Peut-être votre banquier vous a-t-il déjà conseillé des fonds « verts », dont les gérants intègrent, en plus de la rentabilité financière, des critères environnementaux. En théorie, il s’agit de mettre la finance au service de la planète. En orientant le capital vers les entreprises les plus vertueuses, on récompense celles qui vont dans le sens de la transition énergétique. Il faudrait donc investir dans des entreprises « vertes », les plus propres, et priver au contraire de financements les entreprises « brunes », les plus sales. [...]
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00:00Peut-être votre banquier vous a-t-il déjà conseillé des fonds verts,
00:12dont les gérants intègrent, en plus de la rentabilité financière, des critères environnementaux.
00:17En théorie, il s'agit de mettre la finance au service de la planète.
00:21En orientant le capital vers les entreprises les plus vertueuses,
00:24on récompense celles qui vont dans le sens de la transition énergétique.
00:27On investit donc dans des entreprises vertes, plus propres,
00:30et on prive au contraire de financement les entreprises brunes, qui sont les plus sales.
00:35Dans un article récent, deux professeurs de finance portent sur cette démarche un regard critique,
00:41avec des conclusions surprenantes et même provocatrices.
00:45Samuel Hartzmark et Kelly Chouet ont disséqué les émissions de 3000 entreprises sur une période de 18 ans.
00:53Et contre toute attente, ils ont conclu que l'investissement vert est contre-productif en termes d'impact environnemental.
01:02L'observation essentielle de leur étude, c'est que les entreprises brunes émettent
01:07beaucoup, beaucoup, beaucoup plus de gaz à effet de serre que les vertes.
01:12Et c'est surtout une question de secteur.
01:15A chiffre d'affaires égal, si vous êtes dans les matériaux de construction,
01:19vous générez 1000 fois plus de CO2 que si vous êtes dans l'assurance.
01:24Choisir des investissements verts, c'est donc principalement éviter certains secteurs et en privilégier d'autres.
01:31Le problème, c'est qu'il n'est pas évident du tout que cela change les comportements dans le sens qu'on espère.
01:37Un assureur qui reçoit plus de capital n'inventera pas des technologies nouvelles pour émettre moins de CO2.
01:43Même si tous les assureurs bénéficient de capitaux moins chers,
01:46le secteur de l'assurance ne va pas croître plus vite au détriment des autres secteurs.
01:50Et pendant ce temps, on aura toujours besoin de matériaux de construction.
01:53Mais si on prive un cimentier d'argent bon marché, il ne va pas polluer moins.
01:58C'est même le contraire, observent les auteurs.
02:00En fermant le robinet qui lui fournissait des capitaux,
02:03on l'incite en fait à s'en tenir à ces méthodes de production existantes et polluantes.
02:08Ce à quoi il va renoncer, ce sont justement les investissements dans les nouvelles technologies vertes,
02:13susceptibles de réduire les émissions,
02:15parce que ce sont les investissements les plus risqués et les plus longs termes.
02:19Quand le capital devient plus cher, on devient plus court-termiste.
02:23Et donc, quand on punit les entreprises brunes en leur enlevant des capitaux, on les rend plus brunes.
02:30Bien sûr, les fonds verts ne se contentent pas de choisir des secteurs.
02:33Ils favorisent aussi les entreprises qui sont dans une dynamique d'amélioration,
02:37celles qui réduisent leurs émissions.
02:39Mais les auteurs de l'étude notent que la plupart des fonds se concentrent sur les réductions d'émissions en pourcentage.
02:46C'est logique, les fonds préfèrent une société qui réduit ses émissions de 30%
02:50à une autre qui réduit les siennes de 5%.
02:53Là aussi, le problème, c'est la différence de point de départ entre les secteurs.
02:58Les auteurs citent une entreprise d'aviation, Martin Marietta, et une compagnie d'assurance, Travelers.
03:03Si la première, Martin Marietta, réduissait ses émissions de 0,1%,
03:09cela ferait autant de CO2 évité que si Travelers, la compagnie d'assurance, réduisait les siennes à zéro.
03:16Aucun investisseur responsable, évidemment, ne privilégiera une entreprise qui a réduit ses émissions de 0,1%.
03:23On va donc favoriser principalement l'investissement de des entreprises qui sont déjà vertes,
03:29qu'on récompense pour des réductions en réalité insignifiantes en valeur absolue,
03:34d'un niveau d'émissions qui est déjà assez faible.
03:38Comment alors faire de la finance environnementale efficace ?
03:42Pour les auteurs de l'article, la réponse est simple.
03:45Il faut arrêter de se pincer le nez devant les actifs toxiques,
03:48ce qui ne sert qu'à se donner bonne conscience et à afficher sa vertu,
03:51et au contraire, il faudrait investir dans les sociétés les plus polluantes,
03:55et même investir assez massivement pour y prendre des positions qui permettent d'infléchir leur stratégie.
04:01C'est ce que font certains fonds activistes environnementaux.
04:04Bref, il faudrait accepter de se salir les mains.
04:08Mais bien sûr, ce genre d'investissement n'est pas à la portée de l'épargnant individuel.
04:12Que peut faire celui-ci pour vérifier que son épargne est investie conformément à ses préférences et à ses valeurs ?
04:19En deux mots, ce qu'il peut faire, c'est regarder de plus près.
04:22Au lieu de s'en tenir à un label qui prétend résumer en un mot la stratégie d'un fonds,
04:27rien n'empêche d'étudier vraiment les investissements qu'il réalise et les impacts environnementaux de ses choix.