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Mercredi 26 février 2025, retrouvez Alexandre Perra (délégué général, Fondation d'entreprise EDF), Thibault Voïta (Chercheur associé, Centre énergie et climat de l'Ifri), Ludovic Chatoux (Cofondateur et PDG, Riverse) et Sara Aureal (Cofondatrice, La rêverie) dans SMART IMPACT, une émission présentée par Thomas Hugues.

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Transcription
00:00Générique
00:08Bonjour à toutes et à tous, bienvenue, c'est Smart Impact, l'émission des entreprises à impact positif, et voici le sommaire.
00:14Mon invité, c'est Alexandre Peyrat, délégué général de la Fondation d'entreprises EDF, qui vient d'ouvrir à Marseille l'exposition
00:21« Âme verte » des artistes pour sensibiliser, positiver autour des relations entre l'humain et la nature.
00:27Dans notre débat, on va parler du marché des crédits carbone et des crédits biodiversité que la ministre de la Transition écologique vient de relancer.
00:35Et puis dans notre rubrique « Start-up », vous découvrirez les soins naturels et bio de la marque La Rêverie, destinés aux femmes enceintes et aux bébés.
00:44Trois thèmes, 30 minutes pour les développer. C'est Smart Impact.
00:48Générique
00:55L'invité de Smart Impact, c'est Alexandre Peyrat, bonjour.
00:58Bonjour.
00:58Bienvenue, vous êtes délégué général de la Fondation d'entreprises EDF, et vous lancez une exposition qui s'appelle « Âme verte » à Marseille,
01:07dont on va longuement parler, mais je veux bien que vous nous présentiez cette fondation pour démarrer, depuis quand elle existe, et puis quel est son rôle, sa mission ?
01:15Oui, alors c'est une fondation qui a presque 40 ans, c'est une fondation d'entreprises, donc très proche du groupe EDF, qui nous finance avec un budget de 10 millions par an,
01:23et qu'on met au service de la transition écologique et sociale, sur deux aspects, d'abord permettre à chacun, jeune ou moins jeune, de trouver sa place dans cette transition écologique et sociale,
01:33en développant son potentiel, en envaloir son talent pour construire le monde de demain, et pour ça, on aide des associations à lever les freins,
01:41les freins sociaux, les freins économiques, les freins géographiques, quand on n'est pas né au bon endroit, ou même le handicap, pour permettre justement, par l'éducation et la formation, la libération du talent.
01:52Ça, c'est le premier enjeu de la fondation EDF, et puis, il ne suffit pas que chacun puisse s'embarquer, il faut aussi qu'on embarque ensemble dans la transition écologique et sociale,
02:00qu'on puisse s'interroger dans un monde qui est de plus en plus polarisé, fragmenté socialement, être capable de dessiner un chemin commun, on voit que c'est tout l'enjeu,
02:08et là, on y va par l'art, l'art contemporain, comme moyen d'éveiller les esprits, l'esprit critique, créer ce dialogue, créer de l'émotion autour du sujet de société,
02:18de manière à pouvoir se dessiner ce chemin commun, et ça donne des expositions.
02:21Et ça nous ramène à cette exposition, avec un nouveau mandat qui a été lancé il y a quelques mois pour 5 ans, l'ambition affichée, éclairons les avenirs, en lisant ça, je me suis dit, c'est vaste quand même, éclairons les avenirs.
02:33Oui, alors derrière l'idée d'éclairer les avenirs, il y a cette idée justement d'éclairer les avenirs de chacun, individuellement, que chacun puisse trouver cette place,
02:41c'est donc être capable, justement, par l'éducation, par la formation, dont on sait que ce sont des pierres absolument fondamentales de ce qu'on a à construire, de trouver sa place.
02:51Mais ce n'est pas le rôle de l'État, on pourrait se dire, mais pourquoi c'est à une fondation d'entreprise de faire ça ?
02:57De tout temps, la philanthropie est venue pallier parfois les manques, aussi apporter des innovations, nous notre rôle, il est d'accompagner des associations qui testent des nouvelles choses,
03:07pour ensuite les faire grandir, les explorer d'abord, démultiplier ensuite, et puis peut-être inspirer, y compris parfois l'éducation nationale dans certaines pratiques innovantes.
03:18Alors donc cette exposition âme verte, ça se passe à Marseille, à la Friche, la Belle de Mai, le choix du lieu ne doit pas être totalement anodin, pourquoi Marseille, pourquoi ce lieu ?
03:28Puis en fait, on va visiter l'expo grâce à vous.
03:30Oui, d'abord on expose dans différentes villes, alors il se trouve que Marseille, il y a ce lieu formidable qui est la Friche, la Belle de Mai, qui est un tiers lieu d'innovation, création, d'innovation sociale,
03:42très connecté à l'écosystème des associations, dans un quartier très particulier, très vibrant, très vivant, et donc ça a été une rencontre, une rencontre entre l'entreprise EDF et puis la Friche, la Belle de Mai,
03:55et on s'est dit, c'est un bon lieu pour venir exposer une expo qui avait été créée, d'abord en 2020, et qui avait, du fait du Covid, pu ouvrir seulement un mois, on a décidé de la reprendre à zéro.
04:09C'était trop frustrant, donc on a...
04:11C'était trop frustrant, on a décidé de la reprendre à zéro avec le commissaire Paul Arden, on a gardé certaines des œuvres, ajouté beaucoup d'artistes, et c'est une nouvelle exposition parce qu'entre 2020 et 2024, le rapport à l'environnement a beaucoup changé.
04:23Et alors on y voit quoi dans cette exposition ?
04:25Alors on y découvre une petite trentaine d'artistes, 27 exactement, qui font des installations, de la vidéo, de l'architecture aussi, qui interrogent notre rapport à l'environnement.
04:38L'humain et la nature, l'humain et l'environnement.
04:40L'humain et la nature, la société et la nature, et comment est-ce qu'on est en train de passer d'un monde où il s'agissait, comme dit Descartes, de se rendre maître et possesseur de la nature,
04:51dont on voit toutes les limites aujourd'hui, à un rapport où on est plus dans une collaboration intelligente avec la nature.
04:58Alors ce sont des artistes qui vont, pour certains, alerter, d'autres qui vont, au contraire, essayer de montrer qu'il y a des solutions.
05:04Oui, c'est une vision assez positive aussi, quoi, on n'est pas dans la culpabilisation...
05:09Non, surtout pas, surtout pas, il s'agit aussi de regarder la réalité en face.
05:13Bien sûr.
05:14Il y a des choses qui ne vont pas.
05:14Bien sûr.
05:15Et on a des artistes qui le disent, qui le crient, et puis il y en a d'autres qui veulent montrer qu'on peut coopérer avec la nature et qu'on peut s'inspirer de la nature via l'art.
05:24Pourquoi l'art, c'est un levier efficace, d'après vous ?
05:28Parce que je pense qu'au-delà des mots, des idées, dont on sait qu'elles passent, on les entend, on les discute, on les débat, elles passent.
05:37L'art peut émouvoir, peut déplacer, peut choquer, peut faire sourire, peut créer une émotion.
05:43Et dans cette émotion, il y a la possibilité d'avancer un peu, de déplacer son point de vue.
05:48Voilà.
05:49Je pense que les deux sont complètement complémentaires.
05:53Et c'est pour ça, d'ailleurs, que toutes les expos qu'on fait à la Fondation EDF ont toujours un double commissariat, un commissariat artistique et un commissariat scientifique.
06:02Et ce commissaire scientifique, ce qui est souvent un professeur d'université, mathématicien...
06:07Mais alors, qu'est-ce qu'il apporte dans une expo comme celle-là ?
06:09Il apporte une compréhension très fine de la problématique, du sujet, vraiment.
06:15Et le commissaire artistique apporte sa connaissance de l'art.
06:19Mais ensemble, ils doivent créer cette expo, choisir ensemble les œuvres qui assument un propos qu'ils ont créé ensemble.
06:25Les œuvres, elles sont créées pour l'exposition ? Vous avez choisi les artistes en leur donnant carte blanche, en leur disant « voilà le thème, allez-y », ou alors elles existaient déjà ?
06:33Non, elles existent déjà, souvent.
06:35Parfois, il y a des œuvres qui sont produites spécialement pour l'expo.
06:38C'est un mix.
06:39Là, en l'occurrence, beaucoup d'œuvres existaient.
06:42Et puis, surtout, on a voulu mettre en visibilité des artistes de Provence-Alpes-Côte d'Azur aussi.
06:48Parce que c'est assez vibrant, cette région, du point de vue.
06:52Et donc, on a voulu les mettre aussi en avant.
06:54Il y a une dimension de mécénat territorial aussi, c'est ce que je comprends ?
06:57Ça, c'est très important.
06:58On est une fondation d'entreprise qui est très engagée sur le plan social.
07:01On ne fait pas de la culture juste pour faire de la culture et s'adresser à un public qui vient spontanément dans les expositions.
07:08Ce qui nous intéresse, c'est d'aller chercher le public qui ne vient pas.
07:10Et il se trouve que comme on investit tous les ans dans 300 projets d'associations,
07:15ça nous permet d'avoir ce lien de confiance avec les associations.
07:18Et je dirais qu'une part majeure et sur laquelle on investit beaucoup du public qui vient voir les expos,
07:23ce sont ces associations.
07:24Ce sont les bénéficiaires des associations qui viennent pour la première fois, parfois, au musée.
07:28Alors, c'est quoi les retours ?
07:29Alors là, elle vient d'ouvrir, l'exposition, les premiers retours d'expérience.
07:33J'imagine des jeunes, des moins jeunes qui rentrent pour la première fois en se disant
07:39« Tiens, allez, je vais être confronté à de l'art ».
07:41Oui, c'est l'étonnement.
07:42C'est souvent l'étonnement.
07:43C'est souvent l'étonnement aussi d'un sujet difficile, l'anthropocène.
07:49C'est un mot qui fait peur.
07:51C'est un mot qui fait peur et qui est traité de manière sympathique parfois, légère même,
07:57qui permet de sourire et qui, à d'autres moments, nous alerte.
08:01Cette idée que ce n'est pas perdu, on peut bouger, on peut avancer.
08:06Est-ce que les visiteurs d'une exposition comme celle-là deviennent des prescripteurs ?
08:11Vous voyez ce que je veux dire ?
08:12Oui, bien sûr, on a beaucoup de recommandations.
08:15Beaucoup d'enseignants aussi qui emmènent leurs élèves découvrir l'expo
08:19et qui, souvent, voient arriver une classe, puis une deuxième classe, puis une troisième classe,
08:22puis à la fin, c'est tout le collège qui est venu.
08:24Ça, c'est évidemment le bouche-à-oreille, c'est ce qui fonctionne le mieux.
08:27Je voudrais qu'on prenne un peu de temps.
08:29Il nous reste un peu moins de deux minutes pour parler d'autres actions menées par la fondation EDF.
08:33Il y en a une, par exemple, l'école du monde à Madagascar.
08:36C'est quoi ? De quoi il s'agit ?
08:38Ça, c'est une très belle illustration de la complémentarité entre l'axe culturel et l'axe associatif
08:43puisque maintenant, ça fait dix ans qu'on soutient un projet d'école à Madagascar
08:48dans un territoire qui est vraiment pauvre, très mal équipé,
08:53dans lequel on a soutenu la création d'une école maternelle,
08:57puis aujourd'hui d'un collège et demain d'un lycée.
08:59Évidemment, tout ça avec du mécénat de compétences de l'entreprise EDF
09:03puisque ce sont des salariés qui vont aussi participer à l'installation des panneaux photovoltaïques
09:07pour alimenter l'électricité de l'école, pour alimenter l'école en électricité.
09:13Et il se trouve que, lorsqu'on a fait cette exposition âme verte,
09:17on s'est rendu compte que ce projet était aussi un projet architectural
09:20qui voulait, d'une manière même dont il était conçu, répondre à la question de l'anthropocène
09:25en utilisant des matériaux ultra-recyclés.
09:29Quelque chose à la fois sur le plan architectural, artistique, parce que c'est beau,
09:35et socialement très utile, montrait qu'il y a une espèce de cohérence entre tout ça.
09:40Merci beaucoup Alexandre Perra.
09:42Donc exposition âme verte à voir à Marseille, à l'Afriche la Belle de Mai, c'est jusqu'à quand ?
09:47C'est jusqu'au 1er juin et puis à Paris s'ouvre en mars une autre exposition sur le futur,
09:53c'est ce que l'horizon promet et là ça nous emmène dans le futur,
09:56nos craintes, nos peurs et la manière dont on veut y répondre en s'accrochant aux prédictions de la science
10:01ou au contraire aux prévisions des voyants, etc.
10:05Merci beaucoup et à bientôt sur BeSmart4Change.
10:08On passe à notre débat, les crédits carbone, les crédits biodiversité.
10:13Le débat de Smart Impact, on parle des crédits carbone, crédits carbone, crédits biodiversité avec Thibault Vojta, bonjour.
10:26Bonjour.
10:26Bienvenue, vous êtes conseiller à l'Institut Jacques Delors et directeur de Master Transition Énergétique à l'EM Lyon.
10:32Ludovic Chateau, bonjour.
10:34Bonjour.
10:34Bienvenue à vous aussi, vous êtes le cofondateur, le président de Rivers.
10:37Tiens, présentez-nous Rivers en quelques mots pour démarrer.
10:40Avec plaisir, merci de me recevoir.
10:42Rivers, c'est une plateforme de certification de crédits carbone.
10:45Donc, nous développons des méthodologies rigoureuses fondées sur la science,
10:49une plateforme facilitant la certification de crédits carbone de haute qualité.
10:53On se concentre essentiellement sur des projets technologiques d'élimination ou d'évitement de CO2.
10:58Et notre mission, c'est d'instaurer une nouvelle norme de transparence et de qualité sur ce marché
11:03pour renforcer la confiance des acteurs et accélérer la transition environnementale.
11:06Alors, fondée sur la science, on y reviendra.
11:10Crédits carbone, c'est quoi ? Et là, votre mission, elle n'est pas si simple.
11:14Expliquez-nous en des mots que tout le monde, même moi qui ne suis pas pointu, peuvent comprendre.
11:21Effectivement, ce n'est pas évident d'expliquer ça en deux minutes.
11:24Disons que les crédits carbone, c'est un mécanisme qui me permet
11:29de remplir mes obligations en matière de réduction d'émissions,
11:33même si, en réalité, je n'y suis pas parvenu.
11:39Donc, je vais acheter des crédits carbone, par exemple.
11:41Par exemple, je ne parviens pas à mes objectifs, vous, vous allez dépasser vos objectifs,
11:45vous allez donc générer des crédits que je vais vous acheter.
11:49Sur nos bilans, à la fin, on va tous les deux avoir rempli nos objectifs,
11:54alors avec des petites variations, si je vous rachète tous vos crédits,
11:57vous serez neutre et je serai neutre aussi, ou alors on aura peut-être un petit plus.
12:04Et donc, c'est quoi ? Il y a un marché des crédits carbone ?
12:07Il y a plusieurs marchés. Il y a un marché volontaire qui va très très mal
12:11et qui fonctionne de manière assez peu efficiente,
12:14parce qu'il y a plein de scandales qui ont éclaté.
12:16Donc, un marché volontaire qui existe.
12:18Et puis, à la COP, la dernière COP en Azerbaïdjan,
12:23on est enfin parvenu à un accord, après des années et des années de négociations,
12:29pour mettre en place des nouveaux marchés qui, cette fois, sont centralisés
12:33et régis par les Nations Unies et qui, on l'espère, devraient mieux fonctionner.
12:39Comment on calcule un crédit carbone et comment, peut-être le plus important,
12:44comment vous le certifiez ?
12:46Oui, tout à fait. Alors, pour le calcul d'un crédit carbone,
12:49il faut qu'un crédit carbone soit certifié par un organisme indépendant
12:53et qu'il soit mesurable et vérifiable.
12:55Ce sont des qualités qui sont essentielles pour un crédit carbone d'haute qualité.
12:57La manière dont on calcule un crédit carbone, c'est qu'on a le développement de méthodologie.
13:01Une méthodologie, c'est un ensemble de critères qui vont expliquer ce qui permet de certifier un crédit carbone.
13:06Donc, les projets qui émettent des crédits carbones,
13:09c'est des projets environnementaux qui permettent d'éviter ou d'éliminer du CO2, comme je disais avant.
13:13Mais comment on calcule le CO2, les émissions de gaz à effet de serre qu'on a émises ou qu'on a évitées ?
13:19Oui, tout à fait. Dans le cadre de notre standard, ce qu'on fait, par exemple,
13:22c'est qu'on utilise une méthode de calcul qui s'appelle l'analyse de cycle de vie.
13:25L'analyse de cycle de vie, c'est une méthode de calcul qui permet de quantifier des émissions de CO2.
13:30Et ce qu'on va faire, c'est des analyses de cycle de vie comparatives, par exemple, sur des projets d'évitement de CO2.
13:35On va se référer à un scénario de référence, qui est effectivement le business as usual.
13:39S'il n'y avait pas eu le projet qui a été développé pour éviter du CO2, on va calculer l'impact du projet.
13:44Donc, on va chercher à comprendre les émissions de CO2 qui ont été émises par le projet.
13:48Et on va faire la différence entre ces deux scénarios.
13:51Donc, il y a des crédits carbone, il y a aussi des crédits biodiversité.
13:53Est-ce que ce n'est pas encore plus compliqué de calculer, de normer la biodiversité ?
13:59C'est effectivement encore plus compliqué.
14:01On est vraiment à un stade expérimental sur les crédits biodiversité.
14:05Il y a pas mal de questions que ça pose, pas mal de critiques.
14:09Mais c'est également poussé par des acteurs très influents, notamment le Fonds Mirova en France.
14:15Et donc, il y a des réglementations qui sont en train d'être développées là-dessus.
14:19Comme pour les crédits carbone, je dirais que, encore une fois, ça pose énormément de questions, il y a énormément de problèmes.
14:27Mais c'est un outil qui doit permettre de mobiliser la finance climat qui nous manque cruellement.
14:35Oui, j'allais venir, parce qu'on pourrait reparler des scandales, on va en dire un mot.
14:40Mais c'est potentiellement un levier de transformation majeur. Expliquez-nous pourquoi.
14:44Alors, on a des besoins qui sont évalués, qui étaient évalués.
14:48Je parle d'avant les déclarations et les actions de Trump, à jusqu'à 9 milliards de dollars en matière de finance climat par an.
14:58On en est très, très, très, très loin. Donc on a besoin que des nouveaux acteurs s'impliquent dans les marchés du carbone,
15:05en particulier le secteur privé, parce que les États, visiblement, ne le font pas.
15:09Je parlais de Trump, mais en France aussi, on est en recul. On a décidé, des restrictions budgétaires obligent, de réduire notre aide au développement.
15:18Donc on a besoin de mobiliser plus d'argent. On a besoin d'investir plus. Et ça, c'est un atout des marchés du carbone, c'est qu'il y a cette promesse.
15:27Un autre atout des marchés du carbone, c'est qu'il y a énormément de problèmes pour vérifier les émissions, ce qui est l'objectif, les émissions réduites.
15:38Mais on reviendra certainement là-dessus. Mais il y a aussi des co-bénéfices importants.
15:43Il y a eu un gros scandale en matière de cuisson propre en Afrique, où des acteurs, notamment américains, avaient surévalué les émissions évitées
15:53par l'installation d'appareils de cuisson propre, ce qui est extrêmement problématique. Mais en même temps, pour énormément de foyers africains maintenant,
16:02ils ont leurs appareils de cuisson propre. Et la qualité de l'air est améliorée, ce qui fait une amélioration extrêmement importante dans la vie de ces personnes.
16:11Et puis enfin, il y a une énorme attente de la part des pays en développement qui se sont déjà engagés. Et ça, c'est assez inquiétant.
16:18Il y a une volonté par certains acteurs de politiser les marchés du carbone en montrant qu'on est sur une ligne de faille nord-sud avec les pays du nord
16:29qui demandent aux pays du sud de décarboner, mais ne sont pas volontaires pour financer et sont même réticents à investir sur les marchés du carbone.
16:37Donc dossier extrêmement explosif, complexe et sensible.
16:42— Et à quel point les scandales... Il n'y en a pas eu un seul, mais il y en a eu plusieurs sur ces crédits carbone. Alors évidemment, on va penser
16:49au plus célèbre en France, la fraude à la TVA sur les quotas carbone. Mais vous parliez de confiance tout à l'heure. C'est peut-être le mot-clé dans un business
16:58comme le vôtre. À quel point ces scandales-là continuent d'imprimer la rétine et le cortex de vos clients ou de ceux qui vous parlent de crédit carbone ?
17:08— Ouais, assez fortement. Mais je pense que c'est important de reposer un peu de contexte par rapport à ça. Les enjeux financiers pour atteindre
17:14une société neutre en carbone, ils sont colossaux. On parle de 3 500 milliards de dollars d'investissement supplémentaire par an dans des solutions
17:21environnementales si on veut atteindre une société neutre en carbone. C'est plus que le PIB de la France de manière annuelle. Donc c'est gigantesque.
17:26Le crédit carbone, c'est une pièce essentielle et c'est une partie de la réponse à ce problème-là. C'est un mécanisme qui est essentiel si on veut financer
17:34des solutions environnementales. — Oui, mais à condition qu'il marche, qu'il soit fiable et qu'il n'y ait pas un scandale tous les ans.
17:39Enfin, vous voyez ce que je veux dire. Sinon, il décollera jamais, quoi, ce marché. — Je suis entièrement ligné. Mais j'allais y arriver, justement.
17:43Le fait, c'est que le mécanisme, en fait, est vertueux par nature. Il y a eu beaucoup de fraudes, beaucoup de scandales par le passé, notamment parce qu'il y avait
17:48des problèmes sur la qualité des crédits carbone et l'utilisation qui en a été faite. Ce qui se passe à l'heure actuelle, c'est qu'il y a énormément
17:52de régulations qui se mettent en place au niveau français, au niveau européen, au niveau international pour lutter contre cela et justement limiter
17:59les risques de greenwashing. Je pense que le monde dans lequel, effectivement, les gens achetaient des crédits carbone à 50 centimes – c'était le prix d'un crédit carbone
18:05et encore des crédits carbone à 50 centimes – sans en fait vérifier leur qualité, on va en sortir peu à peu, dans quelques mois, dans quelques années.
18:12Et on va aller effectivement vers un marché du carbone qui sera plus réglementé avec plus de qualité. Et c'est un truc qui est essentiel parce que
18:17dans les faits, c'est un mécanisme qui est essentiel pour financer la transition environnementale.
18:21– Oui, mais alors à quel point, vous avez commencé à l'évoquer, mais à quel point on a tiré les leçons des scandales précédents ?
18:27Les décisions prises à la COP 29 à Bakou, en Azerbaïdjan, qu'est-ce que ça change fondamentalement ? Vous nous dites, ce sont les États
18:38qui vont les réguler d'une façon beaucoup plus précise, c'est l'ONU, les Nations unies.
18:44– Alors vous avez différents mécanismes. Vous avez, c'est les mécanismes dits de l'article 6, parce que c'est l'article 6 de l'accord de Paris.
18:50– D'accord.
18:51– Donc vous avez un mécanisme qui permet à un État d'acheter des crédits carbone à un autre État.
18:58La Suisse est une pionnière parce que la Suisse ne parvient pas à remplir ses objectifs carbone.
19:04Donc elle va racheter des autorisations d'émission au Sénégal, au Ghana, au Pérou, etc.
19:11Elle a été suivie depuis par le Japon, la Corée du Sud, Singapour, la Norvège, les Émirats arabes unis.
19:18L'Europe, c'est probable qu'elle suive également. Vous avez, donc il y a ces types de marchés.
19:24– Donc entre États.
19:25– Entre États. Il y a un type de marché qu'on appelle l'article 6-4, l'article 6 aliénéa 4 suivant,
19:33dans lequel tout acteur peut échanger des crédits et ces crédits sont vérifiés, enfin ils sont contrôlés par les Nations unies.
19:47Mais ça, c'est un mécanisme qui est encore en voie de définition.
19:50Il y avait une réunion il y a quelques semaines au Bhoutan, un peu originale, pourquoi le Bhoutan ?
19:54– Mais pourquoi pas ?
19:55– Et donc le processus est encore mis en place.
19:58En parallèle, sur les marchés volontaires, vous avez énormément de méthodologies, de vérifications qui ont été mises en place.
20:07Moi, personnellement, il y a quelque chose qui, je trouve, manque dans tous ces processus.
20:14C'est qu'il faudrait réussir à faire en sorte que ces processus, ces mécanismes de marché du carbone
20:21soient totalement intégrés dans les politiques nationales de l'État,
20:24comme on a pu le faire dans les quotas d'émission pour l'Union européenne, par exemple.
20:28C'est-à-dire que le marché du carbone ne vient pas comme sauveur et comme outil unique,
20:35mais vient soutenir des politiques déjà en place et vient les accélérer.
20:38C'est ce qui, à mon avis, est essentiel.
20:40– Ludovic Chateau, est-ce qu'on peut prendre des exemples d'activités
20:45qui permettent d'émettre, de valoriser des crédits carbone aujourd'hui ?
20:49– Oui, tout à fait. Les types de projets qui vont émettre des crédits carbone,
20:51il y en a un grand nombre, il y a des projets de reforestation, d'agriculture régénératrice,
20:55mais également des technologies qui permettent d'éliminer ou d'éviter du CO2.
20:58Par exemple, des procédés de reconditionnement de matérie électronique.
21:01On a une technologie aussi qui s'appelle du biochar, par exemple.
21:03Donc du biochar, c'est le fait de faire chauffer à haute température, sans oxygène, de la biomasse.
21:08Et on va obtenir un matériau qui s'appelle du biochar, qui ressemble un peu à du charbon,
21:12mais qui, en fait, stocke le carbone qui était dans la biomasse qui a été chauffée.
21:16En fait, ce biochar a des vertus très fortes sur les sols, par exemple.
21:20On peut l'utiliser en agriculture, ça a des vertus aussi sur l'eau, et ça va stocker du carbone.
21:24Il y a des recherches récentes qui ont montré que ça pouvait stocker le carbone pour plusieurs millénaires, en fait.
21:28Donc ces technologies-là sont des choses qu'il faut absolument qu'on passe à l'échelle,
21:32qui ont un énorme potentiel d'élimination de CO2.
21:34Il va falloir qu'on élimine entre 6 et 10 gigatonnes de CO2 par an d'ici 2050.
21:39C'est plus que la production annuelle de pétrole à l'heure actuelle.
21:42Les enjeux sont colossaux.
21:44Et donc, il y a un grand nombre de technologies qui se développent.
21:46Et c'est important de les financer via le crédit carbone,
21:48parce que c'est souvent le moyen de rémunération le plus efficace pour le business model de ces projets.
21:52Et notamment, on va terminer là-dessus, pour le secteur agricole,
21:56il y a quand même des questions majeures de rémunération des agriculteurs aujourd'hui en France,
22:02pas seulement en France, mais ça peut être un levier de transformation environnementale du secteur ?
22:07Oui, tout à fait.
22:08Il y a des projets d'agriculture régénératrice, par exemple,
22:11qui vont émettre des crédits carbone pour permettre de rémunérer les porteurs de projets,
22:15donc les agriculteurs qui vont s'engager dans ces pratiques-là.
22:19Il y a le label bas carbone, notamment, qui est développé par le gouvernement français,
22:22qui certifie des projets d'agriculture.
22:25Et c'est un levier essentiel, effectivement, de la transition agricole,
22:28de la transition environnementale du monde agricole,
22:30qui est effectivement un gros enjeu, notamment en France,
22:32compte tenu des émissions de CO2 qui viennent de ce secteur-là.
22:34Merci beaucoup. Merci à tous les deux et à bientôt sur BeSmart for Change.
22:38On passe tout de suite à notre rubrique Startup.
22:46Smart Ideas, notre rubrique consacrée aux innovations, consacrée aux startups,
22:50avec Sarah Auréal. Bonjour.
22:51Bonjour.
22:52Bienvenue. Vous êtes la cofondatrice de La Rêverie,
22:55fondée l'an dernier, en 2024, avec votre sœur.
22:58Cyrine, quelle idée, c'était quoi le point de départ, le déclic ?
23:03Alors, en fait, je travaillais dans des grands groupes de l'industrie cosmétique
23:07et autour de moi, j'avais énormément de proches qui attendaient leur premier enfant
23:11et qui se posaient énormément de questions sur qu'est-ce qui était proposé
23:15dans l'industrie, donc c'est-à-dire en pharmacie.
23:18Ils se posaient beaucoup de questions.
23:20Et donc, du coup, je me suis intéressée d'un peu plus près aux formules cosmétiques.
23:23Et avec ma sœur, on a toujours voulu entreprendre et on a voulu créer
23:28un produit cosmétique parfait pour aider les mamans et les bébés à prendre soin d'eux.
23:33Et donc, ça veut dire que vous avez créé quoi, une huile de massage ? C'est quel produit ?
23:38Alors oui, en fait, notre premier produit pour lequel on a fait du développement,
23:41c'est une huile de massage pour bébés et femmes enceintes,
23:44dans lequel on a voulu vraiment valoriser l'agriculture française.
23:47Donc ce qu'il faut savoir, c'est que ce produit contient plus de 98% d'ingrédients
23:52qui sont cultivés en France par des agriculteurs certifiés bio.
23:55Et en fait, on a voulu encore aller plus loin en incorporant dans notre formule
23:59un actif qui est les algues de brume de Wakame, qui sont cultivées sur les côtes bretonnes
24:06et qui sont issues de l'agriculture régénératrice de l'environnement.
24:09C'est-à-dire que quand on les cultive, elles favorisent la biodiversité marine
24:14par différents mécanismes et on a choisi cet actif,
24:19surtout parce qu'il apporte du bien-être à la peau des bébés et des femmes enceintes,
24:22puisqu'il permet d'apporter de la soupresse, de l'hydratation et du confort à la peau.
24:27Alors justement, comment ? Donc il y a le point de départ, on veut créer un produit cosmétique,
24:33on veut que ce soit des produits bio, on veut que ce soit... Enfin, français, bon,
24:37les filières, elles existent, les produits existent, est-ce que ça a été si simple
24:40entre l'idée et la réalisation ?
24:42Alors non, ça n'a pas été si simple, parce qu'on voulait vraiment avoir une charte
24:47et un cahier des charges vraiment très strict, et donc vraiment trouver ces ingrédients.
24:52Ça n'a pas été si facile que ça, on s'est fait accompagner par un partenaire dans le sud de la France
24:57qui nous a aidé à rencontrer les différents acteurs de la filière
25:00et nous permettre de sourcer différents ingrédients,
25:03tels que par exemple aussi l'huile de prune, qui aussi vient de France,
25:08et l'huile de tournesol, et aussi, on est très fiers aussi du Calandula d'Auvergne-Rhône-Alpes.
25:13D'accord, et donc tout ça était déjà produit en France,
25:17c'est un seul produit, il y a une gamme de produits ou des projets de gamme de produits ?
25:21Alors pour l'instant on n'a qu'un seul produit, puisque du coup on l'a développé sur nos fonds propres,
25:26mais l'idée c'est vraiment de développer une gamme et un rituel de soins pour le bébé et la femme enceinte,
25:31avec toujours cette idée de transparence et des meilleurs ingrédients possibles et imaginables.
25:36Ça veut dire une liste de produits qui n'est pas interminable, c'est ça, quand on regarde l'emballage ?
25:41Oui c'est vrai, c'est vrai qu'on a essayé d'avoir que l'essentiel pour le bien-être et l'apport pour le bien-être pour la peau.
25:50C'est quoi le mode de distribution ? On les trouve où vos produits ?
25:52Alors pour l'instant on est uniquement distribués en ligne,
25:56et on a envie aussi de faire connaître nos produits au plus grand nombre en étant distribués localement chez différents distributeurs,
26:03c'est en cours de développement.
26:05C'est quoi vos perspectives de développement ? C'est une toute jeune entreprise, si vous allez, on se projette, vous vous voyez à 5 ans, vous dites quoi ?
26:12Bonne question !
26:14C'est quoi le rêve ? Le rêve de la rêverie ?
26:17D'être dans toutes les salles de bain, toutes les maisons, et vraiment d'apporter du bien-être et du confort aux familles françaises,
26:24et pourquoi pas à l'international aussi.
26:26Effectivement, voyons loin.
26:28Qu'est-ce qu'elle a de particulier, votre huile de massage, par rapport à celle que vous ne trouviez pas en quelque sorte, ou que vous trouviez auparavant sur le marché ?
26:37Alors tout d'abord, c'est l'huile qui contient autant d'ingrédients qui sont cultivés en France, puisqu'elle contient 98%.
26:48Oui, mais ça vous nous l'avez dit, mais en quoi ça va me faire du bien ?
26:51Alors en fait, on a choisi que des ingrédients qui apportent du bien-être à la peau.
26:55L'huile de calendula, ça permet d'apaiser la peau des bébés et les rougeurs.
26:59L'huile de prune, ça permet de nourrir en profondeur, et aussi, on a vraiment voulu commencer par un produit bien-être,
27:09parce qu'en fait, ce qu'il faut savoir, c'est que le rituel de massage, ça permet de déclencher différentes hormones de bien-être,
27:15notamment l'oxytocine chez le bébé, qui est vraiment l'hormone d'attachement, et aussi d'aider au sommeil de l'enfant.
27:21Merci beaucoup Sarah Auréal, bon vent aux produits de La Rêverie.
27:25Voilà, c'est la fin de ce Smart Impact. Merci à Marie Bia, Alexis Mathieu à la programmation et à la production,
27:32Xavier Sanchez le réalisateur, Thibaut Goury la fond, l'ingénieur du son. Belle journée, salut !