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Journée d'études : Des métiers du patrimoine en mutation ? Approprisations du numérique, rapport aux objets et aux publics.

Session 2 : Numérique et transformations du rapport à l'objet dans les espaces de travail

Évoluer en réaffirmant son identité professionnelle : les bibliothécaires aux prises avec le numérique
Cécile Rabot (Université Paris Nanterre- CESSP)

La journée d’études clôture le programme de recherche « Les reconfigurations du travail des archives face à l’informatisation : trajectoires, rapport au travail et légitimités des archivistes face à l’informatisation d’un monde professionnel » lancé par le Service interministériel des Archives de France, en partenariat avec le Département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la Culture et le Département du Calvados, et mené par l’université de Caen Normandie (unité CERREV : Centre de recherche risques et vulnérabilités).

Cette recherche laisse entrevoir combien les transformations observées résultent de l’articulation du numérique comme modalité de réforme de l’État avec des démarches issues d’autres injonctions politiques et sociales (incitations à la participation des publics, au travail en mode projet, à l’externalisation, à la contractualisation, à la patrimonialisation…). Pour mettre en perspective ces analyses et ouvrir de nouvelles pistes de recherche, la journée d’étude se propose de mettre en regard les travaux menés dans le monde des archives avec des analyses explorant les mutations dans d’autres univers professionnels relevant des métiers de la culture et du patrimoine (bibliothèque, musées, etc.).

Catégorie

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Éducation
Transcription
00:00 La prochaine intervention sera celle de Cécile Rabault, qui est professeure de sociologie,
00:13 directrice adjointe du Centre européen de sociologie et de sciences politiques, spécialiste
00:19 en sociologie de la littérature, sociologie des politiques culturelles et qui a mené
00:23 plusieurs recherches sur les bibliothèques.
00:26 Bonjour à toutes et à tous, je suis ravie d'être là aujourd'hui et je remercie les
00:32 organisatrices et organisateurs de cette journée.
00:36 Je vais pour ma part vous parler des bibliothécaires et ce métier a évidemment un rapport de proximité
00:48 avec le métier d'archiviste.
00:50 Et en même temps, quand on m'a proposé d'intervenir dans cette journée, j'ai eu un petit moment
00:58 d'hésitation.
00:59 Petit moment d'hésitation d'abord à partir d'une première question qui était, est-ce
01:06 que pour moi, bibliothécaire, c'est vraiment un métier du patrimoine ? Et ça renvoie
01:14 plutôt à la manière dont moi j'avais appréhendé le métier de bibliothécaire et mon angle
01:19 d'approche avait été plutôt d'envisager le métier bibliothécaire sous l'angle de
01:24 la médiation culturelle et avec un prisme lecture publique.
01:29 Et je sais bien évidemment qu'il y a aussi une dimension patrimoniale, mais ce n'est
01:34 pas sur cette dimension que moi je m'étais concentrée.
01:37 Ensuite, ma deuxième réticence, disons au départ, c'était aussi lié au fait que je
01:47 n'avais pas enquêté spécifiquement sur le rapport des bibliothécaires au numérique.
01:52 Donc, on me demandait d'intervenir sur le rapport des bibliothécaires au numérique.
01:56 Ah oui, mais non, je ne sais rien.
01:57 Bon, et finalement, je me suis dit que si, je savais quand même des choses, mais des
02:02 choses qui sont donc liées plutôt à des enquêtes préalables diverses, mais qui ne
02:08 portaient pas spécifiquement sur cette question du numérique et d'autre part, des observations
02:16 que j'ai pu mener à partir de la position qui est la mienne aujourd'hui.
02:20 Donc, les enquêtes, il s'agit d'enquêtes que j'ai menées en bibliothèque de lecture
02:25 publique à chaque fois, qui concernaient d'une part les acquisitions en matière de
02:31 littérature, les valorisations en matière de littérature et ensuite les politiques
02:38 des bibliothèques de lecture publique en direction des adolescents, donc des questions
02:43 assez loin du patrimoine.
02:46 Donc, ça, c'était pour les enquêtes, puis plus d'autres enquêtes sur les prix littéraires
02:50 en bibliothèque, les résidences d'auteurs en bibliothèque, bref, d'autres choses comme
02:54 ça.
02:55 Et pour ce qui concerne l'appréhension de ce terrain plutôt par un autre moyen, je
03:06 voulais évoquer le fait que je m'occupais aujourd'hui d'un master métier du livre
03:10 et de l'édition à l'Université Paris-Nanterre, ce qui m'amène à croiser un certain nombre
03:18 de professionnels des bibliothèques, à aller voir des étudiants en stage, à siéger
03:22 au conseil d'administration de ceci ou cela, de médiadis par exemple, à siéger dans
03:28 des comités de recrutement, etc. et donc à envisager cette profession de bibliothécaire
03:34 un peu sous d'autres angles.
03:35 Alors, pour ce qui concerne l'objet du numérique en bibliothèque, il me semble qu'on peut
03:43 dire que c'est un objet qui est extrêmement présent et qui est extrêmement hétérogène.
03:49 En réalité, le numérique recouvre une très grande diversité de réalités, de pratiques
03:57 et d'objets.
03:58 Il me semble qu'on peut relier cette présence du numérique d'une part à un air du temps,
04:05 évidemment le numérique traverse toutes nos pratiques et donc c'est assez normal finalement
04:10 qu'on le retrouve en bibliothèque sous toutes ses formes.
04:14 Mais il y a un enjeu spécifique, il me semble, qui a été évoqué ce matin à propos des
04:21 archives avec la question de dépoussiérer les archives.
04:24 Je pense qu'il y a aussi un enjeu pour les bibliothécaires à dépoussiérer les bibliothèques,
04:30 c'est-à-dire à lutter contre une certaine représentation de ces institutions qui les
04:35 associeraient au passé et à des lieux éventuellement poussiéreux, obsolètes, désagréables ou
04:46 je ne sais quoi de négatif qui pourraient être associés à tout ça.
04:50 Bref, un enjeu à paraître moderne, à paraître aux prises avec le présent et le numérique
04:56 fait partie de ça.
04:58 Alors, ce que je voudrais esquisser aujourd'hui, c'est simplement quelques hypothèses, trois
05:06 hypothèses.
05:07 Une première hypothèse qui est celle d'une technicisation du métier.
05:13 Je développerai dans un instant, je ne le fais pas maintenant.
05:19 Une seconde hypothèse qui est que malgré cette technicisation du métier, finalement
05:26 et malgré l'adoption de nouveaux objets, finalement ce sont plus ou moins les mêmes
05:33 compétences professionnelles qui se transposent et qui est donc une certaine permanence de
05:39 l'identité professionnelle et bibliothécaire.
05:41 Mais une troisième hypothèse serait qu'on observe quand même des phénomènes de recomposition
05:49 et de redéfinition, parfois pas forcément là où on les attend, mais des redéfinitions
05:55 un peu encreux.
05:56 Voilà, donc ce sera les trois points qui structureront mon intervention et je vais essayer d'aller
06:05 assez vite sur chacun.
06:06 Donc je commence tout de suite avec le premier aspect qui concerne la technicisation du métier.
06:13 Il me semble que cette technicisation du métier, elle concerne toute une partie des tâches
06:22 qui constituent la base du métier de bibliothécaire, peut-être moins la partie médiation culturelle,
06:33 à proprement parler, mais toute la partie un peu historique, disons, du métier, le
06:41 cœur du métier, mais au sens historique du terme.
06:43 Pour ce qui concerne la veille professionnelle, qui est un premier élément essentiel dans
06:50 le métier, elle passe aujourd'hui par des outils professionnels qui sont numériques,
06:58 essentiellement numériques.
06:59 Cette veille professionnelle, elle concerne à la fois ce que j'appelle une veille documentaire,
07:09 c'est-à-dire elle concerne la production culturelle aujourd'hui.
07:12 En bibliothèque, il faut pouvoir faire des acquisitions et donc il faut pouvoir se tenir
07:18 au courant de ce qui se fait, de ce qui se publie notamment.
07:22 Il faut se tenir au courant de l'actualité du monde du livre en général et il faut
07:28 pouvoir faire une veille métier, particulièrement pour toutes ces choses.
07:35 Les outils sont évidemment des outils, aujourd'hui, numériques, un peu classiques, newsletters,
07:42 listes de diffusion, réseaux sociaux, sites web avec des techniques pour les appréhender,
07:50 notamment des agrégateurs de flux et puis des revues professionnelles qui aujourd'hui
07:58 sont numériques, des collections de livres spécialisés comme les presses de l'Ainsib
08:04 ou les éditions de la BPI qui sont aujourd'hui passées en version numérique, etc.
08:10 Donc voilà, du numérique un peu à tous les étages dans cette veille professionnelle.
08:15 Et là-dessus, il me semble qu'il y a une sorte d'évidence, c'est des choses qu'on
08:19 ne questionne même pas.
08:21 Ensuite, pour ce qui concerne le catalogage, là, on a vraiment une technicisation et des
08:31 enjeux très forts autour du numérique et autour de la construction d'une visibilité.
08:38 L'enjeu, c'est de décrire les documents, comme dans les archives, dans le but que des
08:44 usagers puissent les trouver dans un catalogue.
08:48 Mais il faut aussi qu'on puisse trouver le catalogue.
08:51 Donc, il y a des enjeux aussi de mutualisation des catalogues, de rendre visibles les documents
08:56 au-delà de l'institution elle-même qui les héberge.
09:00 Il y a aussi un enjeu plus généralement de communication des différents catalogues
09:06 et d'interopérabilité, d'import-export de notices, etc.
09:12 Et pour cela, il y a tout un ensemble d'outils qui sont mis en place pour normaliser, établir
09:20 des formats, établir des protocoles d'échange et à partir de tout ça, pouvoir établir
09:29 des catalogues communs.
09:32 Voilà, donc, enjeu très fort autour du catalogage.
09:40 Ensuite, enjeu numérique aussi qui concerne la numérisation de collections patrimoniales,
09:47 la numérisation et ensuite la valorisation de ce patrimoine.
09:52 Je commençais par évoquer bien sûr le cas de Gallica qui est le projet national énorme
10:02 de numérisation et de valorisation du patrimoine de la Bibliothèque nationale avec 10 millions
10:12 de documents accessibles, avec toute une diversité en plus de documents.
10:18 Mais on retrouve aussi cette ambition à plus petite échelle puisque les bibliothèques
10:26 municipales ont pour un certain nombre d'entre elles un fonds patrimonial et il y a aussi
10:35 ce travail de numérisation et valorisation du patrimoine qui est fait à cette échelle-là.
10:40 Je vous ai mis un exemple qui est une exposition numérique proposée par la Bibliothèque
10:50 municipale d'Angers.
10:51 Voilà, donc on peut aller sur le site internet de la Bibliothèque patrimoniale d'Angers
10:59 et visiter l'exposition en ligne qui est articule des contenus, des éléments de médiation
11:09 et des fonds numérisés.
11:12 Alors tout ce travail autour du numérique se focalise, enfin plutôt se cristallise
11:25 dans un langage extrêmement élaboré, spécifique qui est en fait lié à l'informatique,
11:36 qui relie les bibliothèques au monde de l'informatique et c'est ce que j'appelle une technicisation
11:45 du métier, notamment autour de la notion de web de données ou de web sémantique.
11:51 Et ces notions de web sémantique et web de données, elles sont au départ, ce sont des
11:58 notions qui viennent de l'informatique.
12:01 J'ai trouvé un MOOC sur la plateforme FunMOOC, je vous montre ici une copie d'écran et
12:08 c'est porté par l'INRIA et le descriptif de ce MOOC comporte tout un ensemble de langages
12:18 spécifiques qui montrent bien que c'est extrêmement précis, technique et très lié à l'informatique.
12:27 Et ce qui relie, je ne sais pas, peut-être les archives se relient plus à l'histoire.
12:33 On voit bien à partir de là que les bibliothèques s'inscrivent plutôt dans l'essence de l'information
12:38 et de la communication.
12:39 Je vous donne ensuite comme exemple suivant une formation qui est proposée cette fois
12:49 non pas du côté de l'informatique mais du côté des bibliothèques.
12:53 Par Médiadis, le centre de formation régional en Ile-de-France au métier des bibliothèques
13:01 et il y a un module proposé par Médiadis dans le catalogue proposé actuellement qu'on
13:08 trouve sur la plateforme CIGFOR, un module qui s'appelle Bibliothèque numérique et
13:14 on va retrouver tout ce vocabulaire très, très spécifique et on ne va pas regarder
13:20 tout le programme mais on trouve aussi un module autour de sciences ouvertes et données
13:25 de la recherche, c'est la partie du bas de la diapo.
13:28 Et j'ai passé en jaune ce qui est tout en bas qui me paraissait une phrase symptomatique
13:38 de cette technicisation puisqu'on va proposer des exercices pratiques pour crawler un corpus
13:44 de texte avec Istex et Arsing en extraire des entités nommées et les data visualisées
13:50 avec Cortex.
13:51 Donc une fois qu'on a dit ça, bon, je ne sais pas ce qu'on a compris, en tout cas
13:56 on a forcément compris quelque chose quand on est du métier mais quand on n'est pas
13:59 du métier, on n'a absolument pas compris.
14:02 Donc voilà, je voulais vous donner ça comme simplement un symptôme de cette technicisation
14:06 extrême.
14:07 Voilà, donc au-delà de cette technicisation, il me semble qu'on peut dire qu'il y a aussi
14:14 une permanence de l'identité professionnelle des bibliothécaires, une permanence qui se
14:22 traduit dans le fait qu'on retrouve les différentes tâches, les différentes composantes qui
14:27 sont finalement traditionnellement au cœur du métier de bibliothécaire et d'abord
14:33 autour de la constitution des collections.
14:35 Alors d'abord, en matière d'acquisition, donc quand on parle des bibliothèques qui
14:44 acquièrent des documents et qui ne collectent pas du patrimoine, on va avoir affaire à
14:52 de nouveaux objets qui sont en partie des objets numériques, des livres numériques,
14:56 des revues numériques, de la presse en ligne, de la VOD, des plateformes d'auto-formation,
15:02 etc.
15:03 Donc des nouveaux objets très liés au numérique mais en revanche, les savoir-faire sont toujours
15:07 finalement un peu les mêmes, définir des orientations, évaluer l'offre, arbitrer,
15:14 faire connaître, évaluer ensuite l'usage du fond, etc.
15:21 Pour ce qui concerne l'autre partie du travail de constitution des collections qui est plutôt
15:27 la collecte, on va avoir cette fois une collecte spécifique qui porte sur des objets numériques
15:32 et je vous ai donné l'exemple des archives de l'Internet, de l'archivage du web par
15:37 la BNF, donc projet exemplaire qui montre bien que le travail qu'on faisait avant sur
15:42 autre chose, on peut continuer de le faire avec ces objets numériques.
15:45 Je voulais aussi donner l'exemple du jeu vidéo comme étant un nouveau support qui
15:52 a fait l'objet à la fois d'un travail patrimonial et d'un travail comme les autres d'acquisition,
16:00 de valorisation et de montage d'actions culturelles.
16:03 Il est notamment mobilisé beaucoup dans les bibliothèques de lecture publique en direction
16:09 du public adolescent, mais je ne vais pas développer davantage.
16:13 On retrouve aussi parmi les tâches un peu classiques des bibliothécaires ou en tout
16:19 cas les tâches auxquelles ils viennent de plus en plus, un travail de formation et on
16:27 trouve ce travail de formation aussi bien en lecture publique qu'en bibliothèque universitaire.
16:32 En lecture publique plutôt avec des ateliers d'initiation dans l'objectif d'une inclusion
16:38 numérique pour former au maniement de l'informatique ou à des choses un peu plus subtiles, mais
16:44 souvent quand même relativement de base.
16:46 Et ensuite un travail en bibliothèque universitaire plutôt sur des outils spécifiques.
16:52 Moi je vous ai mis ici comme exemple Zotero et ALM, mais ça pourrait être toutes sortes
16:57 d'autres choses.
16:58 Donc des rôles classiques des bibliothécaires qu'on retrouve ici.
17:02 Ensuite, pour avancer, il me semble qu'on peut quand même dire qu'on trouve une sorte
17:12 de division du travail ou des phénomènes de recomposition ou de redéfinition avec d'abord
17:18 l'apparition d'un pôle, je ne sais pas si c'est vraiment un pôle, mais en tout cas
17:22 un groupe de spécialistes du numérique.
17:25 Des spécialistes du numérique qu'on va trouver du côté du patrimoine.
17:29 Je vous ai donné ici un exemple de stage proposé à Tours en lien avec un projet spécifique
17:40 et qui a demandé des connaissances spécifiques très techniques.
17:45 Et on trouve aussi cette spécialisation plutôt autour du multimédia, du jeu vidéo en bibliothèque
17:55 de lecture publique.
17:56 Je vous ai donné ici un exemple de stage à la bibliothèque municipale de Trouville
18:02 et on demande aux personnes de pouvoir justement monter des ateliers d'initiation à Internet,
18:09 d'éducation aux médias et à l'information, de maintenance informatique de tenue du site
18:14 Internet, etc.
18:15 Donc on voit bien qu'on demande des compétences très techniques.
18:19 Et il me semble, alors ça c'est l'enquête reste à faire, que ces postes-là sont plus
18:26 volontiers occupés par des personnes plus jeunes et peut-être plus masculines.
18:32 Je disais peut-être que c'est trouver sa place en tant qu'homme dans un monde de
18:38 femmes en lecture publique.
18:40 Bon, c'est une hypothèse, je soumets à votre réflexion.
18:43 A contrario de ça, on va voir une réaffirmation de l'importance du livre par une partie de
18:51 la profession en disant mais comment des bibliothèques sans livre, vous n'y pensez pas, c'est très
18:56 très important, fondamental.
18:58 Bon, je vous ai mis ici un exemple extrait d'un blog syndical qui a surgit autour de
19:05 la conception de bibliothèques troisième lieu qui serait des purs lieux sans livre
19:10 et en disant voilà les livres ça serait trop encombrant, voire oppressant, une bonne
19:15 connexion internet serait tout de même beaucoup plus adéquate et en fait la bibliothèque
19:20 troisième lieu serait le tapis rouge pour assassiner le livre au profit des technologies
19:24 numériques.
19:25 Et en parallèle de ça ou en tout cas dans des positions moins extrêmes, on observe
19:33 un phénomène de recentrage sur la bibliothèque comme lieu, comme lieu de travail sur place
19:40 avec notamment en bibliothèque universitaire, le constat fait que beaucoup d'étudiants
19:46 utilisent les bibliothèques pour venir travailler sur place y compris sans utiliser du tout
19:50 les collections.
19:51 La bibliothèque comme lieu c'est aussi le cas en lecture publique avec l'idée que
19:59 la bibliothèque est à la fois un lieu de sociabilité et un lieu d'expérience culturelle
20:04 où on va vivre la littérature et la culture et pas forcément toujours emprunter des documents
20:10 et cette conception de la bibliothèque comme espace se retrouve dans le fait qu'on mène
20:16 des projets architecturaux ambitieux avec une attention aux ambiances et à la cohabitation
20:23 des usages.
20:24 Voilà, donc j'en arrive à quelques points de conclusion pour dire qu'il me semble que
20:31 le tournant numérique est largement opéré, que le numérique a été approprié véritablement
20:38 par la profession, c'est ce qu'on a déjà dit tout à l'heure pour les archives, que
20:42 finalement les compétences ont été transférées à de nouveaux supports plus que réellement
20:51 affirmés, mais qu'il y a néanmoins une expertise numérique qui est affirmée, qui
20:59 conduit à une polarisation croissante du monde des bibliothèques peut-être entre
21:05 lecture publique et patrimoine, même si ce que j'ai montré c'est que le numérique
21:09 traverse aussi la lecture publique, mais j'ai l'impression quand même que cette polarisation
21:13 est de plus en plus forte.
21:15 L'affirmation d'une expertise numérique, il me semble que ça sert l'affirmation
21:21 d'une identité professionnelle, c'est-à-dire c'est une manière de dire on fait un travail
21:26 que le commun des mortels ne peut pas faire, on a des compétences très très spécifiques,
21:32 d'ailleurs regardez on parle une langue que personne ne comprend, donc je pense que
21:36 ça peut faire partie de cette affirmation de soi pour une profession qui se cherche
21:43 souvent et il me semble que à travers l'évolution numérique on voit aussi une revalorisation
21:53 du pôle patrimoine grâce au numérique.
21:56 Pôle patrimoine qui était plutôt le parent pauvre, enfin je lisais le repère de Dan
22:04 Marie Bertrand sur les bibliothèques, elle consacre trois pages au patrimoine dedans
22:08 et elle dit il me semble que le patrimoine, c'était il y a déjà 15 ans je crois, elle
22:15 disait il me semble que le patrimoine commence à retrouver un petit peu, enfin une position
22:21 un peu plus forte alors que pendant tout un temps c'était la lecture publique qui avait
22:26 été au centre des politiques publiques, des bibliothèques.
22:31 Voilà, mais donc ce qui m'a frappée vraiment pour terminer dans cette évolution c'est
22:39 quand même que derrière tout ce travail autour de la technicisation, il y a un enjeu
22:46 qui est le public et construire la visibilité des collections pour le public, c'est-à-dire
22:54 même ceux qui sont dans une approche finalement assez technique et patrimoniale et d'interopérabilité
23:02 des catalogues etc.
23:03 S'ils font ça c'est dans l'idée que l'usager doit pouvoir trouver son compte etc.
23:09 Donc c'est pas un pôle qui s'occuperait que du document versus un pôle qui s'occuperait
23:16 que du public, mais il me semble qu'on est bien dans l'idée de servir le public dans
23:22 tous les cas.
23:23 Voilà, merci.
23:24 [Applaudissements]
23:26 [Silence]

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