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Le monde de la nuit, désormais complètement investi par le capitalisme et régulièrement confronté à des approches répressives, peut-il encore être un espace d’expression politique ? On en discute avec l'activiste et DJ Mathilde Caillard (MC danse pour le climat), Laure Togola, programmatrice de la Boule Noire et membre des collectifs Au-delà du club et Réinventer la nuit, et Florian Bardou, journaliste à Libération.

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00:00:00On va tenter en quelque sorte de prolonger le week-end, de se mettre en ambiance fête
00:00:04avec mes invités, même si nos discussions vont être sérieuses évidemment, puisqu'on
00:00:08va interroger les dimensions politiques de la fête avec mes divers invités.
00:00:13Cet invité, elle considère que les espaces de Radio France, de France Inter, sont des
00:00:18espaces de dancefloor.
00:00:19Vous l'avez peut-être vu la semaine dernière investir l'émission La Terre au Carré.
00:00:30MC, tu es activiste sur les réseaux sociaux et militante dans la vraie vie, notamment
00:00:37dans les manifestations, puisque l'un de tes slogans avec le collectif Planète Boum Boum
00:00:42c'est de revendiquer qu'il faut de la teuf dans les manifs et de la manif dans les teufs.
00:00:47Donc tu as évidemment toute ta place aujourd'hui pour poser cette question si la fête doit
00:00:51être politique.
00:00:52Nous avons également avec nous un journaliste qui connaît bien les boîtes de nuit.
00:00:56Il les connaît tellement bien qu'il a maintenant consacré un dossier il y a quelques semaines
00:01:01dans Libération, entre autres, à propos de l'état de santé de la nuit parisienne.
00:01:07Florian, merci d'être avec nous.
00:01:09Et un recueil de poèmes aussi.
00:01:10Et un recueil de poèmes, c'est vrai.
00:01:12Tu travailles au service mode de vie de Libération.
00:01:14Et puis avec nous également à tes côtés, Lord Togola, qui connaît également très
00:01:19bien le monde de la nuit parisienne, entre autres, car tu es programmatrice de la salle
00:01:23de concert de la Boule Noire, tu es également membre du collectif Réinventer la Nuit et,
00:01:28au-delà du club, on aura l'occasion d'en parler, parce que ces collectifs aussi militent
00:01:32ou en tout cas revendiquent des aspirations politiques dans le monde de la nuit, notamment
00:01:36pour le rendre plus inclusif.
00:01:37Et alors d'abord, pour commencer un petit peu ces échanges, j'aimerais avoir votre
00:01:41définition finalement de la fête ou plutôt des fêtes, parce que c'est quand même un
00:01:46aspect important quand on parle de la fête est-elle politique, ça sous-entendrait qu'il
00:01:50y a un type de fête, alors qu'on peut quand même aussi s'interroger sur les points communs
00:01:56que peuvent avoir une fête, une rêve partie dans un hangar désaffecté et une fête dans
00:02:00une grosse boîte parisienne à 30 euros l'entrée.
00:02:02Et donc j'aimerais déjà savoir ce que vous vous en pensez.
00:02:06Peut-être Florian, pour commencer, est-ce que pour toi, il y a une fête, des fêtes
00:02:11et quelles distinctions on peut en faire ?
00:02:12Je pense qu'effectivement, c'est un préalable à la discussion si on parle de la dimension
00:02:19politique de la fête, c'est de définir de quelles fêtes on parle.
00:02:22Déjà, on peut s'arrêter à la fête telle qu'elle se fait depuis 50 ans et pas trop
00:02:30avant.
00:02:31Et puis ensuite, effectivement, distinguer ce qui relèverait d'une fête commerciale
00:02:38ou la fête aussi comme une marchandise tout simplement, des fêtes populaires, questionner
00:02:44ce qui peut être politique dans certaines formes de fêtes, telles que le carnaval,
00:02:49par exemple.
00:02:50Et puis, les fêtes électroniques telles qu'elles ont émergé aussi depuis la fin
00:02:56des années 80, début 90, avec le mouvement rave aux Etats-Unis, aux Royaumes-Unis et
00:03:03un peu ailleurs en Europe aussi, en Belgique notamment, et puis en France par la suite.
00:03:11Et à partir de là, regarder un petit peu tout ce qui s'est passé aussi avec l'émergence
00:03:20de la fête.
00:03:21La fête aussi émerge dans des communautés marginalisées, notamment différentes communautés
00:03:26gays, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, comme espaces refuges, espaces subversifs
00:03:35pour d'autres.
00:03:36Et donc, à partir de là, considérer que la fête dont on va parler ici, c'est une
00:03:46partie seulement de ce qu'on va appeler la fête.
00:03:49Elle est plutôt alternative ou underground, c'est l'adjectif qu'on veut.
00:03:56Elle se réinvente et se renouvelle, ou pas forcément.
00:04:00Elle porte des messages, elle porte des discours, elle est espace de liberté, échappatoire,
00:04:09mais on peut aussi questionner le fait que l'échappatoire est-il tout le temps politique ?
00:04:13Je salue d'ailleurs également dans le tchat des gens qui nous suivent de Toulouse, de
00:04:22Bruxelles, de Paris.
00:04:23Vous pouvez nous indiquer dans le tchat comment se portent vos villes en termes de fêtes,
00:04:28avec déjà une question brûlante dans le tchat.
00:04:30Les férias, c'est de gauche ou de droite ? On aura l'occasion d'y répondre.
00:04:35Mais avant ça, j'aimerais bien connaître la définition de l'or, de la fête, des fêtes.
00:04:40Comment est-ce que toi, tu en parlerais finalement comme ça ?
00:04:42Je pense qu'on peut forcément partir de l'espace nocturne, en parler de l'espace nocturne,
00:04:49même si aujourd'hui les fêtes dépassent complètement la période de la nuit seulement.
00:04:53Il y a quand même quelque chose qui est très associé à la nuit et à ce qui se passe
00:04:58hors du moment du travail, hors de nos périodes d'activités un peu normalisées au sein
00:05:05d'une société du jour, capitaliste, etc.
00:05:08Et donc il y a ce qui va être un tiers moment entre l'espace intime, l'espace de travail
00:05:15et ce qui reste comme espace disposé pour se sociabiliser, rencontrer de nouvelles personnes,
00:05:22accéder à nos loisirs aussi, parce qu'il y a vraiment un fort lien avec la musique
00:05:25dans la fête.
00:05:26Je dirais que moi, dans mes différentes pratiques, dans mes différentes casquettes que tu as
00:05:31mentionnées au début, il y a cette idée qu'en fait la démarche de faire la fête,
00:05:35c'est une démarche en soi, qui ensuite peut prendre racine dans tous ces espaces que Florian
00:05:40a décrits avant, qu'ils soient commerciaux, plus underground, plus familiaux, plus des
00:05:44fêtes de village ou des carnavals, mais que c'est cette démarche qui nous intéresse
00:05:50dans nos pratiques de recherche, notamment avec Au-delà du club, la démarche d'aller
00:05:53vouloir se retrouver avec de la musique, pouvoir danser et pouvoir accéder à un tiers
00:05:59moment où on peut créer des liens qui n'ont rien à voir avec notre parcours social, on
00:06:04va dire, un petit peu capitaliste.
00:06:07Est-ce que, parce que moi aussi, au départ, quand je posais la question, je me demandais
00:06:12s'il y avait des points communs entre une rave party, par exemple, et une fête dans
00:06:16une boîte de nuit un peu plus encadrée.
00:06:18Mais est-ce qu'on peut considérer aussi que la fête, elle peut se déclencher partout
00:06:22et à tout moment, même si...
00:06:25Oui, complètement.
00:06:26Pour moi, en fait, quand on parle de la fête, pour moi, l'élément un peu liant, c'est
00:06:30vraiment la dimension collective.
00:06:32Et en fait, on fait quand même souvent la fête ensemble, on peut la faire tout seul,
00:06:35pourquoi pas, mais c'est quand même sympa quand on est plusieurs.
00:06:38Et donc, c'est vraiment cette dimension collective et c'est ça qui la raccroche, pour
00:06:41moi, aux politiques, parce que le politique, c'est rien d'autre que comment on décide
00:06:44collectivement de s'organiser ensemble, comment on fait société, comment on décide de
00:06:48s'organiser. Et donc, en ça, la fête, qui, elle aussi, permet de recréer des liens
00:06:53sociaux, eh bien, ça nous raccroche à la politique par ce biais-là, quoi.
00:06:57Et donc, oui, on peut faire la fête un peu partout.
00:06:58Il y a plein de manières de faire la fête.
00:07:00On parle beaucoup de fête nocturne parce que c'est ce qui vient en premier à l'esprit,
00:07:03mais on peut aussi imaginer des fêtes d'après-midi, des fêtes du matin et puis aussi
00:07:08de vivre la vie comme une fête, qui est aussi un espace où on ne se résigne pas.
00:07:12Et on aura peut-être l'occasion de creuser ça.
00:07:14Et donc, je le disais au départ aussi, quand je te présentais, Mathilde, que toi, tu
00:07:19revendiquais aussi cet aspect de mettre de la politique dans les fêtes, notamment dans
00:07:24les manifestations, par exemple, c'est comme ça que tu t'es fait connaître sur les
00:07:28réseaux sociaux. Pourquoi est-ce que c'est important, justement, pour toi de pouvoir
00:07:31mettre de la dimension politique et de revendiquer des messages à travers comme ça
00:07:36des espaces festifs et en tout cas d'allier le côté festif, musique et message politique?
00:07:40Oui, là, du coup, je vais parler avec ma casquette d'activiste.
00:07:43En fait, moi, je suis active dans des mouvements sociaux, notamment écologistes et féministes,
00:07:49depuis 2018-2019.
00:07:50Et il y a vraiment des questions lancinantes que l'on porte en tant que militant, militante,
00:07:55c'est de se dire comment on arrive à élargir le cercle de personnes déjà convaincues
00:08:00et de toucher des nouvelles personnes.
00:08:01Et comment aussi on propose à des gens des portes d'entrée dans l'action, qui soient
00:08:07peut-être qui ne fassent pas peur au départ ou qui soient entraînantes, qui créent du
00:08:11désir aussi chez les gens.
00:08:12Parce qu'en face de nous, on a aussi des industries très polluantes ou nocives, qui
00:08:18ont vraiment des moyens de convaincre les personnes de continuer à détruire le monde.
00:08:22Et donc, comment nous aussi, on va recréer du désir dans nos espaces militants.
00:08:25Et une des manières de le faire, c'est justement d'utiliser l'art, la culture,
00:08:29mais aussi la culture de la fête, parce que c'est des endroits qui rassemblent, qui
00:08:32donnent envie, qui créent du désir, qui montrent aussi comment on veut habiter le
00:08:35monde et qui donnent envie aux gens de nous rejoindre.
00:08:39Et notamment, en utilisant pendant les manifs contre la réforme des retraites, la culture
00:08:43techno.
00:08:44On pourrait se dire mais what the fuck, ça n'a aucun lien quoi.
00:08:46Et en fait, ça nous a permis de venir convaincre des personnes de nous rejoindre dans la rue.
00:08:51Et une fois dans la rue, devant le char, même si ça ressemblait au départ peut-être qu'ils
00:08:55étaient venus uniquement pour danser, et bien en fait, ils sont exposés à un discours
00:08:58politique parce qu'ils tournent la tête, ils voient des pancartes partout.
00:09:01Il ne faut pas que je tourne la tête parce que sinon on n'entendra plus au micro.
00:09:03Imaginez que je tourne la tête comme ça.
00:09:05Donc ils tournent la tête, ils voient des discours politiques, et puis aussi sur le
00:09:08char, il y a de la musique, il y a de la danse, il y a des slogans.
00:09:11Et en fait, à un moment, bim, il y a un syndicaliste qui se ramène et qui va expliquer pourquoi
00:09:15on est là aujourd'hui.
00:09:16Donc les gens sont pris en otage dans notre cortège et ils sont exposés à un discours
00:09:18politique et ils le font en fête.
00:09:20Et ils se rendent compte que la manif, ça peut aussi être ça et c'est comme on a envie
00:09:23qu'elle soit.
00:09:24Après, si on reprend par exemple aussi l'histoire des Pride, c'est-à-dire qu'au départ, les
00:09:31militants gays, trans, essaient de s'intégrer dans les années 70 en France, en tout cas
00:09:38dans les cortèges syndicaux du 1er mai, et revendiquent une forme de folie, d'exubérance,
00:09:42etc., qui est rejetée à l'époque par la CGT notamment, etc.
00:09:47Et ensuite, je le fais en raccourci, mais la lutte se fait par une manifestation très
00:09:55classique à partir des années 80, qu'on n'appelle pas marge de fierté à l'époque,
00:10:00et c'est à partir des années 90 qu'on a vraiment une dimension avec des camions,
00:10:04des chars qui arrivent dans les défilés, notamment au moment où la crise du sida est
00:10:10aussi extrêmement forte, et c'est notamment autour des chars d'Act Up aussi, donc collectif
00:10:18d'activistes anti-sida extrêmement importants à l'époque, qui revendiquent une action
00:10:24très radicale avec des actions qui créent des images médiatiques très fortes.
00:10:30Il faut savoir qu'à ce moment-là, la fête est aussi, pour des gens qui meurent, un moyen,
00:10:36un refuge, un moyen d'oublier à très court terme ce qui est en train de se passer collectivement,
00:10:42et donc aussi une façon de survivre et d'exister.
00:10:46Le slogan d'Act Up, c'est danser égale vie sur les t-shirts, et donc là, on a une
00:10:53jonction entre ce qu'est la fête comme instrument, outil de résistance et de survie,
00:10:59et l'action politique de manifester.
00:11:02Après, il y a toutes les critiques qui ont émergé ensuite, liées à la question d'une
00:11:09marche des fiertés qui serait commerciale du fait de l'omniprésence de la fête par
00:11:14rapport au discours politique qui s'y exprime.
00:11:18Mais ce débat, il existe, il n'a pas été tranché, etc.
00:11:25Mais il est intéressant, et je trouve que l'affiliation aussi dans ce défilé politique-là,
00:11:32elle est intéressante pour questionner la fête est-elle politique, en fait, oui, ou
00:11:37la façon dont on l'utilise, en tout cas, dit qu'elle l'est ou pas.
00:11:42Mais après, c'est vrai que même si on remonte encore un petit peu plus tôt, le
00:11:47berceau des musiques électroniques était déjà des espaces relativement politisés
00:11:51parce que des espaces appartenant et créé par des minorités et des personnes minorisées
00:11:56aux Etats-Unis, noirs, latinas et latinos, précarisés pour la plupart, qui ont bâti
00:12:05cette culture électronique à partir d'espaces de soins communautaires et d'espaces qui
00:12:11étaient les deux faces d'une même pièce, qui était la violence subie et la lutte de
00:12:16terrain pour ses droits, et les espaces où on pouvait se rejoindre et partager ensemble,
00:12:23danser, créer de la fin musicalement et s'exprimer.
00:12:26Donc, je pense que oui, déjà la culture électronique et les discothèques sont nés
00:12:32dans un espace qui était sensiblement politique.
00:12:36Les dimensions politiques aussi sur lesquelles tu travailles, toi aussi Laure, c'est justement
00:12:41de rendre les milieux festifs plus inclusifs et plus festifs.
00:12:44Qu'est-ce qui a déclenché, toi, cet engagement et cette volonté de travailler sur ces aspects-là
00:12:49plutôt du milieu festif ?
00:12:50C'est une bonne question, ça fait très longtemps que je travaille dessus, j'ai commencé
00:12:55à travailler dessus quand j'étais, enfin lors de mes études déjà, à Bordeaux, parce
00:13:01que c'était une époque entre 2010 et 2015 où les espaces de fête fermaient à Bordeaux
00:13:09à la chaîne, et il y avait cette volonté politique municipale de se faire cesser les
00:13:17nuisances sonores à la nuit, rendre Bordeaux beaucoup plus bourgeoise, parce qu'on voit
00:13:23son visage aujourd'hui, c'est devenu une ville qui est très bourgeoise, qui est très
00:13:28blanche et qui est très clean d'un point de vue politique de droite, et j'étais en
00:13:34plein dans mes études pendant ce moment-là, et donc j'ai décidé de faire mon mémoire
00:13:37de master sur la vie nocturne, avec le cas spécifique de Bordeaux, et de comprendre qu'est-ce
00:13:46que la vie nocturne permettait en termes de rencontres sociales et artistiques.
00:13:49J'ai été à la rencontre de plein d'acteurs et plein d'actrices, et réaliser vraiment
00:13:54deux terrains, sur tout ce que j'ai construit depuis, c'était il y a dix ans, mais je n'étais
00:14:00pas encore dans une compréhension de toute cette histoire, mais j'étais juste dans un constat,
00:14:02en fait ces espaces nocturnes, parce que j'adorais faire la fête déjà, permettent des rencontres et
00:14:07des espaces de création qui sont uniques, qu'on ne retrouve pas ailleurs, et donc c'était un peu
00:14:11questionner quels sont ces espaces, qu'est-ce que ça permet la nuit, que ne permettrait pas
00:14:15d'autres espaces culturels par exemple, donc les clubs, les bars, etc. Et ce que j'ai trouvé,
00:14:21c'est à la fois en termes de mixité sociale, quelque chose de très spécial, qui est rarement
00:14:26possible ailleurs, parce que c'est un endroit, enfin des rares endroits, les bars par exemple,
00:14:30pour être très pragmatique, de mixité sociale dans une ville comme Bordeaux, où il n'y a pas
00:14:35énormément de bars non plus, et de clubs, où se rencontrent des gens qui dans la journée ne se
00:14:40rencontreraient jamais, etc. Et cet espace aussi de liberté, parce que on sort des normes que
00:14:45nous impose la journée, donc on peut tous et toutes être un peu plus hors de son parcours
00:14:50classique, de se redéfinir, de se trouver une identité à soi qui ne ressemble pas forcément
00:14:55à celle à laquelle on est contraint ou contrainte le reste du temps. Et enfin au niveau artistique et
00:15:03culturel, donc c'est là où j'ai commencé à connaître les cultures électroniques, et c'est
00:15:07qu'en fait il y a des espaces de création spécifiques pour des gens qui n'auraient pas
00:15:11trouvé soit cet espace-là, soit des scènes qui les accueillent ailleurs, etc. Donc après quand j'ai
00:15:18commencé à travailler dans le monde culturel, c'est resté quelque chose d'assez important pour
00:15:22moi. Et quand je suis arrivée à Paris, c'était la naissance du Conseil de la Nuit. Et donc le
00:15:29premier job que j'ai trouvé, qui était un mi-temps et tout, mais c'était pour le Conseil de la Nuit,
00:15:33enfin la mairie de Paris, sur tout ce qui est pacifier les liens entre bar, espaces nocturnes
00:15:38et riverains, ce qui était un gros enjeu qui n'est pas réglé. Mais on faisait de la médiation en
00:15:45one-to-one, c'était vraiment entre un bar et un riverain ou une riveraine par exemple. C'est
00:15:50souvent les mêmes. Mais c'était intéressant de rentrer par là en fait dans la vie nocturne parisienne.
00:15:54Et voilà, de plus je travaille dans la musique, donc c'est des sujets qui me touchent au quotidien.
00:15:58Moi j'ai envie aussi de rebondir là quand tu parles de la possibilité, grâce au fait de sortir
00:16:04un peu des normes imposées, ça me fait penser à quelque chose que je trouvais très intéressant dans
00:16:07le livre d'Arnaud Hidlon que je mentionnais en début de discussion. Il explique que voilà,
00:16:11les fêtes elles sont parfois aussi des endroits de liberté factice, où en fait on nous fait croire
00:16:16qu'on est dans un espace de liberté, mais qu'en fait tout est organisé pour qu'on ait des comportements
00:16:20très normés. Qu'est ce que vous en pensez vous de ça par exemple M.C.?
00:16:24Je vais prendre la voix d'Arnaud Hidlon pour le remplacer aujourd'hui.
00:16:30Il y a une perruque juste en dessous.
00:16:34C'est le truc que je touche depuis tout à l'heure.
00:16:39Tu peux répéter ta question parce que du coup j'ai fait des blagues.
00:16:41Sur le côté liberté factice parfois des fêtes et notamment des espaces qui sont, c'est vrai un peu
00:16:47brandé comme des grandes espèces de fêtes libres mais qui en fait sont très bien organisées
00:16:51pour qu'on reste dans des normes très précises, très cadrées.
00:16:56Complètement, je pense qu'il y a aussi un besoin du système capitaliste de sans cesse s'approprier
00:17:01justement les critiques qui lui sont faites pour les absorber et en faire des nouveaux outils
00:17:06cette fois-ci déversés dans l'économie marchande et pour capitaliser dessus et produire de l'argent
00:17:12comme ce que le système capitaliste fait régulièrement, même tout le temps.
00:17:17C'est son mode d'existence et du coup le milieu de la fête ne fait pas exception.
00:17:23Et d'ailleurs pour parler d'un sujet d'actualité un peu chaude,
00:17:29il y a cette proposition de loi qui me semble a été déjà adoptée au Sénat
00:17:34et qui devrait arriver à l'Assemblée ou en tout cas, enfin bref, qui est quelque part dans le parcours législatif
00:17:40qui vise à interdire les rave parties.
00:17:43Elle a été juste déposée, je crois.
00:17:45Elle a été déposée, c'est ça.
00:17:47Par les députés horizon, c'est ça, c'est porté par la droite.
00:17:52Qui vise donc à interdire les rave parties.
00:17:56Et on voit bien en fait comment le système tente justement de vouloir constamment maîtriser,
00:18:02encadrer le milieu de la fête quand il est bien inscrit dans le système capitaliste
00:18:07et que, par exemple, c'est payant à l'entrée,
00:18:10c'est dans des clubs ou dans des espaces qui sont propres,
00:18:14qui respectent les normes en vigueur, etc.
00:18:17et qu'on va respecter tout un tas de choses.
00:18:20Et quand c'est des espaces de fête justement réellement libres
00:18:23qui veulent justement aller questionner, même parfois avec des dimensions politiques,
00:18:27aller questionner notre rapport à la fête, notre rapport au monde,
00:18:31qui portent en leur sein une critique beaucoup plus forte du système,
00:18:35et bien c'est des espaces qu'on va criminaliser, qu'on va interdire,
00:18:39qu'on va essayer d'empêcher.
00:18:42Ce qui est marrant, c'est que j'en parlais avec des chercheurs à la boule noire.
00:18:46On a fait une table ronde sur les musiques électroniques et leurs pouvoirs politiques, etc.
00:18:50Et il y avait un chercheur, Samuel Lamontagne,
00:18:52qui disait que ce qui était fort, c'est qu'en plus,
00:18:55dans ces espaces très aseptisés, en tout cas très institutionnalisés,
00:18:58il y a vraiment un fantasme de la fête underground,
00:19:02de la fête des raves,
00:19:04et de toutes les fêtes spontanées et hors cadre que tu as citées.
00:19:08Et donc on va prendre les normes,
00:19:11le décor, les codes de ces fêtes underground
00:19:15pour vendre un ticket à 30 euros
00:19:18à des personnes qui n'ont jamais vraiment réellement eu accès à ces espaces.
00:19:23Le lessivant de toute sa partie politique
00:19:28et de sa partie vraiment contestataire,
00:19:31où il y a des messages et des valeurs qui sont partagées,
00:19:34qui sont souvent celles de personnes minorisées.
00:19:36Donc c'est peut-être là où se passe la capitalisation des fêtes.
00:19:40Moi j'ajouterais une dimension,
00:19:42c'est que même si elle est peut-être plus permissive,
00:19:45la nuit ou les espaces de fête,
00:19:48la nuit ou la fête,
00:19:51ceci dit, elle est aussi le reflet de la société
00:19:55et des mécanismes de domination qui s'y exercent,
00:19:59et donc des potentielles discriminations qui peuvent exister,
00:20:03avec effectivement déjà un droit d'entrée à payer
00:20:07qui fait que la fête est restreinte en termes sociaux.
00:20:12Par ailleurs, je sais qu'encore ces dernières années,
00:20:16il y a eu des testings de SOS Racisme par exemple,
00:20:20dans des boîtes des Champs-Elysées,
00:20:22qui montraient que des personnes noires ne pouvaient pas y rentrer,
00:20:27avec derrière une discrimination raciste à l'entrée.
00:20:31Les espaces de fête, même dans des espaces underground,
00:20:34sont des espaces où il y a encore,
00:20:37malgré les tentatives de violences sexuelles et sexistes,
00:20:40en tout cas le combat qui a émergé ces dernières années
00:20:43pour tenter d'y mettre fin,
00:20:45d'autres types de discriminations.
00:20:47Quand on est queer, pédé, lesbienne,
00:20:50on ne va pas forcément dans les mêmes fêtes
00:20:52que dans les espaces de fête straight ou hétéro.
00:20:56La nuit est le reflet de ça,
00:20:58donc elle ne s'exprime pas à une liberté absolue.
00:21:03La liberté est toujours relationnelle,
00:21:06en regard de là où on va aller.
00:21:08Peut-être que les espaces les plus libres
00:21:11sont les espaces les moins normés,
00:21:15est-ce dans la fête queer, par exemple,
00:21:17qu'on retrouve le maximum de liberté ?
00:21:19Je ne sais pas, parce qu'il s'y reproduisent aussi
00:21:22d'autres types de violences et, de temps en temps,
00:21:24de discriminations.
00:21:25C'est vrai que l'initiative Réinventer la Nuit,
00:21:29dont tu as parlé en introduction,
00:21:31s'est construite dans l'idée de visibiliser les violences,
00:21:36les parcours et les violences
00:21:38subies par les personnes qui travaillent
00:21:40dans le milieu de la nuit,
00:21:41donc personnes minorisées.
00:21:44De base, ça a été surtout partagé et signé par des DJ,
00:21:48des DJ femmes et minorités de genre,
00:21:51et qui nous a montré à toutes,
00:21:54les initiatives étaient portées par des DJ
00:21:57qui critiquaient leurs conditions de travail
00:21:59dans des espaces, dans des clubs,
00:22:00dans lesquels elles étaient mal accueillies,
00:22:02dans lesquels elles subissaient des violences
00:22:05tout au long de leur nuit de travail,
00:22:08de l'arrivée au départ des clubs, etc.
00:22:11Ensuite, ça a été signé,
00:22:12rejoint par énormément de DJ dans toute la France.
00:22:15Et enfin, on a monté des cercles de parole
00:22:18pour professionnels de l'écosystème festif,
00:22:21donc au-delà des artistes,
00:22:22aussi les professionnels.
00:22:23Et dans ces espaces-là,
00:22:24qui ont lieu tous les mois à Paris,
00:22:26qui sont en train de se diffuser sur le territoire,
00:22:28pour l'instant, c'est que parisiens,
00:22:29on entend beaucoup de personnes
00:22:31qui nous parlent notamment de leurs espaces,
00:22:34que ce soit queer,
00:22:35que ce soit des fêtes plus commerciales,
00:22:37des fêtes plus underground,
00:22:38et on se rend compte
00:22:39que les violences sexistes et sexuelles
00:22:41ont lieu dans tous ces espaces,
00:22:43et qu'aucun espace n'est safe aujourd'hui,
00:22:46et qu'il y a vraiment besoin de méthodologies
00:22:48et de règles plus strictes d'accueil et de travail
00:22:52dans ces espaces qui sont très particuliers,
00:22:54qui sont perçus comme des espaces de liberté accrue,
00:22:56des espaces de consommation aussi,
00:22:58de produits psychotropes, d'alcool, etc.
00:23:01Et dans lesquels, en fait,
00:23:02le travail pour ces personnes minorisées
00:23:06est encore plus dangereux
00:23:07que dans d'autres espaces, en fait,
00:23:09qui seraient plus normés,
00:23:10dans lesquels le code du travail
00:23:11serait plus facilement appliqué,
00:23:12dans lesquels les gens seraient moins désinhibés, etc.
00:23:15Donc c'est vrai qu'il y a un paradoxe
00:23:17à cette liberté apparente de la fête,
00:23:19c'est que donc on se donne beaucoup plus...
00:23:21Enfin, les personnes qui font la fête
00:23:23oublient aussi parfois des codes sociaux
00:23:25et qui norment nos relations,
00:23:28qui norment même nos attitudes, en fait,
00:23:32et qui peuvent donc devenir
00:23:33des espaces encore plus contraignants
00:23:34pour les personnes minorisées.
00:23:36Et pas d'inquiétude, dans le chat,
00:23:38je vois vos remarques, commentaires, questions,
00:23:40je les glisse un petit peu
00:23:42au fil de nos discussions,
00:23:43quand ça se rapproche de certaines de nos thématiques,
00:23:45parce que je vois qu'il y a des choses
00:23:46que mentionnent les gens dans le chat
00:23:48sur lesquelles je voudrais venir un peu plus tard.
00:23:50Donc voilà, pas d'inquiétude, évidemment,
00:23:52je vois passer toutes vos remarques.
00:23:54J'ai une question aussi là-dessus, Laure,
00:23:56et quand je vous entends parler
00:23:58de la question des violences sexistes et sexuelles
00:24:01dans le milieu de la nuit,
00:24:02la question qui me vient assez automatiquement,
00:24:04c'est sur le tournant qu'a pu être MeToo
00:24:07dans le monde de la nuit.
00:24:08Quelles ont été les conséquences,
00:24:10justement, de ce mouvement-là
00:24:11dans le milieu festif et dans le milieu de la nuit ?
00:24:14Il y en a eu énormément,
00:24:17je dirais donc du point de vue plutôt structurel.
00:24:22Donc des clubs, etc.,
00:24:24il y a eu énormément de fermetures en France
00:24:26parce qu'ils ont pris de plein fouet le...
00:24:30Pardon, je pensais à la période Covid
00:24:34qui, pour moi, est un autre moment très important.
00:24:37La période MeToo, ça a été plus pour le public.
00:24:40Ceci dit, je pense que ça a été une vague
00:24:44un peu qu'à transformer nos attitudes
00:24:46sur ce qu'on attendait des clubs,
00:24:48ce qu'on attendait des fêtes,
00:24:49ce qu'on allait accepter ou non,
00:24:51en fait, dans les espaces festifs.
00:24:53Et typiquement, nous, la collective Au-delà du Club,
00:24:56qui fait de la recherche
00:24:57et qui publie des livres et des revues
00:24:59autour de la transformation de la nuit,
00:25:01elle est née de cette période post-MeToo aussi,
00:25:04de se dire, en fait, on va prendre la parole
00:25:06sur ces espaces festifs qu'on chérit,
00:25:08mais qui sont des espaces de contraintes.
00:25:10Et le fait que MeToo mette en évidence
00:25:12que ce ne soit pas des trajectoires personnelles,
00:25:14mais que ce soit, en fait, structurel et systémique,
00:25:16ça a, je pense, donné de la force
00:25:18à des collectifs comme Au-delà du Club
00:25:20pour se dire, OK, on a une parole
00:25:22qui peut servir à plein de gens
00:25:24et qui, en tout cas, mériterait d'être entendue
00:25:26par les espaces festifs,
00:25:28les directeurs, les directrices des espaces festifs
00:25:30et la culture club française, en fait.
00:25:33Peut-être aussi une revendication
00:25:35qui existait par ailleurs paritaire
00:25:37aussi dans la programmation
00:25:40et qui n'est toujours pas advenue
00:25:43en fin de compte.
00:25:45Et je trouve que ça a pris peut-être,
00:25:47pour l'avoir suggéré un peu avant,
00:25:49ça a pris plus d'ampleur à partir de 2019
00:25:51et d'autant plus ces dernières années,
00:25:54notamment du fait des initiatives
00:25:56qu'il y a eu de collectifs,
00:25:58que ce soit Réventer la Nuit, Au-delà du Club,
00:26:00L'Assaut Consentisse, etc.
00:26:02En tout cas, il y a eu des prises de paroles,
00:26:04de tribunes,
00:26:06de DJ femmes
00:26:08ou d'autres minorités de genre
00:26:10qui s'expriment pour dire,
00:26:12on revendique notre place.
00:26:14Je ne sais pas si c'est simple,
00:26:16parce que, en fait,
00:26:18j'ai l'impression que chaque période
00:26:22amène du mouvement.
00:26:24Par exemple, Consentisse, clairement,
00:26:26c'est une assaut qui fait un travail énorme,
00:26:28qui s'est vraiment créée
00:26:30pour aller défendre
00:26:32et transformer aussi
00:26:34l'accueil des personnes dans les clubs.
00:26:36C'est un rapport fort au public,
00:26:38à la fois de la mentalité du public
00:26:40et à la fois l'accueil du public.
00:26:42Et vraiment que les gens se sentent plus safe
00:26:44en milieu festif par plein de formations,
00:26:46mais aussi de la prévention, de la communication, etc.
00:26:48Moi, qui suis programmatrice,
00:26:50j'ai l'impression que
00:26:52le regard sur le line-up
00:26:54et l'inclusivité des programmations,
00:26:56parfois, il y a beaucoup de personnes,
00:26:58des programmeurs, des directeurs
00:27:00d'espaces qui ne font pas le lien
00:27:02entre les VHSS et ce qu'il y a sur scène.
00:27:04C'est là où, parfois, on a l'impression,
00:27:06nous, en tant que militantes féministes,
00:27:08qu'il faut aller travailler sur chaque sujet séparément
00:27:10pour faire comprendre
00:27:12que tout est un continuum.
00:27:14Consentisse, sur les publics,
00:27:16énormément de travail.
00:27:18C'est monté il y a un an et demi.
00:27:20C'est vraiment sur les professionnels, notamment les DJs,
00:27:22et leur accueil, leur condition de travail.
00:27:24Nous, au-delà du club, on existe depuis
00:27:26trois ans et demi et on faisait de la recherche
00:27:28plutôt sur un aspect plus philosophique
00:27:30et sociologique, comment se transforment
00:27:32les clubs. Et en fait, il y a encore énormément
00:27:34les Catrinettes, il y a énormément d'associations partout
00:27:36en France qui font des travaux. Je cite
00:27:38celles que je connais le mieux.
00:27:40J'ai l'impression qu'à chaque fois qu'on se rend compte,
00:27:42par exemple, j'ai rencontré
00:27:44un collectif de barmaids à Nantes.
00:27:46Elles travaillent sur vraiment comment
00:27:48les personnes au bar vont être
00:27:50traitées
00:27:52et comment elles peuvent aussi se politiser pour être
00:27:54mieux prises en compte
00:27:56dans toutes ces politiques de VHSS.
00:27:58Mais j'ai l'impression que quand je rencontre des gens
00:28:00qui travaillent dans le secteur, et beaucoup d'hommes,
00:28:02parce que c'est grandement des hommes, ils ne font pas forcément
00:28:04le lien entre toutes les luttes.
00:28:06Et puis là, je parle de tout ce qui est minorité de genre,
00:28:08mais il y a aussi tous les autres sujets que tu as mentionnés.
00:28:10Et en fait, il faut encore passer
00:28:12un step de politisation pour
00:28:14comprendre que c'est un continuum, que c'est un système,
00:28:16que c'est intersectionnel, qu'en fait, pour
00:28:18transformer la fête, il va falloir s'adresser à tout.
00:28:20Enfin, sur tous
00:28:22ces sujets, il va falloir aborder
00:28:24tous ces terrains de lutte.
00:28:26Mais j'ai l'impression qu'on doit le faire un par un, pour que ce soit clair.
00:28:28Quel est ton regard, toi justement,
00:28:30MC là-dessus, en tant que militante féministe
00:28:32et aussi en tant que DJ ?
00:28:34Parce que du coup, depuis peu, tu es aussi programmée
00:28:36dans des soirées en tant que DJ.
00:28:38Quel regard tu portes là-dessus sur l'inclusivité
00:28:40et la parité aussi
00:28:42dans ces milieux-là ?
00:28:44C'est vrai que du coup, je
00:28:46en parle avec pas un énorme background
00:28:48parce que je commence
00:28:50donc je sais pas comment c'était avant.
00:28:52Mais j'ai l'impression
00:28:54que, en fait, je pense que ça dépend
00:28:56aussi vraiment beaucoup des lieux et des
00:28:58espaces où tu te produis,
00:29:00où tu travailles. Moi, ça s'est toujours bien
00:29:02passé, mais vraiment, mon exemple
00:29:04n'est pas un cas
00:29:06d'école. Aussi,
00:29:08je pense que le fait que j'ai une casquette militante
00:29:10et que j'ai aussi un peu de visibilité,
00:29:12potentiellement,
00:29:14on va faire attention de me traiter correctement
00:29:16parce qu'on sait que derrière, je peux faire un peu de bruit.
00:29:18Mais
00:29:20sauf que tout le monde doit être traité correctement.
00:29:22Mais on voit aussi, parce que quand
00:29:24vous parliez de la parité, par exemple,
00:29:26on voit dans des festivals
00:29:28même hyper populaires
00:29:30encore, là, qu'au niveau de la programmation,
00:29:32on a l'impression qu'il y a encore
00:29:34un énorme souci quand même.
00:29:36Tu penses aux ardentes ?
00:29:38On arrête, c'était...
00:29:40Bien sûr, tu es libre, tu te débrouilles avec eux ensuite.
00:29:46Vous avez l'impression
00:29:48qu'il y a encore un problème par rapport à ça ?
00:29:50Est-ce qu'on va quand même dans le bon sens ?
00:29:52Le chiffre, c'est 14%.
00:29:54Il y a 14% de
00:29:56femmes et minorités de genre sur les line-up
00:29:58des festivals de musique actuels en France.
00:30:00C'était un chiffre de 2019, je crois.
00:30:022023, je ne sais plus.
00:30:04Ça a dû changer un petit peu à la marge,
00:30:06on n'a pas dû dépasser les 20-25%.
00:30:10Il y a une espèce d'exception
00:30:12culturelle française qui s'applique
00:30:14aussi dans la musique et la musique électronique
00:30:16où on perçoit,
00:30:18on a l'impression que
00:30:20l'artistique n'est pas emprunt
00:30:22de tous ces sujets. L'artistique, en fait,
00:30:24c'est une bulle. On ne peut pas
00:30:26rendre paritaire la partie artistique
00:30:28sans faire des énormes sacrifices.
00:30:30Ce qui est complètement fou quand on voit
00:30:32le nombre de DJs
00:30:34de tout genre confondus en France.
00:30:36Je pense qu'il y a moyen de faire des line-up
00:30:38incroyables de toute musique confondue
00:30:40en prêtant attention
00:30:42à l'inclusivité,
00:30:44que ce soit de personnes handis,
00:30:46d'inviter des artistes handis, des personnes
00:30:48noires, des personnes racisées,
00:30:50des personnes qui ne sont pas tout le temps
00:30:52de la même
00:30:54provenance sociale.
00:30:56Il y a vraiment des sujets, je trouve,
00:30:58comme la programmation, qui ne sont pas encore
00:31:00confrontés réellement
00:31:02dans le milieu.
00:31:04Il y a un travail aussi volontariste.
00:31:06Il faut se dire que le champ
00:31:08de la diversité est mal représenté
00:31:10parce qu'il n'y a pas eu ce travail fait
00:31:12par la programmation depuis des années,
00:31:14d'aller chercher
00:31:16à faire des programmations inclusives.
00:31:18Évidemment que ça demande
00:31:20plus de travail, mais ce travail doit être fait.
00:31:22Il doit être entrepris d'aller
00:31:24essayer, y compris de s'adresser à des personnes
00:31:26qui sont potentiellement moins visibilisées.
00:31:28Ça veut dire plus travailler pour aller les chercher
00:31:30et pour les mettre en avant et proposer
00:31:32des programmations beaucoup plus inclusives.
00:31:34Ça demande plus de travail, mais en fait, on a envie
00:31:36d'un monde plus juste et ça demande du travail et on va le faire ensemble.
00:31:38En tout cas, cette question, je pense qu'elle est,
00:31:40pour mettre une petite nuance, elle est urgente pour des espaces
00:31:42de fêtes qui auraient une vocation
00:31:44très généraliste, etc. Mais on a aussi
00:31:46des espaces de fêtes en non-mixité.
00:31:48C'est-à-dire que ce soit des espaces de fêtes en non-mixité
00:31:50par exemple lesbiennes ou féministes, ou
00:31:52gays, où là, pour le coup, le fait qu'il y ait
00:31:54une progression plus masculine, même s'il y a une
00:31:56digifemme, est moins problématique que dans un
00:31:58espace de fêtes généraliste.
00:32:00Je trouve que c'est important qu'il y ait
00:32:02des espaces de fêtes où il n'y ait que des
00:32:04femmes programmées dans des espaces en non-mixité
00:32:06puisqu'ils ont besoin aussi
00:32:08de faire ensemble, d'être là,
00:32:10d'être... On l'a vu pour...
00:32:12Je ne sais pas s'il y avait plein de fêtes
00:32:14d'after
00:32:16manif pour le 8 mars par exemple.
00:32:18Il y avait une vocation aussi à avoir une
00:32:20programmation dans des lieux.
00:32:22De toute façon, s'il y a une vocation féministe, c'est à avoir
00:32:24100% de meufs
00:32:26programmés.
00:32:28Pour un moment, le 8 mars, c'est vrai,
00:32:30il y en a eu beaucoup, mais c'est vraiment
00:32:32un moment
00:32:34de l'année qui est utilisé comme la Saint-Valentin
00:32:36pour mettre
00:32:38l'accent sur ça, et ça ne te change absolument
00:32:40rien à la dynamique générale, et surtout
00:32:42comme tu l'as dit, il y a la question du partage
00:32:44des ressources, parce que
00:32:46la question c'est aussi d'être rémunéré,
00:32:48et nous on se rend compte, encore une fois, dans les cercles
00:32:50de paroles et d'écoutes qu'on organise
00:32:52mensuellement, qu'il y a en fait
00:32:54des convictions, on peut même
00:32:56complètement l'appeler comme ça, des
00:32:58personnes, femmes et
00:33:00minorités de genre, des espaces
00:33:02festifs au fur et à mesure
00:33:04de leur carrière, qui va très vite.
00:33:06Comme tu disais, tu as de la chance, tout s'est
00:33:08très bien passé pour toi pour le moment, et puis tu arrives avec
00:33:10une certaine visibilité, mais il y a vraiment
00:33:12aussi beaucoup de personnes qui vont mixer
00:33:14par exemple, si elles veulent être DJ,
00:33:16dans des espaces qui sont plus ou moins précaires au début,
00:33:18pour être payées en cash, ou pas payées,
00:33:20ou refusées d'être payées après coup,
00:33:22subir des violences tout au long de leur
00:33:24accueil, ça, un mois,
00:33:26deux mois, trois mois, au bout de
00:33:28une année de date où ça se passe mal,
00:33:30et où il y a des violences parfois
00:33:32encore plus graves qui ont lieu, il y a
00:33:34énormément d'artistes qui arrêtent, qui
00:33:36abandonnent le métier de DJ, et c'est de là d'où est
00:33:38partie l'initiative Réinventer la Nuit, parce que
00:33:40Paloma Colomb racontait
00:33:42les violences qu'elle avait subies lors d'une date, qui pourtant
00:33:44est une DJ reconnue, qui a aussi de la
00:33:46visibilité, de la violence, de la peur du public,
00:33:48qui a dit, là j'ai besoin d'arrêter, je ne peux plus
00:33:50travailler dans ces conditions-là, et donc en fait on se rend
00:33:52compte nous, au fur et à mesure de nos recherches, que
00:33:54le milieu éjecte
00:33:56énormément de personnes du
00:33:58circuit année après année, et que après 30 ans
00:34:00notamment pour
00:34:02ce qui est des professionnels, il y a un énorme départ
00:34:04des femmes, ça c'est
00:34:06un rapport du CNM
00:34:08de cette année, qui dit qu'à partir de 30 ans
00:34:10il y a une énorme éviction des femmes
00:34:12du milieu professionnel, et je voulais
00:34:14finir là-dessus, parce qu'en fait un des problèmes
00:34:16principaux de ce secteur pour la mixité
00:34:18c'est la direction, qui dirige ces lieux
00:34:20qui a le
00:34:22capital, et qui programme, parce que c'est
00:34:24des postes aussi de pouvoir assez conséquents
00:34:26et tant que ce sera en fait une énorme majorité
00:34:28de personnes blanches et
00:34:30masculines qui sont à ces postes
00:34:32je pense que la transformation va être lente et
00:34:34va continuer à être très difficile pour nous
00:34:36même si on essaye de faire tout ce qu'on peut pour que ça
00:34:38change, donc c'est ça je pense un des points
00:34:40centraux à transformer.
00:34:42Pour revenir aussi sur notre question de départ
00:34:44puisque tout à l'heure, quand on se posait
00:34:46la question sur les fêtes, la fête est-elle
00:34:48politique, il y avait
00:34:50notamment des réflexions dans le chat
00:34:52qui disaient qu'il y avait aussi des fêtes
00:34:54complètement non politiques, par exemple
00:34:56et c'est l'exemple que mentionnait la personne dans le chat
00:34:58sur la célébration
00:35:00de la coupe du monde par exemple, qui disait
00:35:02que c'était une célébration qui n'était pas du tout politique.
00:35:04Est-ce que vous en pensez vous ? Est-ce qu'il y a des fêtes qui sont
00:35:06à vos avis foncièrement
00:35:08non politiques ?
00:35:10Ou est-ce qu'il y a toujours forcément une dimension
00:35:12politique dans la fête finalement ?
00:35:14Qui veut se lancer sur cette question ?
00:35:16Qui pourrait être débattue
00:35:18pendant des journées entières ?
00:35:20MC ?
00:35:22Je me lance, mais rattrapez-moi si ça
00:35:24part en torche.
00:35:28Non mais en fait
00:35:30déjà bon je vais pas définir
00:35:32moi avec ma petite baguette magique qu'est-ce qui est
00:35:34politique ou qui ne l'est pas, mais juste
00:35:36rappeler que la politique elle est
00:35:38partout, elle nous imprègne, elle est partout autour de nous
00:35:40c'est juste comment on s'organise
00:35:42ensemble collectivement, comment on fait société
00:35:44quels sont les rapports qu'on entretient
00:35:46les unes avec les autres
00:35:48donc partant de là on pourrait dire que tout est politique
00:35:50le fait que je sois venue en pantalon aujourd'hui
00:35:52il y a 60 ans
00:35:54ou peut-être un peu plus, ça aurait été interdit
00:35:56parce que je suis une femme ou perçue comme telle
00:35:58et que je porte un pantalon et que c'était interdit
00:36:00pour les femmes de porter des pantalons
00:36:02donc en fait toutes les décisions qui sont, enfin tout ce qui fait
00:36:04qui on est, à un moment il y a eu
00:36:06quelque part une décision prise par un petit
00:36:08groupe de personnes pour décider de nos
00:36:10sort et de nos vies et de nos trajectoires
00:36:12et donc tous les moments collectifs en fonction de comment
00:36:14on les organise, comment ils sont structurés, comment on les vit
00:36:16et bien il y a des éléments politiques
00:36:18qui les traversent, qu'on le veuille ou non
00:36:20après il y a juste des gens qui le reconnaissent pas
00:36:22et du coup qui vont dire non mais ça ce sera pas politique
00:36:24je veux pas que ce soit politique, mais en fait
00:36:26très bien, mais c'est au-delà d'eux
00:36:28donc
00:36:30ça s'est posé et ensuite
00:36:32là on parlait par exemple de la
00:36:34coupe du monde, évidemment que si
00:36:36il y a plein d'éléments
00:36:38politiques de notre organisation sociétale
00:36:40qui traversent des événements
00:36:42aussi massifs comme la coupe du monde
00:36:44de nombreux matchs sont
00:36:46régulièrement ponctués d'épisodes
00:36:48racistes de la part des supporters
00:36:50envers des joueurs non blancs
00:36:52donc ça c'est des sujets hyper
00:36:54importants, quand il y a
00:36:56des fêtes ou des victoires justement
00:36:58sont remis sur la table
00:37:00par l'extrême droite souvent, le fait que
00:37:02l'équipe n'est pas assez blanche à leur goût
00:37:04et donc que ce serait pas
00:37:06vraiment l'équipe de France pour parler
00:37:08de notre cher pays, mais donc
00:37:10oui il y a évidemment des enjeux
00:37:12politiques derrière, des instrumentalisations
00:37:14qui sont faites de part et d'autre, ou en tout cas
00:37:16des sujets politiques sont mis sur la table
00:37:18et donc si
00:37:20moi je pense que même la coupe du monde et surtout la coupe du monde
00:37:22c'est des
00:37:24fêtes politiques quoi.
00:37:26Je dirais que peut-être ce qui peut
00:37:28faire la différence c'est sur
00:37:30éventuellement la portée
00:37:32si la fête est
00:37:34vectrice ou pas de transformation sociale
00:37:36c'est-à-dire que
00:37:38au-delà de la
00:37:40si on reprend 98 etc
00:37:42la célébration
00:37:44c'était ce moment de la célébration
00:37:46de la France black blanc beurre etc mais
00:37:48chose qui n'a pas résisté en fait
00:37:50ou très peu au temps
00:37:52et quatre ans plus tard
00:37:54Jean-Marie Le Pen au second tour
00:37:56de l'élection présidentielle
00:37:58en revanche
00:38:00les espèces de fêtes
00:38:02dont on parlait
00:38:04ont en tout cas
00:38:06peut-être dans leur gène
00:38:08ou leur ADN une volonté aussi de
00:38:10peut-être aussi même
00:38:12inconsciente de
00:38:14transformer la société
00:38:16quand on
00:38:18parle
00:38:20des lieux de fêtes, de communautés
00:38:22marginalisées, l'idée en fait
00:38:24de se retrouver
00:38:26déjà pour être ensemble
00:38:28et pour se trouver un espace à soi
00:38:30qui permette d'exister
00:38:32mais ensuite c'est un point de départ
00:38:34on va dire émancipateur
00:38:36pour dire on existe
00:38:38nous sommes là et nous pouvons
00:38:40ensuite changer le monde pour
00:38:42revendiquer plus généralement
00:38:44notre place dans la société
00:38:46donc je pense que c'est peut-être là
00:38:48la différence qu'on pourrait faire entre un événement
00:38:50aussi important qui réunit
00:38:52des dizaines de millions de personnes
00:38:54et des fêtes certes qui sont
00:38:56très minoritaires mais qui vont là
00:38:58et qui ont une portée qui est quand même
00:39:00je trouve sur le long terme
00:39:02plus importante.
00:39:04Moi il y a quelque chose que j'ai beaucoup aimé aussi
00:39:06dans l'analyse d'Arnaud Hidlon dans son livre
00:39:08« Vous pouvez du nez fort » qui m'a beaucoup plu
00:39:10c'est qu'il parle notamment du caractère
00:39:12aussi improductif de la fête
00:39:14et que du coup finalement en faisant la fête on pouvait
00:39:16participer d'une certaine manière à résister
00:39:18au système capitaliste. Je me suis dit cette version
00:39:20me plaît, ça veut dire que d'une certaine façon
00:39:22quand je vais en teuf jusqu'à 6 heures du matin
00:39:24je suis un petit peu en train de faire de la résistance
00:39:26Finalement qu'est-ce que vous en pensez vous de cette
00:39:28analyse là aussi ?
00:39:30Ou est-ce que c'est un peu
00:39:32se raconter des histoires ?
00:39:34Oui, enfin non, complètement.
00:39:36Moi un truc qui m'a énormément marquée c'est
00:39:38bon alors déjà la fête
00:39:40pour plein de gens c'est un espace de travail
00:39:42donc eux ils sont en train de travailler et par exemple
00:39:44moi je sais pas
00:39:46même quand je me fais parler parfois d'accès de clown
00:39:48genre mais savez-vous que c'est un travail ?
00:39:50Il y a des gens qui sont clowns de profession
00:39:52non mais je veux dire voilà
00:39:54les métiers de la fête et de la nuit
00:39:56ou du spectacle sont des métiers
00:39:58donc voilà mais
00:40:00ensuite il y a la question aussi de qu'est-ce qu'on fait de nos corps
00:40:02dans les espaces où
00:40:04on n'est pas en train de participer à la production
00:40:06marchande et moi j'étais
00:40:08vraiment mais étonnée de quand
00:40:10j'ai eu justement cette vidéo de danse
00:40:12qui a beaucoup circulé en 2023
00:40:14pendant les manifs contre la réforme des retraites
00:40:16j'avais plein plein de critiques de toute part
00:40:18y compris de gens de mon propre camp
00:40:20qui trouvaient que ça desservait la lutte
00:40:22et il y avait aussi des critiques adressées
00:40:24plutôt par je pense du coup
00:40:26des macronistes
00:40:28qui me disaient mais va travailler
00:40:30pourquoi tu danses va travailler
00:40:32et je me disais mais c'est fou que ce qui les dérange
00:40:34c'est de voir un corps qui n'est pas en train
00:40:36de produire du fric ou de participer
00:40:38à quelque chose que
00:40:40dans le système capitaliste on va rapporter
00:40:42à quelque chose de marchand bien cadré bien normal
00:40:44et là de voir juste un corps qui n'a
00:40:46pour seule fin que lui-même
00:40:48qui est en train de poser un geste
00:40:50artistique je voulais me calmer peut-être un peu
00:40:52mais en tout cas qui est en train de poser un geste
00:40:54singulier quoi
00:40:56et qui porte un message politique
00:40:58et ben en fait ça dérange quoi
00:41:00ça dérange de fou et moi ça m'avait vraiment
00:41:02marqué ce truc là
00:41:04ouais
00:41:06carrément je te rejoins là dessus
00:41:08c'est vrai que le loisiveté
00:41:10dérange
00:41:12donc là au delà du club
00:41:14on sort dans deux semaines
00:41:16le quatrième numéro de notre revue
00:41:18qui s'appelle Flashies
00:41:20qui est actuellement en précommande
00:41:22sur notre site et
00:41:24donc chaque numéro a une thématique et là la
00:41:26thématique de celui-là c'est repolitiser
00:41:28les espaces festifs en questionnant
00:41:30en fait
00:41:32la puissance politique des espaces festifs
00:41:34donc nous on en est particulièrement convaincus
00:41:36on est convaincus que tout est politique
00:41:38mais on va quand même toujours faire une enquête
00:41:40questionner des gens et essayer de comprendre de quelle manière
00:41:42ça peut l'être et quel impact ça peut avoir
00:41:44pour chaque personne
00:41:46donc il y a un article
00:41:48de ce numéro qui est sur les rave parties
00:41:50et en fait l'héritage
00:41:52en termes de valeur et en termes
00:41:54de conception aussi de la fête que nous ont apporté
00:41:56les rave parties en France
00:41:58on ne veut pas fantasmer
00:42:00cette époque, on est évidemment toujours dans une critique
00:42:02féministe intersectionnelle de nos
00:42:04objets donc la rave party
00:42:06passe aussi au cribe de ce regard
00:42:08féministe mais on a
00:42:10questionné des personnes
00:42:12et je pense à la parole de Fanny Corral
00:42:14qui est une ancienne, enfin qui est toujours programmatrice
00:42:16mais qui a travaillé en fait dans énormément de lieux de fête
00:42:18à Paris
00:42:20et qui a traversé en fait aussi
00:42:22plein de milieux festifs, notamment le milieu
00:42:24lesbien, qui organise aujourd'hui
00:42:26les Dyke Ménopause
00:42:28qui a vraiment une expérience incroyable
00:42:30et qui nous disait en fait à cette époque des rêves
00:42:32le sujet
00:42:34de l'argent était un peu exclu
00:42:36ou en tout cas on essayait de l'éviter au maximum
00:42:38notamment par exemple pour
00:42:40l'entrée, donc la participation aux frais
00:42:42tu pouvais payer de toutes les manières que tu voulais
00:42:44en ramenant de la bouffe, en ramenant des clopes
00:42:46en proposant un projet
00:42:48culturel, enfin et donc ce rapport
00:42:50là pour essayer de sortir du monde
00:42:52qui était réagi par l'argent et qui
00:42:54allait tout de suite exclure certains, certaines
00:42:56et voilà mettre
00:42:58en évidence ces rapports là, elle dit alors
00:43:00qu'à cette époque, en face, dans les années 90
00:43:02les clubs c'était
00:43:04l'exemple même de la division sociale
00:43:06de la distinction sociale avec par exemple
00:43:08donc des espaces VIP, des espaces où
00:43:10il fallait payer une bouteille pour entrer
00:43:12des espaces qui étaient destinés à la chasse
00:43:14qui était donc appelée autrement la séduction
00:43:16mais des hommes sur les femmes, donc avec tout un
00:43:18rapport, donc c'est gratuit pour les femmes
00:43:20les hommes se mettent en hauteur, les gens qui ont
00:43:22de l'argent sont plus visibles, etc
00:43:24et en fait elle a vraiment mis en évidence
00:43:26cette opposition entre l'espace qui existait
00:43:28pour faire la fête, qui était
00:43:30donné pour faire la fête, qui était un espace en fait
00:43:32qui accentuait encore plus
00:43:34les démarcations sociales
00:43:36et que c'était horrible pour elle
00:43:38de traverser cet espace, surtout en tant que personne lesbienne
00:43:40qui en plus devait
00:43:42réfléchir à tout ce rapport, parce qu'elle vient de Montpellier
00:43:44je crois, tout ce rapport d'être
00:43:46une femme dans un espace hétéronormé
00:43:48et de devoir sortir de ce
00:43:50rapport un peu d'oppression
00:43:52à la séduction hétéro
00:43:54et les espaces de rave
00:43:56qui à l'époque pour elle
00:43:58étaient plein de défauts effectivement, elle en parle aussi
00:44:00dans l'article, mais qui permettaient
00:44:02d'arriver en fait sans argent
00:44:04avec un gros pull, en étant un peu
00:44:06un électron libre avec une fête
00:44:08un peu désorganisée
00:44:10qui permettait
00:44:12en fait d'être soi et d'être
00:44:14oisif et en plus même de revendiquer le fait
00:44:16d'être hors de l'espace capitaliste pour un temps
00:44:18donc hors du temps aussi
00:44:20parce que la musique électronique vient apporter
00:44:22ce rapport au temps
00:44:24qui est un peu déconstruit
00:44:26des fêtes qui duraient des jours, donc il y avait plus
00:44:28ce truc de c'est lundi matin, enfin voilà
00:44:30et donc ça m'a particulièrement marquée dans son témoignage
00:44:32le fait qu'effectivement
00:44:34en fait les raves apportaient un espèce d'univers
00:44:36hors du rapport
00:44:38vraiment être productif
00:44:40être dans le monde du travail
00:44:42devoir prouver quelle est notre place
00:44:44dans le monde du travail aussi
00:44:46quel est notre rapport à la société
00:44:48où est-ce qu'on se positionne etc
00:44:50et donc effectivement elles ont aussi été
00:44:52réprimées énormément pour ça
00:44:54selon elle et selon les différentes personnes qu'on a interviewées
00:44:56parce qu'elles ne servaient à rien en fait
00:44:58à l'État, pour l'État elles n'amenaient rien
00:45:00personne ne pouvait taxer des impôts dessus
00:45:02elles échappaient complètement
00:45:04au système
00:45:06économique
00:45:08et je trouvais ça assez intéressant et de se dire
00:45:10voilà du coup l'héritage des raves ça peut être
00:45:12de garder cette envie de sortir
00:45:14du système et de faire des choses
00:45:16qui ne servent à rien
00:45:18Et quand tu décris tout ça et quand tu parles
00:45:20de repolitiser aussi les fêtes ça me fait penser à une discussion
00:45:22qu'on avait avant
00:45:24cette émission, Florian, qu'on parlait
00:45:26notamment du... hors micro
00:45:28dans la cafétéria de libération
00:45:30où je disais que voilà
00:45:32que je voulais que la question de cette discussion
00:45:34c'était la fête est-elle politique et tu disais
00:45:36la question ça devrait plutôt être la fête est-elle toujours politique
00:45:38Qu'est-ce que tu veux
00:45:40dire toi aussi par là ?
00:45:44Est-ce que quand on paie
00:45:4630 euros pour
00:45:48faire une teuf
00:45:50semi-clandestine ou soi-disant
00:45:52warehouse, même si les warehouses
00:45:54sont un peu calmées ces dernières
00:45:56mois et années, enfin depuis 2-3 ans là
00:46:00juste pour des considérations
00:46:02qui sont pas du tout des considérations
00:46:04dont on parle depuis tout à l'heure
00:46:06est-ce que c'est toujours politique ?
00:46:08Je m'interrogeais en fait aussi sur les motivations
00:46:10éventuellement d'un public
00:46:12comment dire, la fête électronique
00:46:14techno elle s'est beaucoup marchandisée
00:46:16avec l'exemple
00:46:18berlinois
00:46:20en tête, ou des gros clubs
00:46:22et d'en faire
00:46:24après
00:46:26en même temps on pourrait nuancer et dire oui mais en même temps
00:46:28si la fête se structure derrière il y a une économie
00:46:30avec des travailleurs qu'il faut
00:46:32rémunérer
00:46:34donc c'est la question finalement
00:46:36du prix juste éventuellement
00:46:38à payer, ça on le retrouve
00:46:40dans des tarifications qui vont du simple
00:46:42au double entre des soirées ou des lieux
00:46:46par exemple la station
00:46:48Gare des Mines qui est un club du
00:46:5018ème arrondissement
00:46:52pratique une tarification
00:46:54qui selon moi est plutôt juste
00:46:56autour de 10, 12, 15 euros
00:46:58quand d'autres clubs
00:47:00des clubs qui appartiennent à des
00:47:02mastodontes de la ville
00:47:04par exemple certains lieux de Paris Society
00:47:06par exemple font payer un prix d'entrée
00:47:08fantôme
00:47:10énorme
00:47:12donc est-ce
00:47:14qu'on est dans des espaces
00:47:16là qui politiques
00:47:18alors qu'il y a une programmation techno ou art techno
00:47:20on peut
00:47:22s'interroger
00:47:24intrinsèquement
00:47:26est-ce que
00:47:28le seul fait
00:47:30de faire la fête
00:47:32en week-end donc d'être
00:47:34improductif
00:47:36ma position politique si par ailleurs
00:47:38je ne milite pas
00:47:40je ne fais rien
00:47:42la fête consommation
00:47:44on a appelé le numéro conscience de fête
00:47:46parce qu'on s'est dit
00:47:48on essaie toujours d'être relativisé
00:47:50on s'est dit qu'en fait le principe c'était d'être conscient
00:47:52de ce qu'on faisait d'être conscient
00:47:54de notre trajectoire par exemple ce que tu disais
00:47:56aller faire la fête dans une warehouse
00:47:58payer 30 euros en banlieue dans le 93
00:48:00et repartir alors qu'on habite
00:48:02à Paris Centre et contribuer à la gentrification
00:48:04du 93 sans même se poser la question
00:48:06des gens qui sont dans la salle est-ce qu'il y a des gens du 93
00:48:08qui sont avec nous en train de faire la fête
00:48:10pour moi il faut être conscient de ça
00:48:12de ce qu'on va amener avec nous en termes de
00:48:14ce qui s'est passé pour l'approche banlieue
00:48:16aujourd'hui qui va s'étendre
00:48:18notamment renforcée par les JO
00:48:20comment en fait on occupe le territoire
00:48:22et comment on partage le territoire
00:48:24aller faire la fête sur les champs
00:48:26ou dans un gros club
00:48:28avec des artistes qui sont payés un cachet de 50 000 euros
00:48:30qui excluent à l'entrée
00:48:32c'est également
00:48:34prendre part à une mécanique
00:48:36en tout cas qui va exclure
00:48:38qui va inclure certains, certaines
00:48:40donc pour moi et pour nous au-delà du club
00:48:42on se rend compte que toute action
00:48:44va avoir une conséquence
00:48:46et c'est ça auquel on veut revenir
00:48:48dans un monde actuel où
00:48:50on déplore notre manque de pouvoir
00:48:52et on déplore aussi la transformation du monde
00:48:54qui part vraiment sur des
00:48:58trajectoires inquiétantes
00:49:00je pense qu'on est tous d'accord pour dire ça
00:49:02aujourd'hui ici
00:49:04est-ce qu'on peut encore faire des choses sans penser au lendemain
00:49:06sans penser à ce qu'on est en train de faire
00:49:08et sans penser à ce qu'on est en train de consommer
00:49:10on le dit déjà pour la nourriture, on le dit déjà pour énormément de choses
00:49:12notamment du point de vue écologiste
00:49:14regarder ce qu'on fait, quel impact ça a, l'impact carbone
00:49:16et je pense qu'en fait la fête
00:49:18aujourd'hui doit être entrée dans cette réflexion
00:49:20regarder l'impact de chaque
00:49:22fois qu'on fait la fête, mais à la fois l'impact positif
00:49:24évidemment, la force que
00:49:26ça peut nous apporter, la force que
00:49:28la fête peut apporter au courant
00:49:30politique ou au
00:49:32militantisme parce que c'est vraiment un espace
00:49:34où on peut repolitiser les gens qui des fois
00:49:36sont un peu isolés et dans un rapport
00:49:38toute la semaine de travail
00:49:40le week-end, s'ils vont dans une fête qui est imprégnée
00:49:42de valeurs politiques et que c'est là qu'ils sont à la rencontre
00:49:44d'idées qu'ils n'auraient pas rencontrées dans leur job
00:49:46à la défense la semaine
00:49:48très bien, c'est un
00:49:50rapport qu'on peut transformer de la manière qu'on veut
00:49:52on n'est pas obligé de se dire
00:49:54maintenant en faisant la fête aussi je dois penser
00:49:56à ce que je consomme et tout, mais de se dire
00:49:58à qui on donne les 30 euros
00:50:00déjà si jamais ça coûte 30 euros parce qu'il y a besoin
00:50:02de notre ticket d'entrée
00:50:04avec qui on fait la fête
00:50:06qui sont les gens qui ont été refoulés à l'entrée
00:50:08qui sont les DJ sur scène
00:50:10il y a eu ce gros scandale l'an dernier parce qu'il y a un artiste
00:50:12qui est venu en jet privé faire une date
00:50:14à Marseille, ça a fait
00:50:16parler parce que ça a été visibilisé
00:50:18mais en fait c'est des sujets dont on peut
00:50:20parler à chaque fois, qui sont les DJ sur scène
00:50:22et quel est leur bagage aussi, là en ce moment
00:50:24avec la guerre à Gaza
00:50:26il y a eu cette
00:50:28on a essayé de politiser en tout cas
00:50:30l'espace festif aussi en questionnant
00:50:32les valeurs politiques portées par les DJ
00:50:34et donc là il y a eu pas mal de questionnements, est-ce qu'on va toujours
00:50:36jouer au Berghain qui ne prend pas position
00:50:38et qui enlève de son line-up des artistes pro-palestiniens
00:50:40donc en fait c'est juste
00:50:42se poser des questions, comme on le fait le reste de la
00:50:44semaine, le reste de l'année, aussi dans nos
00:50:46espaces festifs et ne pas seulement l'utiliser
00:50:48comme un espace de défouloir, un peu revanche
00:50:50de la semaine, parce que en fait
00:50:52sinon notre argent
00:50:54et notre énergie va servir à des intérêts qu'on ne connaît pas
00:50:56moi je trouve ça très intéressant
00:50:58et je me demande aussi quel est le rôle
00:51:00qu'on doit jouer
00:51:02moi par exemple qui trouve ça très intéressant
00:51:04je suis
00:51:06très ouvert de me poser
00:51:08ces questions-là et du coup
00:51:10que ça influe sur mes façons de faire la fête
00:51:12et les endroits que je veux occuper comme tu l'expliques
00:51:14et en même temps moi par exemple
00:51:16à titre très personnel j'ai redécouvert
00:51:18le monde de la nuit à Paris en retrouvant des amis
00:51:20que je connaissais depuis très longtemps
00:51:22mais qui sortent beaucoup à Paris et qui m'ont fait découvrir
00:51:24le monde de la nuit et les espaces de fête
00:51:26et j'ai l'impression, peut-être que je me trompe
00:51:28mais j'ai l'impression que si j'arrivais avec
00:51:30ce genre de discours et simplement
00:51:32de dire il faudrait qu'on se pose les questions de
00:51:34où on va et de qui on finance etc
00:51:36de très rapidement passer pour
00:51:38un mec chiant parce que
00:51:40en effet on va faire la fête le week-end
00:51:42pour ne se poser aucune question parce qu'on s'en pose
00:51:44déjà assez la semaine quand on est au travail
00:51:46quand on fait plein de choses et donc c'est difficile d'avoir
00:51:48un discours qui ne serait pas moralisateur
00:51:50qui serait à la fois aussi politique
00:51:52et qui serait audible pour des personnes
00:51:54qui sont au-demeur en tout cas
00:51:56moins politisées
00:51:58que moi mais pour l'instant garder mais voilà
00:52:00je suis pas sûr parce que je pense qu'aujourd'hui les meilleures fêtes
00:52:02elles se font dans les espaces
00:52:04où ces questions là sont prises en compte
00:52:06mais eux aussi ils seraient d'accord
00:52:08pour le dire mais ils se font rendre compte
00:52:10par ailleurs moi je voulais ajouter une dimension
00:52:12c'est
00:52:14dans tout ce qu'on disait
00:52:16regarder aussi les espaces
00:52:18où la prise en compte
00:52:20le soin, la prise en compte de l'autre
00:52:22et au coeur de la fête
00:52:24et notamment dans
00:52:26ou des clubs dans les espaces où par exemple
00:52:28une place est accordée à la réduction des risques
00:52:30et pas seulement de la question
00:52:32de toute substance psychoactive
00:52:34entendue y compris l'alcool
00:52:36et par exemple un club
00:52:38qui dirait voilà je fais en sorte
00:52:40que cette question
00:52:42il y ait peut-être une prise en compte
00:52:44que l'alcool est
00:52:46le produit qui crée le plus
00:52:48de morts indirectes
00:52:50par an chaque année en France
00:52:52et qui en même temps dit
00:52:54j'ai dans mon public des usagers
00:52:56de drogue qu'il ne faut pas réprimer
00:52:58et sortir avec une sécurité
00:53:00extrêmement violente
00:53:02et que j'accueille avec
00:53:04un stand et où j'ai toute
00:53:06l'information disponible sur les produits
00:53:08mais y compris sur la question de la santé
00:53:10auditif puisqu'on est dans des espaces
00:53:12de musique etc. Donc pour moi
00:53:14une fête ou
00:53:16un espace de fête ou un club qui prend
00:53:18en compte cette dimension du soin
00:53:20est aussi un espace
00:53:22qui
00:53:24qui
00:53:26là j'ai plus le mot que je voulais mettre
00:53:28mais c'est pas grave
00:53:30qu'il est intéressant de regarder
00:53:32peut-être là où la fête se fait le mieux
00:53:34ça me pense aussi à des
00:53:36personnes dans le chat qui tout à l'heure faisaient remarquer
00:53:38que dans la fête avait pu
00:53:40aussi évoluer notre rapport à l'alcool
00:53:42je sais pas si vous le remarquez
00:53:44vous aussi ça ou est-ce que
00:53:46c'est aussi ce que quelqu'un faisait remarquer dans le chat
00:53:48et moi c'est aussi l'impression que ça me donne
00:53:50c'est que ça peut être potentiellement très parisien quand même
00:53:52cette évolution du rapport à l'alcool et de moins
00:53:54être alcoolisé. Je sais pas si vous
00:53:56avez une observation là-dessus ou pas ?
00:53:58Ben
00:54:00c'est vrai que
00:54:02moi par exemple pour parler
00:54:04de mon cas très personnel je consomme plus d'alcool
00:54:06et ça
00:54:08m'empêche pas de faire la fête, au contraire
00:54:10je fais beaucoup la fête, sobre du coup
00:54:12mais
00:54:14mais après, de toute façon en France
00:54:16on a un énorme problème avec l'alcool
00:54:18en tant que société et même au-delà de
00:54:20rapport individuel quoi
00:54:22avec des lobbies
00:54:24qui ont toutes leurs entrées
00:54:26dans les espaces de décision politique et qui du coup
00:54:28poussent par exemple là
00:54:30pour le dry january de janvier
00:54:32enfin du coup, oui puisque janvier
00:54:34ça veut dire janvier, on apprend plein de trucs
00:54:36dans ce live
00:54:38du coup, qui normalement
00:54:40devait être en collaboration avec le gouvernement
00:54:42avec des messages gouvernementaux et toute la force de frappe
00:54:44communicationnelle du gouvernement
00:54:46qui devait pousser justement tout le monde
00:54:48à essayer le dry january pour
00:54:50pour pas boire d'alcool pendant un mois
00:54:52et bien finalement au dernier moment
00:54:54ça a été retiré, il n'y a pas eu le soutien du gouvernement
00:54:56parce qu'il y a les lobbies qui sont revenus
00:54:58réappliquer en disant qu'ils avaient un commerce
00:55:00à faire tourner quoi
00:55:02et du coup, on a tous et toutes
00:55:04un rapport
00:55:06potentiellement compliqué
00:55:08ou dangereux
00:55:10à l'alcool
00:55:12et ça, il faut aussi rappeler
00:55:14la responsabilité
00:55:16politique quoi
00:55:18et quand je dis politique, soit si c'est de nos
00:55:20gouvernants politiques
00:55:22de justement travailler sur ce sujet
00:55:24arrêter et assainir
00:55:26les liens avec les lobbies
00:55:28de l'alcool dans
00:55:30tous nos espaces et la fête
00:55:32en est un important parce que
00:55:34comme il se passe de
00:55:36liberté, factice ou pas, mais en tout cas
00:55:38de liberté, où on est
00:55:40désinhibé, où on lâche prise
00:55:42dans un rôle un peu
00:55:44défouloir, exutoire etc
00:55:46et bien l'alcool peut jouer justement
00:55:48ce rôle ou donner l'illusion de donner ce rôle
00:55:50de vouloir un peu lâcher la rampe et
00:55:52se vider la tête et vu que
00:55:54ça peut avoir un rôle anxiolytique
00:55:56pour des personnes non traitées
00:55:58en thérapie, ou en tout cas
00:56:00une béquille en plus
00:56:02mais pareil, qui est
00:56:04illusoire parce que le lendemain, t'as quand même
00:56:06une redescente d'anxiété
00:56:08et bien
00:56:10elle est
00:56:12ultra consommée et avec tous les problèmes
00:56:14de santé publique que ça génère
00:56:16Je reprends
00:56:18une autre remarque dans la chatte
00:56:20toujours sur ce sujet mais sur un autre sujet
00:56:22là en particulier, de quelqu'un qui nous disait
00:56:24j'ai besoin qu'on parle
00:56:26des gormitis
00:56:28et moi j'ai vu ça passer il n'y a pas longtemps
00:56:30je ne savais pas que
00:56:32je voyais du coup à qui on faisait référence
00:56:34donc c'est des mecs aux gros bras
00:56:36qui se mettent torse nu dans des
00:56:38soirées techno et qui prennent énormément d'espace
00:56:40parfois en agitant des drapeaux français
00:56:42est-ce que
00:56:44c'est quelque chose de nouveau ?
00:56:46est-ce que c'est un vrai phénomène ?
00:56:48ou est-ce que c'est un truc hyper isolé ?
00:56:50est-ce que vous vous remarquez
00:56:52des choses par rapport à ça ?
00:56:54Est-ce que vous avez des choses à en dire ou pas ?
00:56:56Moi j'ai boité en touche parce que c'est pas du tout
00:56:58des gens que je vois
00:57:00J'avoue non plus mais pour en avoir parlé
00:57:02un peu, c'est vrai que
00:57:04de base, l'espace que
00:57:06prennent les gens sur le dancefloor
00:57:08c'est un sujet
00:57:10qui me questionne
00:57:12beaucoup et qui me questionne vraiment
00:57:14de manière personnelle au départ, c'est-à-dire qui me met de mal à l'aise
00:57:16et ensuite
00:57:18de manière politique parce qu'il y a une histoire aussi
00:57:20de revendications féministes
00:57:22sur la place que peuvent avoir les minorités de genre
00:57:24sur le dancefloor. Donc là on
00:57:26les poussait Riot etc
00:57:28Les poussait Riot ? Non
00:57:30Ah si c'est ça ? Je ne sais plus
00:57:32exactement la ref mais je crois que c'est ça
00:57:34qui aux Etats-Unis dans les concerts
00:57:36de rock disaient, voilà, Front Row
00:57:38c'est seulement des femmes
00:57:40Riot Girls, c'est ça, merci
00:57:42Et
00:57:44donc ça c'est un truc qui aujourd'hui
00:57:46on a interviewé
00:57:48une équipe qui s'appelle Body Language
00:57:50qui est à Berlin et qui fait en fait
00:57:52des soirées qui ont vraiment travaillé sur l'espace
00:57:54que prennent chaque personne et sur des
00:57:56préceptes un petit peu qui permettent aussi de faire
00:57:58attention à l'espace qu'on prend soi parce que ça commence
00:58:00de chaque personne doit se poser la question
00:58:02et il y a aussi certaines soirées
00:58:04à Paris qui essayent de revendiquer
00:58:06ça c'est à dire queers and women
00:58:08to the front, donc vraiment mettre
00:58:10laisser la place sur le dancefloor
00:58:12ou au moins faire attention à la place qu'on prend
00:58:14sur le dancefloor parce que c'est vrai que souvent
00:58:16de base on voit que des hommes
00:58:18au premier rang, que des hommes au premier rang
00:58:20les plus proches du ou de la DJ
00:58:22beaucoup beaucoup d'hommes blancs majoritairement
00:58:24Les bras qui dépassent
00:58:26et qui parlent des fois à la DJ
00:58:28ou au DJ qui prennent beaucoup de place
00:58:30et qui ne se questionnent pas sur leur
00:58:32espace de danse et donc qui
00:58:34renvoient en fait toutes les personnes
00:58:36les autres personnes derrière, dans les coins
00:58:38donc de base je pense que c'est un continuum
00:58:40encore une fois, ça part de là, c'est à dire
00:58:42qui est au centre du dancefloor, c'est comme la cour
00:58:44de récré, qui est au centre de la cour de récré
00:58:46et qui
00:58:48ne se rend même pas compte qu'il est au centre
00:58:50donc je pense qu'il faut quand même réfléchir à ça
00:58:52et que chacun, chacune dans le chat se pose la question
00:58:54quand il ou elle danse
00:58:56de la place qu'il laisse ou qu'elle laisse aux autres
00:58:58et ensuite on arrive évidemment
00:59:00à l'acmé de ce truc qui est
00:59:02ces mecs qui se mettent torse nu
00:59:04déjà ça pour moi c'est un point de plus d'attention
00:59:06on ne se met pas torse nu
00:59:08si tout le monde ne va pas se mettre torse nu
00:59:10pour moi c'est un truc de base
00:59:12et donc effectivement dans les clubs
00:59:14on a eu plusieurs témoignages ces dernières années
00:59:16de clubs qui refusaient que les femmes se mettent torse nu
00:59:18là où elles laissaient les hommes se mettre torse nu
00:59:20donc déjà il y a un sujet là-dessus
00:59:22et enfin le drapeau français
00:59:24j'ai rien à dire là-dessus
00:59:26je vais juste faire l'écho
00:59:28du commentaire du patron
00:59:30du kilomètre 25
00:59:32je crois qu'il y a eu pas mal de gormitiers à un moment
00:59:34qui disaient vraiment je ne veux pas de ces personnes dans mon club
00:59:36et j'ai trouvé ça assez bien
00:59:38parce que le kilomètre 25 c'est un énorme club
00:59:40qui brasse certainement beaucoup d'argent
00:59:42mais qui veut quand même avoir une politique
00:59:44interne qui soit respectueuse
00:59:46et qui
00:59:48veut qu'on laisse à la porte
00:59:50en tout cas certaines choses
00:59:52et notamment le fait de revendiquer
00:59:54la France aux français
00:59:56la droite et l'extrême droite
00:59:58en agitant le drapeau français
01:00:00en montrant ses muscles avec un truc très viriliste
01:00:02et très inquiétant en fait
01:00:04hyper inquiétant, je pense que moi si je voyais ça en club
01:00:06je partirais immédiatement
01:00:08donc j'ai trouvé ça cool qu'ils agissent
01:00:10quelqu'un d'autre veut rebondir là-dessus ou pas ?
01:00:12peut-être que je crains
01:00:14malheureusement que comme 30%
01:00:16des français
01:00:18votent pour l'ERN ou pour l'extrême droite
01:00:20malheureusement ça ressorte aussi
01:00:22dans des espèces de fêtes
01:00:24parce que la fête électronique c'est quand même
01:00:26dans les dernières années fortement démocratisé
01:00:28totalement
01:00:30il y avait aussi une question que je voulais vous poser
01:00:32par rapport aux
01:00:34disparités
01:00:36géographiques
01:00:38de la fête et des fêtes en France
01:00:40parce que là on parle évidemment beaucoup de Paris
01:00:42parce que c'est un haut lieu
01:00:44de la fête en France mais
01:00:46comment se portent aussi les milieux
01:00:48festifs ailleurs en France
01:00:50parce que je le disais aussi moi si je redécouvre un petit peu
01:00:52le monde de la nuit en étant à Paris
01:00:54c'est bien parce que de là où je suis originaire
01:00:56des Vosges pour ne pas citer ce fabuleux département
01:00:58c'est un peu plus difficile
01:01:00de faire la fête qu'à Paris
01:01:02et je sais que vous en avez parlé aussi dans le dossier de
01:01:04Libé, Florian,
01:01:06du désert de la nuit
01:01:08hexagonale quand on sort un peu de Paris
01:01:14on va essayer de reprendre un peu le début
01:01:16mais c'est vrai qu'à Paris
01:01:18il y a 15 ans
01:01:20s'est amorcé une réflexion sur
01:01:22la question de
01:01:24ne pas laisser
01:01:26mourir la nuit, c'est à dire
01:01:28de voir disparaître des espaces
01:01:30de fêtes etc
01:01:32sachant que j'avais lu une recherche
01:01:34qui expliquait que c'était parce que les acteurs avaient su
01:01:36se fédérer que cette pétition
01:01:38avait pu avoir lieu et donc ça montrait déjà
01:01:40une forme de dynamisme
01:01:42qui allait de l'avant
01:01:44et les autorités en tout cas municipales
01:01:46ont
01:01:48joué leur rôle finalement
01:01:50et accompagner aussi
01:01:52avec un poste
01:01:54d'élu, avec le conseil de la nuit
01:01:56avec une des subventions
01:01:58etc, finalement la structuration
01:02:00d'un milieu qui
01:02:02reste et qui restera fragile
01:02:04et précaire
01:02:06en France et ça s'est accéléré
01:02:08avec le Covid, dans le reste du territoire
01:02:10je crois que déjà en 40 ans
01:02:12j'ai plus les chiffres exacts
01:02:14mais en tout cas le nombre de discothèques
01:02:16a diminué
01:02:18semble-t-il de moitié
01:02:22alors dans des grandes villes
01:02:24on observe l'émergence
01:02:26de nouveaux clubs
01:02:28de musique électronique
01:02:30qui essaient de structurer aussi les choses
01:02:32Macadamia Nantes, Calte
01:02:34à Strasbourg etc
01:02:36mais est-ce que ça compense le fait
01:02:38que les espaces de fêtes
01:02:40disparaissent ailleurs, alors après
01:02:42chaque ville et chaque région aussi son histoire
01:02:44et son rapport à la fête, moi venant de Toulouse
01:02:46c'est pas forcément une grande ville
01:02:48c'est pas une ville qui avait une culture
01:02:50ou qui a une culture club
01:02:52contrairement à d'autres, contrairement à Nantes
01:02:54contrairement à Lyon où il y a des
01:02:56institutions
01:02:58je ne sais comment dire
01:03:00il y a effectivement
01:03:02ça dépend aussi du rapport
01:03:04des autorités
01:03:06au monde de la nuit sur place
01:03:08là je voyais
01:03:10dans l'article vous en parliez
01:03:12de Marseille
01:03:14il y a eu un manifeste
01:03:16qui est sorti il y a quelques semaines
01:03:18pour que Marseille
01:03:20retrouve des espaces
01:03:22de fêtes qui soient accessibles
01:03:24pour les collectifs et les artistes locaux
01:03:26qui soient accessibles pour tout le monde, qui soient pas trop chers
01:03:28et qui respectent aussi le public etc
01:03:30en disant que si tout ça disparaît
01:03:32il n'y aura plus d'espace, enfin il y a déjà très peu
01:03:34d'espaces de fêtes à part soit la fête libre
01:03:36soit
01:03:38chez des personnes privées
01:03:40et là j'y étais il y a 15 jours je crois pour le carnaval
01:03:42et en fait c'est vrai qu'il y a
01:03:44quand même d'autres aussi
01:03:46espaces de fêtes que les clubs
01:03:48et tout qui existent dans les villes
01:03:50partout en France
01:03:52mais ça ne passe pas
01:03:54forcément par ce réseau là de clubs
01:03:56institutionnalisés et tout
01:03:58en tout cas la vérité de créer des espaces de fêtes
01:04:00existe partout en France je pense
01:04:02en tout cas dans la plupart des endroits où je connais des gens
01:04:04où je peux bouger
01:04:06mais le soutien public effectivement n'est pas du tout
01:04:08forcément le même et je pense que c'est très politique
01:04:10encore une fois, c'est très des municipalités
01:04:12qui soutiennent ou pas
01:04:14l'existence de fêtes
01:04:16dans l'espace public
01:04:18même du coup les espaces privés parce que c'est
01:04:20tellement soumis à autorisation
01:04:22le fait d'avoir le droit d'ouvrir
01:04:24jusqu'à 5 heures que ça dépend
01:04:26énormément de la
01:04:28volonté politique. Oui et puis la baisse
01:04:30aussi des budgets du ministère de la
01:04:32culture qui ensuite se répercute
01:04:34sur les régions et donc sur les départements, sur les
01:04:36collectivités, enfin ça c'est un énorme sujet
01:04:38et je pense qu'on va se manger aussi
01:04:40une énorme chute des
01:04:42financements publics parce que là
01:04:44c'est des budgets qui sont sur cette année mais du coup
01:04:46dans les 2-3 prochaines années à venir
01:04:48et ça va pas aller en s'arrangeant quoi.
01:04:50Et pour pallier aussi potentiellement à la
01:04:52fermeture de discothèques par exemple
01:04:54dans des plus petites villes
01:04:56en France, comment est-ce qu'on arrive
01:04:58et est-ce que toi tu arrives même si aussi à toucher
01:05:00justement les publics plus
01:05:02de provinces en dehors des grandes villes
01:05:04et d'investir du coup des espaces, d'autres espaces
01:05:06en fait comme tu disais ça peut passer par exemple par les luttes
01:05:08Ouais complètement, bah nous du coup avec
01:05:10mon collectif Planète Boum Boum ce qu'on fait c'est
01:05:12aussi qu'on réfléchit à comment
01:05:14mettre la fête au service des luttes
01:05:16et des mouvements sociaux, divers et variés
01:05:18et du coup parfois on fait un peu des tournées
01:05:20de soutien aux luttes
01:05:22et où en fait on réfléchit, parce que tu parlais aussi
01:05:24beaucoup dans la création
01:05:26des musiques électroniques par
01:05:28les populations afro-descendantes notamment à
01:05:30Détroit, etc.
01:05:32Aussi de ces espaces comme espaces de soins
01:05:34et moi c'est un truc sur lequel je veux beaucoup appuyer aussi
01:05:36comment la fête
01:05:38est un espace de soins aussi
01:05:40pour des collectifs et des mouvements sociaux
01:05:42et des espaces de lutte
01:05:44parce qu'en fait on pense souvent beaucoup
01:05:46au militantisme ou au fait de s'engager
01:05:48pour une cause en réfléchissant uniquement
01:05:50à comment on obtient
01:05:52tel et tel objectif politique
01:05:54sans se dire que le collectif comme tout
01:05:56collectif vivant quoi
01:05:58a aussi des besoins et a besoin
01:06:00qu'on prenne soin de lui pour pouvoir résister
01:06:02et s'en tenir dans une lutte qui sont des luttes
01:06:04difficiles, des luttes longues
01:06:06tu parlais de la lutte de Sidaxon dans les années 90
01:06:08où on est confronté à des sujets extrêmement
01:06:10difficiles, à la mort, à des
01:06:12choses terribles, et bien
01:06:14le collectif a aussi besoin de soins et d'espaces
01:06:16pour pouvoir se régénérer
01:06:18et que collectivement on redonne du sens à ce que
01:06:20l'on fait et on se donne de la force pour pouvoir y retourner
01:06:22le lendemain, et la fête sert à ça
01:06:24et du coup nous quand on fait des tournées
01:06:26en soutien aux luttes, et bien en fait
01:06:28soit on va directement dans les manifestations
01:06:30on organise des cortèges
01:06:32où une manif c'est long, ça dure 4-5
01:06:34heures, parfois ils flottent, t'as parfois
01:06:36des flics aussi qui te
01:06:38balancent du gaz ou qui te chargent
01:06:40bref qui t'intimident, et donc on a
01:06:42besoin de gens
01:06:44qui sont déter de tenir
01:06:46pendant 5 heures avec un mégaphone
01:06:48à se cramer un peu la voix
01:06:50et aussi
01:06:52du coup on fait des ateliers créatifs en amont
01:06:54on essaie de trouver des slogans drôles
01:06:56qui rentrent dans la tête, qui vont aussi créer
01:06:58des rengaines que les gens vont répéter
01:07:00on trouve des chorés
01:07:02un peu drôles, des trucs pour juste
01:07:04stimuler et redonner un peu de la force aux gens
01:07:06et on le voit aussi dans
01:07:08l'activisme tout est important et la personne
01:07:10qui a fait à manger pour que
01:07:12on puisse tenir le piquet de grève, à ceux qui sont allés
01:07:14un peu plus sur des actions confrontatives
01:07:16de sabotage, ou à celles qui vont
01:07:18réfléchir de manière créative à comment
01:07:20trouver des champs qui vont donner de la force aux autres
01:07:22tout le monde à sa place, du coup il y a de la place pour tout le monde
01:07:24et il y a plein de rôles différents
01:07:26qu'on peut incarner
01:07:28et donc là oui effectivement on va aller
01:07:30donner de la force
01:07:32dans des espaces du coup de fêtes
01:07:34un peu pirates, un peu partout
01:07:36en France, je pense à quand il y a eu
01:07:38la mobilisation contre l'autoroute
01:07:40Toulouse-Castre, la 69
01:07:42où il y avait donc un village
01:07:44un peu un village
01:07:46résistant, mais quand je dis un village c'est juste des tentes
01:07:48à côté d'une
01:07:50ZAD improvisée
01:07:52sur un terrain privé parce que c'était un mec
01:07:54qui allait se faire exproprier sa ferme
01:07:56parce qu'elle était sur la trajectoire
01:07:58de l'autoroute, qui pour l'instant n'a toujours
01:08:00pas eu lieu, on espère, on croise les doigts
01:08:02et bien là, à cet endroit là
01:08:04on a fait du coup une espèce de petit concert
01:08:06avec du coup une fête
01:08:08disons le mot
01:08:10et où on a justement interprété des musiques
01:08:12aussi qu'on avait composées pour
01:08:14s'opposer à l'autoroute A69
01:08:16J'aime beaucoup cette note positive
01:08:18qui va nous permettre de conclure
01:08:20nos discussions et
01:08:22j'allais oublier en plus avant de
01:08:24refermer nos discussions, je le place maintenant
01:08:26que ce week-end
01:08:28c'est le Climat LibéTour
01:08:30à Paris et que ce vendredi
01:08:32du coup de 17h30 à 19h30
01:08:34il y aura une émission Twitch en direct qui sera animée
01:08:36par Corentin que vous avez déjà régulièrement
01:08:38vu ici et si j'en parle
01:08:40c'est parce qu'il y aura un invité exceptionnel
01:08:42Paul Watson sera avec nous
01:08:44lors de ce stream ainsi que Emma Aziza
01:08:46hydrologue, Frédéric Lemanac et Adrien Gou
01:08:48de Bloom ainsi que Louis Coflard
01:08:50avocat des Amis de la Terre
01:08:52si vous voulez suivre en direct nos discussions
01:08:54ce sera à partir de vendredi
01:08:56de 17h30 à
01:08:5819h30, voilà qui est dit
01:09:00et puis avant de refermer ce stream
01:09:02je vous remercie mes trois invités
01:09:04Florian, Laure et MC
01:09:06d'avoir été avec nous ce midi
01:09:08pour discuter
01:09:10de la fête et de sa dimension
01:09:12ses dimensions politiques
01:09:14merci beaucoup à tous les trois d'avoir été avec nous
01:09:16Merci

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