“L’Etat détient le monopole de la violence légitime”. Vous n’avez pas pu échapper à cette expression cette semaine : c’est une référence au sociologue allemand Max Weber. Représentants du gouvernement, hauts-fonctionnaires, éditorialistes, commentateurs, en font grand usage, parfois en citant directement Weber, pour se draper dans l’autorité d’un grand penseur afin de justifier l’injustifiable.
C’est souvent le cas dans les contextes où il y a un lien entre un recours abondant à la force publique et un enjeu politique. Dans l’histoire proche on peut penser à la loi El Khomri en 2016, aux Gilets jaunes, au mouvement contre la réforme des retraites en 2019-2020, puis celui de 2023, ou encore au rassemblement à Sainte-Soline sur le site de la méga bassine.
Il ne s’agit pas alors seulement de justifier dérapages, bavures ou actes de cruauté ça et là, mais de réaffirmer la majesté de l’Etat et la légitimité supérieure du gouvernement.
Mauvaise nouvelle : Max Weber ne vous permettra pas d’écarter tout questionnement critique sur les lois ou l’emploi concret des forces de l’ordre. Je vous propose de le lire et de chercher à comprendre ce qu’il dit vraiment.
C’est souvent le cas dans les contextes où il y a un lien entre un recours abondant à la force publique et un enjeu politique. Dans l’histoire proche on peut penser à la loi El Khomri en 2016, aux Gilets jaunes, au mouvement contre la réforme des retraites en 2019-2020, puis celui de 2023, ou encore au rassemblement à Sainte-Soline sur le site de la méga bassine.
Il ne s’agit pas alors seulement de justifier dérapages, bavures ou actes de cruauté ça et là, mais de réaffirmer la majesté de l’Etat et la légitimité supérieure du gouvernement.
Mauvaise nouvelle : Max Weber ne vous permettra pas d’écarter tout questionnement critique sur les lois ou l’emploi concret des forces de l’ordre. Je vous propose de le lire et de chercher à comprendre ce qu’il dit vraiment.
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00:00 Il ne peut pas y avoir de violence policière car la police et donc l'État a le monopole de la violence légitime.
00:08 On sait ça depuis Max Weber.
00:09 L'État détient le monopole de la violence légitime.
00:12 Vous n'avez pas pu échapper à cette expression cette semaine,
00:15 c'est une référence au sociologue allemand Max Weber.
00:18 Représentants du gouvernement, hauts fonctionnaires, éditorialistes ou commentateurs
00:22 en font grand usage, parfois en citant directement Weber,
00:26 pour se draper de l'autorité d'un grand penseur afin de justifier l'injustifiable.
00:31 La police exerce une violence certes, mais une violence légitime, c'est vieux comme Max Weber.
00:36 C'est souvent le cas dans les contextes où il y a un lien entre un recours abondant à la force publique
00:41 et un enjeu politique.
00:43 Dans l'histoire proche, on peut penser à la loi El Khomri en 2016, au gilet jaune,
00:48 au mouvement contre la réforme des retraites en 2019-2020 puis en 2023,
00:52 ou encore au rassemblement à Saint-Sauline sur le site de la mégavaccine.
00:56 Il ne s'agit pas alors seulement de justifier dérapages, bavures ou actes de cruauté ça et là,
01:03 mais de réaffirmer la majesté de l'État, la légitimité supérieure du gouvernement.
01:08 Les policiers, ils utilisent la violence, la contrainte,
01:13 ils utilisent la force pour faire respecter la loi.
01:16 C'est la violence légitime, selon l'expression de Max Weber.
01:21 Mauvaise nouvelle, Max Weber ne vous permettra pas de discréditer tout questionnement critique
01:25 sur les lois ou l'emploi concret des forces de l'ordre.
01:28 Alors je vous propose de le lire et de chercher à comprendre ce qu'il dit vraiment.
01:32 Alors le plus sophistique et le plus imbécile, c'est de faire comme si Max Weber disait
01:46 "l'usage de la force par l'État n'est jamais illégitime".
01:49 Toute violence est légitime dès lors qu'elle est exercée par l'État ou autorisée par lui.
01:54 Il ne peut pas y avoir de violence policière car la police et donc l'État
02:00 a le monopole de la violence légitime. On sait ça depuis Max Weber.
02:04 Même sans connaître le contexte de la citation, on voit bien qu'elle ne peut pas dire ça.
02:09 Être exercée ou permise par l'État est une condition nécessaire pour qu'une violence soit légitime,
02:15 mais pas une condition suffisante.
02:17 Même le système légal précise qu'il faut qu'elle soit au moins nécessaire et proportionnée.
02:22 Parce que sinon, ok, on peut y aller.
02:24 La violence de la police de Poutine est légitime puisqu'elle est celle de l'État russe.
02:28 Je crois pas que la conclusion va vous plaire.
02:30 Alors ils diront "non, il faut que l'État soit démocratique".
02:33 Et là on partira sur un débat pour savoir qu'est-ce qui fait qu'un État démocratique est démocratique.
02:38 Et là c'est justement ce que veut éviter Weber. Weber pense en sociologue,
02:42 c'est-à-dire qu'il ne cherche pas à dire si tel ou tel régime est juste et légitime.
02:48 Il se borne à décrire ce qu'est un État et comment il parvient à se faire obéir.
02:53 Monopole de la violence légitime avec Weber.
02:55 La formule, sous sa forme la plus connue, intervient dans une conférence de 1919,
03:00 "La politique comme métier et comme vocation".
03:03 Il s'agit d'une définition de l'État.
03:06 Il faut concevoir l'État contemporain comme une communauté humaine qui,
03:10 dans les limites d'un territoire déterminé, revendique avec succès, pour son propre compte,
03:16 le monopole de la violence physique légitime.
03:19 D'autres groupes humains ont recouru et recourent à la violence,
03:23 mais la particularité de l'État, de l'État moderne, c'est qu'au fil des siècles,
03:27 il est parvenu à asseoir un monopole durable de la violence physique légitime sur un territoire.
03:33 Les termes les plus importants, à mon avis, sont "revendique avec succès".
03:37 Car Weber décrit ici un processus,
03:40 le processus de formation de l'État moderne à la sortie de l'ère médiévale.
03:45 L'État est à comprendre comme une forme originale de communauté humaine
03:48 qu'il faut distinguer de la situation antérieure, médiévale,
03:51 là où ne régnait pas cette instance de pouvoir unique et centralisée.
03:56 Voici ce qu'expliquait la philosophe Catherine Colliot-Hélène,
03:59 grande spécialiste de l'œuvre de Max Weber et malheureusement disparue récemment.
04:04 Ce que Weber propose ici est une définition de l'État moderne.
04:09 Celui-ci est appréhendé dans une perspective historique,
04:12 du point de vue de son process de formation à partir d'une situation antérieure
04:16 où des pouvoirs pluriels et hétérogènes,
04:19 puissance féodale, église, ville libre, corporation,
04:23 qui cohabitent sur un même territoire,
04:25 avaient à l'occasion ou régulièrement recours à la violence
04:29 sans requérir pour cela l'autorisation d'une instance de pouvoir supérieure.
04:34 C'est un processus, donc en un sens jamais complètement achevé,
04:38 qui suppose que les individus et les groupes qui vivent sur le territoire
04:42 reconnaissent le pouvoir de l'État.
04:44 Cette domination étatique n'est jamais totale, voire même franchement contestée.
04:48 On peut penser à des séparatismes régionaux
04:51 ou par exemple la situation de la mafia italienne.
04:54 Weber ne juge pas, il se borne à des constats de fait.
04:57 L'État parvient-il à se faire obéir ?
04:59 D'autres groupes contestent-ils sérieusement ce monopole dans l'usage de la force ?
05:03 La violence de l'État, c'est une violence qui est légitime.
05:07 Si de moins en moins d'individus obéissent à l'État,
05:11 voire reconnaissent de plus en plus la légitimité de l'usage de la force
05:15 d'autres groupes présents sur le territoire,
05:18 alors l'État commence à disparaître,
05:20 puisqu'il est défini par ce monopole de la force.
05:24 On voit bien que la légitimité dont parle Weber est une affaire de croyances,
05:28 de croyances collectives qui font accepter la domination.
05:32 Et Weber se borne à analyser la croyance en la légitimité,
05:37 et ne se prononce pas sur la légitimité de cette croyance.
05:41 Pour mieux comprendre ce que Weber entend par légitimité,
05:44 notamment sa triple distinction traditionnelle, charismatique et légale-rationnelle,
05:49 je peux vous renvoyer à cet ancien On sort les dossiers.
05:52 C'est donc un contresens de convoquer Weber pour essayer de dire que
05:55 toute violence d'État est légitime.
05:57 Mais c'est aussi un but contre son camp. Je vais vous montrer pourquoi.
06:01 Weber est précisément l'auteur qui nous dit que la légitimité de l'État central,
06:05 qui a mis des siècles à s'installer et à se consolider, reste toujours précaire,
06:10 et que toute désobéissance, voire toute indignation face au recours de la force,
06:14 est une menace pour sa survie en tant qu'État.
06:18 Lorsque la violence de l'État n'est plus reconnue comme légitime,
06:21 l'État commence à courir à sa perte.
06:24 La légitimité peut être une notion empirique,
06:27 c'est-à-dire renvoyée à une reconnaissance factuelle du bien fondé du pouvoir, etc.,
06:33 qui n'est jamais définitivement acquise, qui relève de probabilités.
06:38 À probabilité, sur un certain territoire, la majeure partie des citoyens
06:43 reconnaissent ce type de pouvoir comme étant celui qui, en dernière instance,
06:46 doit trancher les conflits.
06:48 Max Weber nous donne donc une clé d'interprétation des propos récents du ministre de l'Intérieur
06:53 sur l'opposition politique, les manifestations et les activistes écolo.
06:57 Se donner des ennemis intérieurs, désigner des groupes comme sédicieux et violents,
07:03 c'est un besoin vital pour l'État.
07:05 Il faut effrayer le reste de la population pour qu'elle soit incline à lui concéder
07:10 le monopole de la violence légitime, et ainsi renforcer la légitimité de l'État.
07:15 Ils ont détruit, ils ont menacé, ils ont frappé les forces de l'ordre,
07:20 c'est-à-dire les gens qui vous défendent au quotidien.
07:22 Ne parlez pas de répression ou de violence policière,
07:25 ces mots sont inacceptables dans un État de droit.
07:27 Donc retenez que la formule de Weber est une définition de l'État,
07:31 une définition sociologique de l'État qui s'appuie sur le processus
07:35 qui a vu naître l'État moderne.
07:37 Weber ne se demande pas si la violence de l'État est légitime,
07:40 mais comment il s'y prend pour que ses citoyens continuent à croire qu'elle l'est.
07:45 Or, parfois, la croyance collective en la légitimité de la violence d'État,
07:50 même légale, même proportionnée, diminue.
07:53 Par exemple, au hasard, lorsqu'une grande majorité de la société soutient un mouvement social,
07:58 y compris parfois certaines de ses dégradations.
08:01 La police qui réprime un tel mouvement apparaît alors comme une milice privée
08:05 au service d'intérêts particuliers.
08:07 Donc message final aux différents cuistres qui font référence à Weber,
08:11 cette citation ne peut pas servir à justifier des violences policières inacceptables.
08:16 C'est un contresens.
08:18 Et en plus, comme on l'a vu, c'est un but contre votre camp.
08:21 À la semaine prochaine.
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