Âmes vertes : c’est le nom donné à l’exposition organisée par la fondation groupe EDF du 8 février au 1er juin 2025 à la Friche Belle de mai, à Marseille. Elle a pour vocation de sensibiliser au dérèglement climatique et aux solutions qu’on peut y trouver. Alexandre Perra, directeur général de l’organisation, nous explique le rôle de l’art face aux défis environnementaux.
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00:00Générique
00:06L'invité de Smart Impact, c'est Alexandre Perra, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Bienvenue, vous êtes délégué général de la Fondation d'entreprise EDF
00:13et vous lancez une exposition qui s'appelle «Âme verte» à Marseille,
00:18dont on va longuement parler,
00:19mais je veux bien que vous nous présentiez cette fondation
00:21pour démarrer, depuis quand elle existe,
00:24et puis quel est son rôle, sa mission ?
00:26Oui, alors c'est une fondation qui a presque 40 ans,
00:28c'est une fondation d'entreprise, donc très proche du groupe EDF,
00:31qui nous finance, avec un budget de 10 millions par an,
00:34et qu'on met au service de la transition écologique et sociale.
00:37Sur deux aspects, d'abord permettre à chacun,
00:41jeune ou moins jeune, de trouver sa place dans cette transition écologique et sociale,
00:45en développant son potentiel, en envaloir son talent
00:47pour construire le monde de demain.
00:50Et pour ça, on aide des associations à lever les freins,
00:53les freins sociaux, les freins économiques, les freins géographiques,
00:55quand on n'est pas né au bon endroit,
00:57ou même le handicap, pour permettre justement,
00:59par l'éducation et la formation, la libération du talent.
01:03Ça, c'est le premier enjeu de la fondation EDF.
01:06Et puis, il ne suffit pas que chacun puisse s'embarquer,
01:08il faut aussi qu'on embarque ensemble dans la transition écologique et sociale,
01:12qu'on puisse s'interroger dans un monde qui est de plus en plus polarisé,
01:16fragmenté socialement, être capable de dessiner un chemin commun
01:19où accéder tout l'enjeu.
01:20Et là, on y va par l'art, l'art contemporain,
01:23comme moyen d'éveiller les esprits, l'esprit critique,
01:25créer ce dialogue, créer de l'émotion autour du sujet de société,
01:29de manière à pouvoir se dessiner ce chemin commun.
01:31Et ça donne des expositions.
01:32Et ça nous ramène à cette exposition avec un nouveau mandat
01:35qui a été lancé il y a quelques mois pour 5 ans.
01:38L'ambition affichée, éclairons les avenirs.
01:41En lisant ça, je me suis dit, c'est vaste quand même, éclairons les avenirs.
01:44Oui, alors derrière l'idée d'éclairer les avenirs,
01:46il y a cette idée justement d'éclairer les avenirs de chacun individuellement,
01:50que chacun puisse trouver cette place et donc être capable justement,
01:54par l'éducation, par la formation,
01:55dont on sait que ce sont des pierres absolument fondamentales
01:59de ce qu'on a à construire, de trouver sa place.
02:02Mais ce n'est pas le rôle de l'État.
02:04Alors on pourrait se dire,
02:06mais pourquoi c'est à une fondation d'entreprise de faire ça ?
02:08De tout temps, la philanthropie est venue pallier parfois les manques,
02:13aussi apporter des innovations.
02:14Nous, notre rôle, il est d'accompagner des associations
02:16qui testent des nouvelles choses pour ensuite les faire grandir,
02:19les explorer d'abord, démultiplier ensuite.
02:23Et puis peut-être inspirer, y compris parfois,
02:26l'éducation nationale dans certaines pratiques innovantes.
02:29Alors donc cette exposition âme verte,
02:31ça se passe à Marseille, à la Friche, la Belle de Mai.
02:35Le choix du lieu ne doit pas être totalement anodin.
02:38Pourquoi Marseille ? Pourquoi ce lieu ?
02:39Puis ensuite, on va visiter l'expo grâce à vous.
02:41Oui, alors d'abord, on expose dans différentes villes.
02:44Alors il se trouve que Marseille, il y a ce lieu formidable
02:48qui est la Friche, la Belle de Mai,
02:49qui est un tiers lieu d'innovation, création, d'innovation sociale,
02:53très connecté à l'écosystème des associations,
02:56dans un quartier très particulier, très vibrant, très vivant.
03:01Et donc ça a été une rencontre,
03:02une rencontre entre l'entreprise EDF et puis la Friche, la Belle de Mai.
03:06Et on s'est dit, c'est un bon lieu pour venir exposer une expo
03:12qui avait été créée d'abord en 2020 et qui avait,
03:16du fait du Covid, pu ouvrir seulement un mois.
03:19On a décidé de la reprendre à zéro.
03:20C'était trop frustrant.
03:21C'était trop frustrant.
03:22On a décidé de la reprendre à zéro avec le commissaire Paul Arden.
03:25On a gardé certaines des œuvres, ajouté beaucoup d'artistes.
03:28Et c'est une nouvelle exposition parce qu'entre 2020 et 2024,
03:32le rapport à l'environnement a beaucoup changé.
03:34Et alors on y voit quoi dans cette exposition ?
03:36Alors on y découvre une petite trentaine d'artistes, 27 exactement,
03:40qui font des installations, de la vidéo, de l'architecture aussi,
03:45qui interrogent notre rapport à l'environnement.
03:49L'humain et la nature, l'humain et l'environnement.
03:51L'humain et la nature, la société et la nature.
03:53Et comment est-ce qu'on est en train de passer d'un monde
03:58où il s'agit assez, comme dit Descartes,
04:00de se rendre maître et possesseur de la nature,
04:02dont on voit toutes les limites aujourd'hui,
04:05à un rapport où on est plus dans une collaboration intelligente avec la nature.
04:09Alors ce sont des artistes qui vont, pour certains, alerter,
04:12d'autres qui vont, au contraire, essayer de montrer qu'il y a des solutions.
04:15Oui, c'est une vision assez positive aussi,
04:18on n'est pas dans la culpabilisation.
04:21Non, surtout pas.
04:22Surtout pas, il s'agit aussi de regarder la réalité en face.
04:24Bien sûr.
04:24Il y a des choses qui ne vont pas.
04:25Bien sûr.
04:26Et on a des artistes qui le disent, qui le crient.
04:29Et puis il y en a d'autres qui veulent montrer
04:31qu'on peut coopérer avec la nature
04:33et qu'on peut s'inspirer de la nature via l'art.
04:36Pourquoi l'art, c'est un levier efficace, d'après vous ?
04:39Parce que je pense qu'au-delà des mots, des idées,
04:42dont on sait qu'elles passent,
04:44on s'entend, on les discute, on les débat, elles passent,
04:48l'art peut émouvoir, peut déplacer, peut choquer, peut faire sourire,
04:53peut créer une émotion.
04:54Et dans cette émotion, il y a la possibilité d'avancer un peu,
04:58de déplacer son point de vue.
05:00Je pense que les deux sont complètement complémentaires.
05:04Et c'est pour ça d'ailleurs que toutes les expos qu'on fait
05:06à la Fondation EDF ont toujours un double commissariat,
05:09un commissariat artistique et un commissariat scientifique.
05:13Et ce commissaire scientifique, c'est souvent un professeur d'université,
05:17mathématicien...
05:18Mais alors, qu'est-ce qu'il apporte dans une expo que vous faites là ?
05:20Il apporte une compréhension très fine de la problématique,
05:24du sujet, vraiment,
05:26et le commissaire artistique apporte sa connaissance de l'art.
05:30Mais ensemble, ils doivent créer cette expo,
05:32choisir ensemble les œuvres qui assument un propos
05:35qu'ils ont créé ensemble.
05:36Les œuvres, elles sont créées pour l'exposition ?
05:39Vous avez choisi les artistes en leur donnant carte blanche,
05:41en leur disant voilà le thème, allez-y ?
05:43Ou alors, elles existaient déjà ?
05:44Non, elles existent déjà, souvent.
05:46Parfois, il y a des œuvres qui sont produites spécialement pour l'expo.
05:49C'est un mix.
05:51Là, en l'occurrence, beaucoup d'œuvres existaient.
05:53Et puis surtout, on a voulu mettre en visibilité
05:57des artistes de Provence-Alpes-Côte d'Azur aussi,
06:00parce que c'est assez vibrant cette région du point de vue.
06:03Et donc, on a voulu les mettre aussi en avant.
06:05Il y a une dimension de mécénat territorial aussi,
06:08c'est ce que je comprends ?
06:09Ça, c'est très important.
06:10On est une fondation d'entreprise qui est très engagée sur le plan social.
06:13On ne fait pas de la culture juste pour faire de la culture
06:15et s'adresser à un public qui vient spontanément dans les expositions.
06:19Ce qui nous intéresse, c'est d'aller chercher le public qui ne vient pas.
06:22Et il se trouve que comme on investit tous les ans
06:24dans 300 projets d'associations,
06:27ça nous permet d'avoir ce lien de confiance avec les associations.
06:29Et je dirais une part majeure et sur laquelle on investit beaucoup
06:33du public qui vient voir les expos,
06:34ce sont ces associations,
06:35ce sont les bénéficiaires des associations
06:37qui viennent pour la première fois parfois au musée.
06:39Alors, c'est quoi les retours ?
06:40Alors là, elle vient d'ouvrir l'exposition,
06:42les premiers retours d'expérience, justement de,
06:44je ne sais pas, j'imagine des jeunes, des moins jeunes
06:48qui rentrent pour la première fois en se disant
06:50tiens, allez, je vais être confronté à de l'art.
06:52Oui, c'est l'étonnement.
06:54C'est souvent l'étonnement.
06:55C'est souvent l'étonnement aussi d'un sujet difficile,
07:00l'anthropocène.
07:01C'est un mot qui fait peur.
07:04Et qui est traité de manière sympathique parfois, légère même,
07:08qui permet de sourire et puis qui, à d'autres moments, nous alerte.
07:11Voilà, donc, cette idée que ce n'est pas perdu.
07:15On peut bouger, on peut avancer.
07:17Est-ce que les visiteurs d'une exposition comme celle-là
07:21deviennent des prescripteurs ?
07:22Vous voyez ce que je veux dire ?
07:23Oui, bien sûr, on a beaucoup, alors là, ça on le suit,
07:25on a beaucoup de recommandations,
07:27beaucoup d'enseignants aussi qui emmènent leurs élèves
07:29découvrir l'expo et qui souvent vont arriver une classe,
07:32puis une deuxième classe, puis une troisième classe,
07:33puis à la fin, c'est tout le collège qui est venu.
07:35Ça, c'est évidemment le bouche-à-oreille,
07:37c'est ce qui fonctionne le mieux.
07:38Je voudrais qu'on prenne un peu de temps,
07:40il nous reste un peu moins de deux minutes
07:41pour parler d'autres actions menées par la fondation EDF.
07:44Il y en a une, par exemple, l'École du Monde à Madagascar.
07:47C'est quoi ? De quoi il s'agit ?
07:49Alors ça, c'est une très belle illustration de la complémentarité
07:51entre l'axe culturel et l'axe associatif.
07:54Puisque maintenant, ça fait dix ans qu'on soutient
07:57un projet d'école à Madagascar,
07:59dans un territoire qui est vraiment pauvre,
08:03très mal équipé,
08:04et dans lequel on a soutenu la création d'une école maternelle,
08:08puis aujourd'hui d'un collège et demain d'un lycée.
08:10Évidemment, tout ça avec du mécénat de compétences
08:13de l'entreprise EDF,
08:14parce que ce sont des salariés qui vont aussi
08:16participer à l'installation des panneaux photovoltaïques
08:18pour alimenter l'électricité de l'école,
08:21pour libérer l'école en électricité.
08:24Et il se trouve que lorsqu'on a fait cette exposition inverte,
08:28on s'est rendu compte que ce projet était aussi
08:30un projet architectural qui voulait,
08:33d'une manière même dont il était conçu,
08:34répondre à la question de l'anthropocène
08:37en utilisant des matériaux ultra-recyclés.
08:41Quelque chose à la fois sur le plan architectural-artistique,
08:45parce que c'est beau,
08:46et socialement très utile,
08:49montrer qu'il y a une espèce de cohérence entre tout ça.
08:51Merci beaucoup Alexandre Perra.
08:53Donc exposition « âme verte »,
08:55à voir à Marseille, à l'Afriche la Belle de Mai,
08:58c'est jusqu'à quand ?
08:59C'est jusqu'au 1er juin,
09:00et puis à Paris s'ouvre en mars
09:02une autre exposition sur le futur,
09:04c'est « Ce que l'horizon promet »,
09:05et là ça nous emmène dans le futur,
09:07nos craintes, nos peurs,
09:08et la manière dont on veut y répondre
09:10en s'accrochant aux prédictions de la science,
09:12ou au contraire aux prévisions des voyants, etc.
09:16Merci beaucoup et à bientôt sur Be Smart For Change.
09:19On passe à notre débat,
09:21les crédits carbone, les crédits biodiversité.