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Pierre Bellemare comme vous ne l’avez jamais entendu ! C’est la promesse de ce nouveau podcast imaginé à partir des archives exceptionnelles du Service Patrimoine Sonore d’Europe 1.
Affaires criminelles, true crime, crimes, enquêtes, crimes historiques ou plus récents, crimes crapuleux, crimes familiaux, crimes inexpliqués surtout : Pierre Bellemare est le pionnier des grands conteurs de récits radiophoniques. Dans les années 70, cette voix culte d’Europe 1 a tenu en haleine les auditeurs avec ses histoires extraordinaires. Des histoires vraies de crimes en tout genre qui mettent en scène des personnages effrayants, bizarres ou fous. Des phrases à couper le souffle, des silences lourds de suspense, un univers de polar saisissant et puissant.
Avec un son remasterisé et un habillage modernisé, plongez ou replongez dans les grands récits extraordinaires de Pierre Bellemare.

Arsène Lupin n’a qu’à bien se tenir ! Dans cet épisode, Pierre Bellemare raconte une histoire de vol. En 1926, le diamant rose du château de Chantilly, aussi appelé est subtilisé…

Les deux voleurs, pourtant d’une maladresse d’amateur, sont parvenus à entrer dans le domaine, de nuit, à l’aide de cordes et d’échelles. Leur manque de préparation rendrait presque la situation cocasse, du moins s’ils n’étaient pas parvenus à s’échapper avec de nombreux bijoux de la collection, dont le fameux diamant rose…

La police se jette à leurs trousses, sans succès. Mais c’est une succession de coups de chance, légèrement poussés par le laxisme des deux malfaiteurs, qui fera réapparaître l’objet de toutes les convoitises dans la chambre d’un hôtel parisien…

Découvrez comment la police est parvenue à retrouver la trace des malfrats et à boucler cette enquête grâce à un piège bien ficelé, en écoutant Pierre Bellemare raconter cette histoire. À retrouver dans cet épisode du podcast "Les récits extraordinaires de Pierre Bellemare", issu des archives d’Europe 1 et produit par Europe 1 Studio.
Retrouvez "Les Récits extraordinaires de Pierre Bellemare" sur : http://www.europe1.fr/emissions/les-recits-extraordinaires-de-pierre-bellemare

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Transcription
00:00Bienvenue dans les récits extraordinaires de Pierre Belmar, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Il est curieux de constater avec quelle naïveté certains malfaiteurs se laissent prendre alors qu'ils ont dû, pour commettre leurs mauvaises actions, déployer des trésors d'imagination, d'astuces et d'énergie.
00:23C'est souvent le cas des voleurs de bijoux.
00:26En effet, réussir un audacieux cambriolage et se défaire de perles rares ou de diamants précieux sont deux entreprises bien différentes et qui ne réclament pas du tout les mêmes qualités.
00:39On ne voit plus très souvent de nos jours des entreprises de ce genre qui rappellent les exploits heureusement imaginaires d'Arsène Lupin.
00:46Les malfaiteurs contemporains manquent d'astuces et d'imagination, s'ils ont conservé une certaine audace.
00:52Au lieu de combiner des frics fracabiles et parfois acrobatiques, ils préfèrent surgir au milieu de la foule armée jusqu'aux dents et arracher un misérable butin par la violence et par la terreur.
01:04Ce n'est pas un dossier de violence que j'ouvre aujourd'hui devant vous, mais celui d'une affaire discrète dans son déroulement, bien qu'elle ait fait beaucoup de bruit à son époque.
01:12On y retrouve du calme, de la réflexion et même une sorte de maladresse qui pourrait nous porter à l'adulgence.
01:19Mais commençons par le commencement.
01:22Le Château de Chantilly
01:40Construit en plusieurs fois au cours du XVIe et du XVIIe siècle, le Château de Chantilly est un des plus beaux de la région parisienne.
01:48Propriété des princes de Condée jusqu'à la Révolution, pendant laquelle il fut assez gravement endommagé, il retrouva toute sa splendeur au siècle dernier grâce au duc d'Aumale qui en fit don en 1886 à l'Institut de France.
01:59Outre de véritables merveilles architecturales, le Château de Chantilly abrite plusieurs collections remarquables de peintures et de sculptures, mais aussi de bijoux et de pierres précieuses.
02:09Ces derniers se trouvent dans la salle des Gemmes, au premier étage de la Tour du Trésor.
02:16Avec ses murailles hautes et lisses, avec ses douves pleines d'une eau profonde, ce beau château paraît tout à fait capable de défendre les richesses qui l'abritent.
02:25Par cette nuit du 12 octobre 1926, à peine éclairée par un quartier de lune, l'imposante bâtisse semble encore plus redoutable.
02:34Pourtant, deux ombres quittent le couvert des bois, traversent les jardins et se dirigent avec prudence vers la passerelle qui franchit les fossés.
02:42L'une de ces ombres porte une lourde échelle, l'autre deux rouleaux de cordes.
02:47Les voici près de l'eau, mais, surprise, l'extrémité mobile de la passerelle est rabattue.
02:52Comme au temps féodaux, le pont-levis est relevé. Les visiteurs indésirables sont invités à faire demi-tour.
02:59Les deux visiteurs du 12 octobre ne font pas demi-tour.
03:03Le plus grand tire une scie égoïne de son blouson de cuir. Il retourne vers le bois, choisit une longue et forte branche, la coupe et la ramène munie de ses rameaux.
03:14Il tend la branche, parvient à accrocher l'extrémité de la passerelle, tire de toutes ses forces.
03:20C'est un colosse sans doute car la passerelle tremble, vacille, s'ébranle et vient tomber à ses pieds dans un grondement assourdi par l'herbe et la terre du talus.
03:31Les deux hommes tendent l'oreille, rien ne bouge. La chute de la passerelle ne semble pas avoir éveillé le personnel du château.
03:40Ils attendent une minute, deux minutes, cinq minutes et puis ils franchissent rapidement le fossé où brille une eau noire et glacée.
03:48Par les voici au pied du mur. Ils l'élongent sans bruit jusqu'à la tour du trésor, ils dressent leur échelle.
03:55Ah malédiction, elle est trop courte. Vont-ils se décourager ? Renoncer ? Non, non, bien sûr.
04:02Un bref conciliabule décide de la marche à suivre. Cette échelle, ils l'ont dérevée à trois cents mètres de là dans un chantier de construction qui touche les bois du château.
04:11Mais ben, ils vont trouver une autre. Le plus petit et le plus mince des deux part en courant, l'autre reste là pour prévenir toute alerte.
04:20Il ne faut pas un quart d'heure pour qu'une deuxième échelle rejoigne la première. Les deux hommes les attachent bout à bout au moyen des cordes qu'ils ont apportées.
04:28Ils dressent de nouveau ce fragile assemblage et cette fois ça y est, la fenêtre visée est atteinte.
04:34Mais il est déjà trois heures du matin, il ne s'agit plus de fignoler le travail, il importe de faire vite.
04:40Le plus petit des deux grimpe rapidement, il fait sauter la fermeture assez sommaire d'un volet, brise une vitre, saute à l'intérieur, allume sa lampe et reste une seconde éblouie.
04:51Il ne s'est pas trompé, il se trouve bien dans la fabuleuse salle des gemmes.
04:56Mais il n'est pas là pour s'émerveiller, il enlève son pas dessus, le jette par terre, fracture deux ou trois vitrines et entasse pêle-mêle tout ce qui lui tombe sous la main.
05:04Il ne sait pas très bien d'ailleurs s'il n'a pas déclenché sans s'en apercevoir quelques systèmes d'alarme.
05:08Il ne fait pas le détail, il ne choisit pas, il se précipite.
05:11Au bout de trois ou quatre minutes, il replie le pas dessus en nous les manches, l'envoie à son complice demeurer en bas et se laisse glisser jusqu'au sol.
05:20Avant de s'enfuir, les deux hommes pensent tout de même à ne pas laisser les deux échelles debout contre le mur où l'on pourrait les voir au cours d'une simple ronde nocturne.
05:27Ils les font descendre sans bruit et les jettent par précaution supplémentaire dans l'eau noire des douves, et puis ils disparaissent par où ils sont venus.
05:37En fait, ces précautions assez sommaires du reste se révèlent parfaitement superflues.
05:41Il n'y a pas de ronde, le volet fracturé, les vitrines brisées n'ont attiré l'attention de personne.
05:47Tout le château dort du sommeil du juste.
05:51Ce n'est que vers sept heures du matin que le gardien Jules Lemaitre, en faisant le tour des jardins comme son service le lui impose, découvre avec une certaine surprise les deux échelles flottant paisiblement dans l'eau des fossés.
06:04Au pied de la tour du trésor, il aperçoit des morceaux de cordes, il lève la tête, constate qu'un volet donnant sur la salle n'est jamais ouvert.
06:10Il se précipite et donne l'alarme, mais ce n'était plus la peine.
06:13Au même moment où le gardien Lemaitre découvrait des objets inquiétants sous les murs du château, un autre gardien, également prénommé Jules d'ailleurs, Jules Joano, ouvrait la porte de la salle aux pierres précieuses et manquait de tomber le saisissement.
06:26M. Macron, le conservateur adjoint, est alerté à son tour et peut constater, mais officiellement en quelque sorte, l'étendue des dégâts.
06:34Trois vitrines ont été brisées et en partie vidées.
06:37Parmi de nombreux objets de grande valeur, on note la disparition de quelques pièces rarissimes.
06:42Un poignard et un ceinturon offerts au duc d'Aumale par le baie de Tunis en 1846.
06:47Un poignard et deux colliers arabes provenant de la smalade Abdelkader après la défaite et la capture du grand guerrier.
06:53Une croix en diamant donnée par le roi Joseph au général Émar et surtout, surtout, le fameux grand gondé, admirable, diamant de couleur rose tendre, taillé en forme de poire et d'une valeur naturellement inestimable.
07:10La police commence son enquête. Un premier point est établi.
07:13Le cambriolage a eu lieu après 2h30 du matin puisque c'est l'heure où le gardien Jules Joano fait une dernière ronde.
07:21On suit les traces des montants l'air. On reconstitue assez bien leur équipé depuis le vol des deux échelles jusqu'à leur départ dans la nuit.
07:28On relève quelques belles empreintes digitales sur les vitrines brisées.
07:32On fait aussi une liste des pièces volées et on la communique à tous les postes frontières, à toutes les brigades de gendarmerie.
07:38On la fait également tenir à tous les bijoutiers et joailliers.
07:42Mais tout cela ne conduit pas très loin. En fait, la police ne dispose d'aucune indication concernant l'identité des deux malfaiteurs.
07:49Les empreintes digitales sont inconnues de ces services. Aucune piste sérieuse ne s'amorce.
07:56Bon gré, mal gré, il faut prendre patience et attendre une erreur des voleurs.
08:01Il faudra bien qu'ils s'efforcent un jour ou l'autre de négocier le produit de leur vol.
08:05Et bien ce jour-là, s'ils font un faux pas, la police ne les manquera pas.
08:10On peut aussi espérer un coup de chance. Ah ben ce sont des choses qui arrivent de temps en temps à la police comme à tout le monde.
08:16Et c'est précisément un coup de chance qui arriva.
08:29Cambridioler un château appartenant à l'Institut de France et emporter un des plus beaux diamants du monde, cela n'arrive pas tous les jours.
08:35C'est pourtant ce qui s'est passé le 12 octobre 1926 au château de Chantilly et le diamant qui a disparu en compagnie de nombreux objets précieux,
08:43c'est le célèbre Grand Condé, un diamant rose en forme de poire, une des gloires des collections nationales de la France.
08:50En général, de telles expéditions sont le fait de professionnels.
08:52Elles nécessitent une préparation minutieuse, de grande qualité d'adresse, de sang-froid,
08:56mais aussi la connaissance de filières spécialisées dans l'écoulement de cette sorte de marchandise.
09:01Vous imaginez facilement que l'on ne revend pas des pierres historiques comme des bracelets-montres.
09:06Or, les professionnels finissent toujours par être victimes d'indiscrétions.
09:10Des mouchards, des indicateurs surprennent leurs secrets et les livrent à la police.
09:15Il en va tout autrement quand les cambrioleurs sont des amateurs,
09:18c'est-à-dire de véritables inconnus aussi bien pour les policiers que pour le milieu des malfaiteurs.
09:23Dans ce cas, ils ne courtent aucun risque tant qu'ils ne commettent pas d'imprudence.
09:29Et apparemment, dans le vol du Grand Condé, c'est bien d'amateurs qu'il s'agit.
09:33Un mois après l'expédition de Chantilly, la police n'a pu obtenir aucune indication sur leur identité.
09:38Il ne lui reste plus qu'à prendre patience.
09:43Le 18 novembre 1926, un homme d'une trentaine d'années, blond, taillé en Hercule et d'allure avenante,
09:48prend une chambre dans un hôtel modeste du boulevard de Strasbourg à Paris.
09:52Il s'inscrit sous le nom de Louis Cobus, né le 17 avril 1897 à Mulhouse, exerçant la profession de commerçant.
10:01Il confie à la gérante de l'hôtel, Mme Herbeau,
10:0420 billets de 1 000 francs qu'il a peur de perdre et qu'il lui demande de garder dans son coffre.
10:1120 000 francs, c'est une somme considérable en 1926.
10:14Mais les paiements par chèque sont alors beaucoup moins répandus qu'aujourd'hui
10:18et les commerçants règlent souvent des opérations importantes en espèces.
10:21De toute façon, si Mme Herbeau s'étonne, elle ne le montre pas.
10:26Après tout, ces 20 000 francs garantissent très largement la solvabilité de son client.
10:32Deux jours plus tard, Louis Cobus annonce qu'il doit se rendre à Bordeaux pour ses affaires,
10:37il reprend son argent et il s'en va.
10:40Trois semaines après, exactement le vendredi 10 décembre, le voici de retour.
10:44Mais le jeudi suivant, il disparaît de nouveau sans prévenir cette fois.
10:48Le lendemain, Mme Herbeau n'a pas de ces nouvelles, ni le surlendemain.
10:53Le dimanche, la gérante de l'hôtel débarrasse la chambre de la grosse valise que Cobus lui a laissée
10:58et fait le lit pour un nouveau client.
11:01Puis, comme son précédent locataire n'a pas payé sa note, eh bien, elle ouvre sa valise.
11:06Oh, je ne sais pas si, après être resté trois jours sans nouvelles d'un de ses clients,
11:10la gérante d'un hôtel est autorisée à examiner ses bagages, mais le fait est là.
11:14Mme Herbeau ouvre la valise de Louis Cobus.
11:18Celle-ci contient des vêtements du linge et une pomme.
11:23Ah, une belle pomme calville, ronde et rouge.
11:27Déçu, Mme Herbeau referme la valise.
11:30Annie, sa jeune bonne, tend la main.
11:33« Je peux manger la pomme. En bas d'ici, que M. Cobus revienne, elle sera grattée. »
11:39Mme Herbeau hausse les épaules.
11:41Annie prend la pomme, mord de dents, et pousse un cri.
11:46« Ah, à coup sûr, elle vient de se casser une dent. Mais qu'est-ce donc que cette pierre qui pousse dans les pommes ? »
11:52« Cette pierre est transparente, de couleur rose, taillée à facettes en forme de poire. »
11:58Mme Herbeau sursaute.
12:00« Mais c'est le diamant rose de Chantilly ! »
12:04Voyez un peu comme le hasard fait bien les choses.
12:08M. Herbeau, le mari de l'hôtelière, est inspecteur de police au commissariat spécial de la gare du Nord.
12:15Sa femme l'alerte sur le champ.
12:17Il alerte à son tour la Sûreté Générale, laquelle alerte le ministère de l'Intérieur.
12:22Un conseil de guerre réunit immédiatement le ministre, lui-même, le directeur de la Sûreté, deux commissaires et trois inspecteurs.
12:29Maintenant que l'on tient à l'extrémité d'un fil, il s'agit de tirer doucement dessus pour ne pas le casser.
12:34Attraper les voleurs, c'est bien, c'est même indispensable, mais ce n'est que la moitié de la tâche à accomplir.
12:39Il est au moins aussi indispensable de retrouver tous les joyaux volés en compagnie du diamant rose.
12:44Pour cela, il faut autant de doigté que d'esprit de décision.
12:48On va donc attendre Cobus et le laisser se réinstaller tranquillement dans sa chambre d'hôtel.
12:54On est maintenant sûr qu'il reviendra puisqu'il a dissimulé le grand condé dans sa valise.
12:58On chasse le nouveau client, on refait la chambre, on attend.
13:02On n'attend pas longtemps. La chance continue de sourire au policier.
13:07Le soir même, Louis Cobus réapparaît, retrouve sa chambre, se couche et s'endort.
13:12La seule réaction de sa part ne laisse supposer qu'il a vérifié le contenu de sa valise.
13:17Il dort même longtemps puisque le lendemain matin, vers midi, quand deux inspecteurs viennent frapper à sa porte, il est encore couché.
13:23Il ouvre, l'esprit mal réveillé. L'un des inspecteurs lui pose une main sur l'épaule.
13:29« Alors ? » lui dit-il doucement.
13:33« Où as-tu mis le diamant rose ? »
13:37Frappé dessus, peur, Cobus s'effondre.
13:41« C'est bon, je suis pris. »
13:44« Tu as bien un complice, n'est-ce pas ? »
13:47« Oui. »
13:49« Et son nom ? »
13:50« Ah, je ne vous le dirai pas. »
13:52« Comme tu voudras. Nous avons le temps. »
13:56Les deux inspecteurs passent les menottes au poignet de Cobus et s'installent près de lui dans la petite chambre pour attendre.
14:03Pour attendre quoi, rien de précis, ou plutôt...
14:06Les policiers font une sorte de pari, le pari que si Cobus ne prend pas contact avec son complice, son complice prendra contact avec lui.
14:12Après tout, ils ne se doutent pas qu'un piège lui est tendu et une véritable fortune est en jeu, qu'il n'a certainement pas l'intention de voir passer sous son nez.
14:22Mais c'est une fois de plus le concours de la Providence, ou tout simplement le résultat d'un excellent calcul.
14:28Il est bien difficile de trancher, toujours est-il, que dès le début de l'après-midi, on frappe à la porte.
14:34Les inspecteurs ne branchent pas, Cobus lui-même n'a pas le temps de réagir.
14:39La poignée tourne, la porte s'ouvre, un jeune homme apparaît.
14:43Il a une vingtaine d'années, un visage pâle et un corps fluet.
14:47On n'a pas besoin de lui mettre la main au collet.
14:50À peine aperçoit-il Cobus enchaîné qu'il a un autre corps, tourne sur lui-même et s'effondre, en proie à une crise d'épilepsie.
15:00Une heure plus tard, les deux cambrioleurs sont sous les verrous, ils ne cherchent pas à nier, ne sont pas de taille à le faire d'ailleurs.
15:06On n'a aucun mal à leur faire raconter leur aventure dans tous ses détails.
15:10À 18 ans, en 1915, Louis Cobus s'est engagé dans la Légion étrangère.
15:15Ainsi bien qu'alsacien, il a fait toute la guerre dans les rangs de l'armée française.
15:20Après l'armistice, alors que sa province natale est rendue à la France, il épouse sa marraine de guerre, Elisa Chena.
15:26Celle-ci lui apporte une dote assez confortable, avec laquelle il se lance dans une industrie peu connue, mais qui lui paraît pleine d'avenir.
15:34La filature de poils de lapin.
15:36Eh oui, on a filé du poil de lapin au lendemain de la première guerre mondiale,
15:41en un moment où les textiles artificiels n'existaient pas encore et où les matières premières venant du mouton naturellement manquaient.
15:49Ce calcul est d'ailleurs excellent.
15:52De nombreux débouchés se présentent pour les fabrications de Cobus.
15:55Sa filature prospère, l'argent afflue.
15:58Par malheur, le nouvel homme d'affaires se laisse griser par ses premiers succès.
16:01Il se dissipe, il jette son argent par les fenêtres, il court les demi-mondaines, les boîtes de nuit.
16:06Bien plus, il fait la connaissance à Strasbourg d'une forte jolie personne de 18 printemps, Eugénie, dont il tombe réellement amoureux.
16:13Il lui achète un appartement, des meubles, la couvre de fourrure, de bijoux, l'entretient royalement.
16:19Et puis un jour, brutalement, c'est la crise.
16:21Une crise qu'un industriel avisé aurait pu prévoir.
16:24Avec le retour progressif à une économie normale, il était évident que les produits de remplacement allaient péricliter.
16:30Mais Cobus est tout le contraire d'un industriel avisé.
16:34Quand la crise arrive, il n'a pas un sou devant lui, c'est la faillite, la fermeture, la ruine.
16:39Son cousin, Joseph Zuber, n'a jamais connu la richesse.
16:42De 8 ans, son cadet, frêle et de santé délicate, ce garçon se trouve lui aussi dans une situation financière détestable.
16:49Les deux jeunes gens décident d'unir leurs forces et d'aller conquérir Paris.
16:53Tout en cherchant du travail, ils visitent la capitale et ses environs.
16:58Un beau jour, en compagnie d'un groupe de touristes, ils parcourent les imposantes salles du château de Chantilly.
17:04La salle des gemmes les plonge dans l'éblouissement.
17:07Le lendemain, ils s'amusent à combiner un plan de cambriolage par jeu intellectuel pour rire en quelque sorte.
17:14Et puis, et puis...
17:16Comme l'argent se fait de plus en plus rare, ils finissent par prendre leur plan au sérieux et par le mettre en pratique.
17:21Et le plan réussit, comme on l'a vu.
17:24Voici nos deux compères à Paris, avec dans leur valise un fabuleux trésor,
17:28certains de l'impunité tant qu'ils ne chercheront pas à en tirer parti.
17:33Mais alors, qu'en faire ?
17:35Eh bien, Comus se souvient d'une bijoutière à qui, quelques mois auparavant, sa femme avait vendu une épingle de cravate.
17:42Il va lui rendre visite.
17:44Et cette personne ne paraît pas scandalisée, non du tout, à l'idée de racheter des objets provenant d'un cambriolage.
17:50Mais comme elle est prudente, elle refuse de le concombrer.
17:53Pour le reste, elle offre 25 000 francs.
17:56Les pierres seront desserties, les montures brisées, fondues.
17:59Tout ce trésor sera dispersé, deviendra méconnaissable, impossible à retrouver, à identifier.
18:05C'est un simple détail qui a fait échouer cette combinaison parfaitement réalisable.
18:10Sans la pomme qui se trouvait dans la valise de Comus,
18:14il est probable que les deux malfaiteurs et leurs complices ne se seraient jamais fait prendre.
18:19Supposons une seconde que le voleur ait cousu le diamant dans la doublure de sa veste, par exemple.
18:25Madame Herbeau ne se serait aperçue de rien.
18:28Comus aurait retrouvé sa valise intacte, aurait payé sa note, serait parti avec ses 20 000 francs
18:34et personne n'aurait jamais pensé à lui poser la moindre question.
18:39Le procès des deux montants l'air et de leurs complices se déroula sans surprise ni incident.
18:45Comus fut condamné à 10 ans de prison, Zuber à 8 ans, la bijoutière indélicate à 5 ans, mais avec sursis.
18:52Le grand condé fut de nouveau certi sur sa couronne d'argent, au milieu des 21 brillants qui l'entouraient déjà en 1649.
19:00Il regagna la salle des gemmes du château de Chantilly, où il se trouve toujours.
19:05Vous pourrez aller y admirer si d'aventure votre amour des bijoux, de l'histoire, des faits divers vous conduit jusque là.
19:15Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
19:33Vous venez d'écouter les récits extraordinaires de Pierre Belmar,
19:37un podcast issu des archives d'Europe 1 et produit par Europe 1 Studio.
19:42Réalisation et composition musicale, Julien Taro.
19:46Production, Lisa Soster.
19:49Patrimoine sonore, Sylvaine Denis, Laetitia Casanova, Antoine Reclus.
19:54Remerciements à Roselyne Belmar.
19:57Les récits extraordinaires sont disponibles sur le site et l'appli Europe 1.
20:02Écoutez aussi le prochain épisode en vous abonnant gratuitement sur votre plateforme d'écoute préférée.