dans les années 50.
18:01Après, les skaters voulaient avoir les sensations du surf, même quand il n'y avait pas de vagues,
18:06donc ils se sont mis à faire du surf sur l'asphalte.
18:10Le BMX en a découlé un peu via la motocrosse dans les années 70.
18:14Donc, on vient tous d'un background qui est très punk, anticapitaliste.
18:20Et c'est vrai qu'on se retrouve dans l'épitome du capitalisme qu'est les Jeux olympiques.
18:25On ne peut pas faire plus, porter sur l'argent que les Jeux olympiques.
18:30Et c'est vrai qu'il y a plein de gens et la moitié de la scène qui disaient « Non, on ne peut pas, ce n'est pas possible. »
18:34Et moi, j'ai essayé d'être un petit peu le tampon en disant « C'est quand même une visibilité extraordinaire. »
18:42Et on a fait la cérémonie d'ouverture, il y avait deux milliards de personnes qui ont regardé ce truc-là.
18:48Et on l'a senti après les Jeux qu'il y a eu un engouement autour du BMX, donc on a eu raison d'y aller.
18:52Mais oui, c'est vrai qu'en étant plus dans les médias, en prenant ça comme un sport de haut niveau,
18:59alors que c'était un sport à l'arrache à l'époque, on a un petit peu dénaturé ce que c'était.
19:03Sauf que c'est un peu comme tous les progrès, parfois on...
19:08On doit abandonner quelque chose ?
19:10On doit choisir se renoncer.
19:12Donc on renonce à ce truc à l'arrache.
19:14Mais vous vous êtes attiré des ennemis, des inimitiés, du coup ?
19:17Non, pas du tout.
19:17Vous êtes un peu le rabat-joie de service ?
19:19Non, pas du tout, parce qu'il y avait ce côté où j'étais beaucoup plus performant
19:23et j'ai pu pousser la discipline au niveau technique et au niveau médiatique.
19:27Donc il y a plein de riders et 99,9% de la scène qui m'en sont reconnaissants.
19:33D'accord.
19:34Et parce que je pense que j'ai été altruiste aussi dans ma démarche.
19:39Et si c'est vrai que j'avais juste utilisé ça pour moi, ça aurait été moins bien vu.
19:44Mais là, j'ai essayé de le faire intelligemment.
19:46Je reviens sur la visibilité, effectivement, que vous avez donnée à ce sport.
19:48Votre démarche est aussi très créative.
19:52Vos vidéos sont réalisées, produites, travaillées, très esthétiques.
19:56Je les ai longuement regardées avant de préparer cette émission.
19:59Elles sont très suivies sur vos réseaux sociaux.
20:02Finalement, vous avez fait, je le disais en introduction, du BMX un art.
20:05C'est plus qu'un sport.
20:06Vous faites quelque chose de très artistique autour de ce sport.
20:09Ça va avec ? Ça fait partie des codes ou c'est vous, votre patte ?
20:12Non, non, vraiment, ça fait partie des codes.
20:15La créativité, surtout dans ma discipline, donc faire des figures au sol.
20:18Le flat, c'est vraiment intrinsèque à la discipline d'être créatif
20:21parce qu'il y a une note dans le jugement qui est l'originalité,
20:26qui est un des plus gros critères.
20:28Et du coup, si on n'invente pas ses propres figures,
20:30on ne peut pas gagner une compétition à haut niveau.
20:33Donc, c'est au même titre qu'un mec qui fait de la musique ou de la peinture
20:36ou qui écrit.
20:38On est face à une page blanche, un vélo blanc.
20:41Et il faut se prendre la tête à trouver un nouveau mouvement,
20:45une nouvelle manière de faire une figure
20:48pour pouvoir gagner la prochaine compétition.
20:50Donc, oui, c'est physique et il y a de la salle de sport et des sacrifices.
20:54Mais vraiment, elle est 60 % physique et 40 % créatif.
20:59Et ça, c'est ce que j'ai toujours trop kiffé dans mon sport.
21:03C'était ce côté, j'utilise mon cerveau aussi et c'est trop intéressant.
21:08Sur votre relation aux réseaux sociaux et aux collaborations avec les marques,
21:11vous êtes très clair.
21:12Il s'agit d'une question de survie.
21:14Je suis choqué de lire ici ou là que de nombreux athlètes français
21:17vivent sous le seuil de pauvreté.
21:20Il y a du changement à apporter au monde du sport de haut niveau
21:22pour qu'ils puissent justement financer et juste faire vivre des athlètes.
21:27Il y a un problème avec ça ?
21:28Oui, il y a un problème avec ça.
21:29Et l'école, en fait, quand on regarde le système anglo-saxon,
21:33je pense aux États-Unis surtout, un peu moins en Angleterre.
21:35Mais aux États-Unis, par exemple, les mecs qui sont forts en sport,
21:39ils ont toutes leurs études payées, prises en charge.
21:43Et c'est des stars dans leur université
21:46parce qu'ils permettent de faire briller l'université
21:49à travers leurs résultats sportifs,
21:51avec du foot américain, du tennis, du basket.
21:54En France, le sport à l'école est complètement délaissé.
21:57Vous connaissez des sportifs qui vivent sous le seuil de pauvreté ?
21:59Bien sûr, mais dans le sport de haut niveau en France, c'est la plupart.
22:03Parce que quand on pense sport de haut niveau, on pense à Mbappé,
22:06mais le sport de haut niveau, c'est de l'aviron, de l'escrime,
22:11du lancé de javelot, et tous ces mecs, ils galèrent, en fait.
22:15Et moi, c'est vrai que j'ai eu de la chance d'avoir un sport
22:18qui est vachement visuel, où on peut faire beaucoup de production de contenu,
22:21à poster sur Insta, TikTok, Facebook, mais il y a plein de sportifs
22:27qui n'ont pas cette chance-là et qui comptent sur leur fédération
22:29pour les aider, et c'est super dur, en fait.
22:33Et il y a plein de fédés qui donnent 500€ et une paire de shoes,
22:38et une claque sur les fesses à la fin du mois en disant
22:41« Vas-y, champion, on ne vit pas avec 500€ par mois. »
22:44Donc ça, c'est super dur.
22:46Il y a des progrès à faire, dès l'école.
22:52J'ai des photos à vous proposer, ça fait partie des rituels de cette émission,
22:54Mathias Dandoy, la première photo, vous l'avez déjà pas mal parlée,
22:58c'est une photo de vous, aux Jeux Paris 2024,
23:01qui ont marqué la grande histoire et qui ont marqué la vôtre.
23:03Vous avez porté la flamme, l'un des plus grands moments de votre vie, je crois.
23:06Le sentiment de faire vraiment partie de la grande famille du sport aujourd'hui,
23:10alors que ce n'était pas le cas avant ?
23:11Exactement.
23:13Exactement, c'était comme un adoubement d'être devant la...
23:19C'est surtout le lieu, en fait, qui était mythique,
23:20parce que porter la flamme, c'était très chouette,
23:23mais je me suis retrouvé à porter la flamme
23:26d'être le dernier relayeur devant la Tour Eiffel, ce jour-là,
23:30avec Tony Estanguet qui était là, avec Pierre Rabadon,
23:34de la mairie de Paris, et tous les officiels.
23:37Vous dites un adoubement, c'est fort quand même, ça veut dire que...
23:39Parce qu'en fait, moi, toute ma vie, c'est vrai que j'avais été considéré
23:43un peu comme un délinquant, un mec qui faisait son truc de son côté,
23:48mais qui cassait tout dans la tête des gens.
23:50C'est vrai que peut-être encore aujourd'hui,
23:51les gars qui font du BMX ou du skate, c'est des pouraves...
23:55Pas fréquentables.
23:56Pas fréquentables, machin, alors que pas du tout, en fait.
23:58Et en fait, me retrouver avec cette flamme olympique et mon BMX,
24:03j'avais fait la couvre de l'équipe avec cette photo, d'ailleurs,
24:07je trouvais que c'était super fort de sens,
24:10et ça validait la place du BMX et des action sports au sein du sport,
24:16et c'était super fort.
24:17Toute cette... On va dire ce mois olympique,
24:19de toute façon, il était exceptionnel, extraordinaire.
24:22J'ai une deuxième photo, vous allez évidemment la reconnaître,
24:24mais je vais la décrire pour les gens qui la découvrent,
24:26c'est la grande mannequin Constance Jablonski,
24:29qui n'est autre que votre compagne et la mère de vos deux enfants.
24:32Je vous en parle parce qu'elle aussi, dans son milieu,
24:34elle bouscule les codes et elle est extrêmement engagée,
24:37défilant enceinte à chacune de ses grossesses.
24:42C'est assez frappant de voir que tous les deux,
24:43vous êtes engagés dans vos couloirs à vous,
24:45mais qu'elle aussi, parce que c'est très fort de se montrer enceinte
24:48quand on est mannequin dans un défilé de lingerie,
24:50ce n'est pas un petit message qu'elle envoie.
24:53– Constance, elle vous dirait que non, que c'est normal, en fait,
24:55et donc c'est pour ça que c'était encore plus fort,
24:57parce que pour elle, c'est normal,
25:01il faut s'accepter exactement comme on est.
25:05– Elle, elle a un autre regard que vous sur les réseaux sociaux, par contre.
25:07Elle dénonce la course aux followers
25:09demandées par les agences de mannequins, notamment.
25:10Vous n'êtes pas d'accord là-dessus ?
25:12– Oui, non mais c'est vrai que dans son travail,
25:18petit à petit, les grands mannequins qu'on peut penser les top modèles
25:22de l'époque, Naomi… – Cindy Crawford.
25:26– Cindy Crawford, sont petit à petit remplacées par des influenceuses.
25:30Je ne dis pas ça pour être pédant, c'est une réalité,
25:34parce que les marques, elles ont besoin de visibilité,
25:37et donc de followers et d'engagement,
25:40et il y a une vraie course aux followers et à l'engagement
25:43dans le milieu du mannequinat aujourd'hui,
25:45et c'est vrai que ça peut un peu changer le game,
25:49et il faut faire gaffe.
25:50– Une dernière photo, vous ne le connaissez pas,
25:53il s'agit de Pierre Demurger-Santo,
25:55c'est un homme qui se présente comme un stay-at-home-dad
25:58sur ses réseaux sociaux, un père au foyer,
26:00il y a un peu plus de 40 000 en France à faire ce choix,
26:03près d'un million et demi de femmes,
26:04pas forcément un choix pour les femmes en l'occurrence,
26:07vous père au foyer, ça vous dirait ?
26:08– Grave, c'est ce que je suis en ce moment.
26:12Non mais en fait, ce qui est gênant avec mon travail,
26:15c'est que j'ai vraiment des horaires flexibles,
26:17et oui, parfois je partais en compétition plusieurs jours,
26:21mais globalement, mes journées, je les passais avec mon fils,
26:25et c'est des moments extraordinaires.
26:26– Donc pas de gêne à être père au foyer ?
26:28– Ah non, mais pas du tout, c'est génial,
26:30je ne comprends pas pourquoi les gens pourraient être gênés
26:33d'être père au foyer, c'est juste trop bien
26:35de passer du temps avec ses enfants en fait.
26:37– J'ai une dernière question qui est en lien avec le lieu
26:39dans lequel nous sommes, Mathias Dandoye,
26:40nous sommes entourés de quatre statues
26:42qui représentent chacune une vertu,
26:44et j'aimerais que vous me disiez laquelle de ces vertus vous parle,
26:46peut-être dans un avenir ou dans un passé,
26:49il y a ici la sagesse, la prudence, la justice et l'éloquence,
26:53est-ce qu'il y a une de ces vertus que vous avez envie de défendre aujourd'hui ?
26:56– Tout le monde, j'aurais bien pris la prudence,
27:01parce qu'il sera qu'il faut être super prudent dans mon sport,
27:02mais je vais prendre l'éloquence,
27:05parce qu'on n'en parle pas assez dans le sport de haut niveau,
27:10mais c'est super important d'être plus qu'un athlète aujourd'hui,
27:14si on veut en vivre, et ça passe aussi par bien s'exprimer,
27:18et essayer de créer sa propre marque,
27:21et l'éloquence en fait partie,
27:24je ne juge pas que moi je suis éloquent,
27:26mais en tout cas c'est super important,
27:29en 2025, si on veut bien vivre de son sport, de travailler là-dessus,
27:34on n'est plus comme avant que des bêtes de performance,
27:37les gens veulent aller au-delà,
27:40veulent connaître le mec derrière l'athlète,
27:44et donc c'est pour ça que s'il y a des athlètes qui le regardent,
27:47c'est super important de travailler là-dessus.
27:50Super, c'est très rare qu'on choisisse l'éloquence, merci de l'avoir fait !
27:54Merci Mathias Dandoye d'avoir été avec nous dans ce rendez-vous,
27:56dans un monde d'un regard,
27:57merci à vous de nous avoir suivis comme chaque semaine,
27:59émission que vous pouvez retrouver en replay sur notre plateforme publicsena.fr,
28:03mais aussi en podcast, vous le savez maintenant.
28:05A très vite, merci !

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